Deux dimanches pour sauver Noël

Flavia Giovannelli
Publié lundi 11 mai 2026
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#votations du 14 juin Genève demandera à la population de se prononcer le 14 juin sur une modeste ouverture dominicale.

Guirlandes lumineuses, vitrines décorées et achats de dernière minute: Genève votera le 14 juin sur l’ouverture des commerces deux dimanches avant Noël. Une adaptation modeste qui cristallise pourtant un vieux débat. Les syndicats ont ainsi lancé un référendum contre la Loi sur les horaires d’ouverture des magasins (LHOM). Ce sera à la population de décider si elle accepte ou non cette adaptation. L’ambition reste toutefois limitée. «Nous demandons deux ouvertures durant la période précédant les Fêtes, pas plus, pas moins», explique Flore Teysseire, secrétaire patronale au nom de Genève Commerces et de la NODE (Nouvelle Organisation Des Entrepreneurs), qui représente notamment des PME.

Dans ce dossier, petits et grands commerces font front commun. Stéphane Oberson, président de la NODE et à la tête des boulangeries Oberson, ne cache pas son agacement face à un débat qui s’étire depuis des années sans réellement tenir compte de l’évolution des modes de vie: «Les adversaires de ces ouvertures ont parfois une vision du métier de la vente qui m’étonne, comme s’il s’agissait d’une corvée. Les Genevois sont pourtant bien contents de trouver des croissants chauds le dimanche, sans forcément se demander comment ils arrivent sur les étals. Si les employés étaient allergiques au travail matinal ou du week-end, les boulangeries auraient disparu depuis longtemps.»

Le 6 mai 2026, le Conseil fédéral est d’ailleurs allé dans le même sens en annonçant son soutien à l’ouverture de douze dimanches par an. Un cadre qui laisse néanmoins aux cantons leur autonomie quant à l’opportunité d’adapter leur législation selon leur contexte propre. À Genève, il aurait ainsi été possible d’aller jusqu’à trois ouvertures dominicales, mais les milieux patronaux ont préféré s’en tenir à leur projet initial.

Fonctionnement apprécié

Échaudés par les réactions syndicales, les commerçants ont également prévu plusieurs garde-fous afin d’encadrer précisément l’effort demandé au personnel. Le travail durant ces deux dimanches se ferait uniquement sur une base volontaire. Les employés seraient rémunérés à double: par exemple, six heures de présence équivaudraient à douze heures payées. L’amplitude horaire resterait par ailleurs réduite, avec des fermetures prévues entre 17h et 18h, tandis que la récupération du temps de travail s’effectuerait dans la même semaine. Personne ne dépasserait ainsi un taux d’occupation de 42 heures hebdomadaires. «Lorsque nous avions pu ouvrir par le passé, près de 90% de mon personnel s’était montré favorable», se souvient Loïc Brunschwig, CEO de Bongénie. Tous soulignent d’aussi unanimement le plaisir de travailler dans une ambiance typique de l’esprit de Noël, pour laquelle on a eu le temps de se préparer, proposant une expérience clients avec de la musique festive, des décors féériques, des ateliers créatifs et autres animations. Faire les magasins devient ainsi un plaisir en famille, à la veille des Fêtes. La période est d’ailleurs cruciale pour les commerçants, qui y réalisent souvent une part majeure de leur chiffre d'affaires annuel.

Les petits commerces apprécient

Patronne de L’Épée à 2 Nains, un magasin de jeux de société, Christine Sauvin relève avoir toujours connu des expériences positives lors des ouvertures dominicales précédant les Fêtes à Bienne. Elle estime que la situation serait comparable à Genève, malgré le suspense qui avait longtemps entouré l’ouverture de son point de vente situé à proximité de Manor: «Certains prétendent que les petits commerces pâtiraient de l’ouverture des grandes surfaces, mais mon expérience prouve le contraire. Le passage et l’animation attirent aussi des clients chez nous. La période de l’Avent est particulière pour certaines boutiques spécialisées. Dans mon cas, il fait vraiment sens d’ouvrir exceptionnellement deux dimanches pour vendre des jeux au moment où les Genevois préparent leurs cadeaux de Noël.»

Tous insistent d’ailleurs sur les bénéfices d’une meilleure animation au cœur de Genève. L’objectif est aussi d’éviter que les habitants ne quittent le canton pour aller faire exactement les mêmes achats… en France voisine ou ailleurs. «Nous connaissons tous le contexte difficile qui pèse sur le commerce local. Cette mesure offrirait, pour une fois, un petit bol d’air salutaire», relève Sébastien Aeschbach de Aeschbach Chaussures.

Depuis toujours, Genève se positionne en ville internationale, non seulement par la présence de l’ONU et des organisations internationales, mais aussi par les touristes qui la fréquentent. Les défenseurs de cette modification de la Loi sur les horaires irait dans la logique de l’évolution de la société. Face à la concurrence des plateformes et des zones commerciales périphériques, la nécessité de maintenir à tout prix un cadre restrictif serait à la fois un mauvais signal. D’après les commerçants, tout le monde apprécie désormais de pouvoir profiter de jours libres durant la semaine pour étaler ses propres activités.

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