La surpopulation étrangère, une vieille crainte suisse (2/3)

Pierre Cormon
Publié jeudi 07 mai 2026
Modifié jeudi 07 mai 2026
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#Immigration L'initiative Schwarzenbach, soumise au vote en 1970, pousse la Suisse à adopter des quotas de permis. Ils ne calment pas les mouvements anti-immigration.

«La votation du 7 juin 1970 peut être considérée comme l'une des plus importantes dans l'histoire suisse d'après-guerre», considérait feu le politologue Hans Mahning. «Sa couverture médiatique dépasse celle des plus grands événements sporquittent la Suisse. L'initiative demande encore qu'aucun Suisse ne puisse être licencié tant que des étrangers de la même catégorie professionnelle travaillent pour son employeur. Malgré son rejet par 54% des votants, elle exerce une influence durable sur la politique suisse.


Quotas


Elle pousse notamment la Confédération à adopter une nouvelle politique dès avant la votation. Le statut de saisonnier est maintenu. Pour les autres permis de travail, on introduit des quotas en mars 1970.
Une ordonnance définit chaque année le nombre d'étrangers que la Suisse peut absorber. Les permis sont répartis selon un mécanisme complexe et très bureaucratique (lire ci-dessous).
Cette nouvelle approche ne parvient pas à inverser le solde migratoire. Les milieux anti-
immigration lancent deux autres initiatives, également refusées. La seconde aurait contraint certains cantons à réduire le nombre de leurs travailleurs étrangers de plus de moitié.


Tournant


Le vrai tournant ne doit rien à la politique – ou du moins rien à la politique suisse. Le choc pétrolier de 1973 plonge l'Occident dans la crise. La Suisse n'y échappe pas. Dix pour cent des emplois sont supprimés (15% dans l'industrie). Trois cent mille résidents étrangers quittent le pays. La crise entraîne un retournement des préoccupations liées à l'immigration. La faible natalité fait craindre un déclin de la population. «La Suisse est-elle en train de disparaître?» demande un rapport de la Commission de politique démographique en 1985. L'expression «hiver démographique» se répand. L'immigration ne reprend de manière marquée qu'au milieu des années 1980. Les contingents s'avèrent à nouveau incapables de la freiner. Saisonniers obtenant un titre de séjour, personnes provenant du regroupement familial, étudiants, fonctionnaires internationaux ou réfugiés y échappent.


Nouveau modèle


La Suisse se remet à débattre de la meilleure manière de concilier les besoins du pays et sa réticence à voir trop d'immigrés s'installer. Le premier paquet d'accords bilatéraux enterre le statut de saisonnier et met en place la libre circulation des personnes entre la Suisse, l'Union européenne et l'Espace économique européen. On connaît la suite. L'immigration contribue à un redressement économique spectaculaire au terme d'une «décennie perdue». L'intégration se poursuit: aujourd'hui, plus de la moitié des Suisses de naissance ont au moins un parent étranger et un tiers des mariages unit une personne suisse et une étrangère. L'Initiative contre l'immigration de masse est acceptée en 2014. Quant à la votation sur l'initiative Pas de Suisse à dix millions, elle aura lieu le 14 juin. Entreprise romande y reviendra dans sa prochaine édition. 

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