Voiture autonome: les grandes manœuvres ont commencé
Lâcher le volant? Ce sera possible sous certaines conditions.
Maurice Satineau
Publié mardi 21 janvier 2025
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#Conduite automatisée
Dès le mois de mars, les routes helvétiques accueilleront des voitures dans lesquelles il sera permis de lâcher le volant. Dans le secteur automobile, l’alignement n’est pas encore parfait.
L’ordonnance sur la conduite automatisée précise que «les conducteurs peuvent désormais lâcher l’appareil de direction après l’activation du système d’automatisation et ne sont plus tenus de surveiller en permanence la circulation et le véhicule. Ils doivent toutefois rester prêts à reprendre eux-mêmes la conduite du véhicule à tout moment». Selon la classification internationale des niveaux d’automatisation, l’ABS - ou avertisseur de collision - relève du niveau 1. Le pas suivant autorise certaines actions automatisées supplémentaires, telles que l’accélération ou le freinage. Au niveau 3, les mains ne sont plus sur le volant. La génération technique suivante laisse la voiture rouler toute seule dans une zone définie. L’ultime niveau 5 de qualification sera réservé aux autos entièrement automatisées circulant partout.
Question sécurité
A Genève, un groupe d’experts nommé WP29 tente d’harmoniser les techniques entre les pays, comme ce fut le cas jadis pour les boîtes automatiques, le freinage ou les caméras de recul. La Commission économique pour l’Europe des Nations unies fait en effet face à un marché encore un peu confus. Il existe ainsi un système proPilot 2 (Japon) et un autre baptisé 2+ en vogue aux Etats-Unis et en Chine. Dans les négociations internationales, ces deux pays visent surtout l’autorisation la plus rapide possible des voitures de niveau 4, un créneau pour lequel ils bénéficient d’une certaine avance industrielle et technologique. La France préfère sa classification à trois branches: partiellement, hautement, totalement automatisé.
Beaucoup d’Etats avaient déjà pris leurs distances avec la Convention de Vienne (1968), supposée harmoniser les règles de conduite, estimant que rien ne valait les législations nationales. Aujourd’hui, les réticences chinoises, australiennes russes, espagnoles, américaines et coréennes prennent une nouvelle signification. Les articles 8 et 13 de ce traité donnent l’avantage au conducteur qui garde les mains sur le volant. Les notions de sécurité font elles aussi l’objet d’âpres discussions. Disposant d’une pratique à large échelle, le Department of Motor Vehicles de l’administration californienne annonce ses statistiques de reprise en main des engins autonomes: une fois tous les 27 900 à 285 000 kilomètres selon le modèle étudié. Ces chiffres de 2023 se basent sur 9,3 millions de kilomètres parcourus avec un conducteur à bord et 5,3 millions en automatique sans aucun pilote.
Qui conduit?
L’enjeu sera également industriel. Voiture électrique semi-autonome ou totalement intelligente, thermique connectée ou fortement assistée, tout paraît encore possible à l’échelon planétaire, car tous les Etats ne banniront pas le moteur à essence en 2035.
«Le gouvernement est totalement engagé pour défendre cette souveraineté technologique nationale et européenne», explique-t-on au ministère français de l’économie. Il y a sans doute urgence.
En mars 2024, l’entreprise chinoise Pony.ai a passé un accord avec le Luxembourg pour y construire son centre technologique européen. Il est destiné à étudier les flux de véhicules du continent et à proposer des solutions made in China.
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