G7: «On s’en fiche qu’il y ait des vitrines cassées!»
«Ce n’est pas aux organisateurs d’assurer la sécurité», font savoir les membres de la coalition noG7.
SK/ER
Steven Kakon
Publié mardi 28 avril 2026
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#Politique
À l’approche du G7, le Conseil d’État affirme qu’il évalue en continu la situation sécuritaire avant de décider d’éventuelles interdictions de manifester. De son côté, la coalition noG7 a d’ores et déjà annoncé que des mobilisations auraient lieu à Genève, qu’elles soient autorisées ou non.
A quelques semaines du G7, le Conseil d’Etat précise sa ligne face aux exigences sécuritaires de la FER Genève. «La situation sécuritaire est surveillée de près et analysée en continu pour disposer d'une analyse de risque fiable. Si cette analyse devait le justifier, nous n'hésiterions pas à prononcer l'interdiction d'une ou de toute manifestation pour la période la plus courte possible», écrit le gouvernement dans un courrier adressé fin avril à Arnaud Bürgin, directeur général de la FER Genève. Le Conseil d’État indique par ailleurs répondre favorablement à sa demande de rencontre avec la conseillère d’État Anne‑Carole Kast (lire encadré).
Une chose est sûre: qu’elles soient autorisées ou non, des mobilisations auront lieu à Genève les 13 et 14 juin. C’est le message martelé mardi 28 mars par les membres de la coalition noG7, réunis face aux médias afin d’expliquer pourquoi ils appellent à «un fort moment de résistance pacifique international» en marge du sommet du G7, prévu du 15 au 17 juin à Évian. Leur mot d’ordre est explicite: «Face au fascisme, résistance globale».
«Des dirigeants viennent ici construire leur agenda de la terreur et de la destruction, mettre le monde à feu et à sang», affirment ses représentants. «Il nous faut un espace pour dire non». Genève, ajoutent les représentants de milieux de gauche, n’a pas été choisie au hasard: «c’est symboliquement une ville qui est regardée».
Au cœur des tensions figure la décision du Conseil administratif de la Ville de Genève d’interdire l’installation d’un «Village alternatif» au parc des Bastions le 13 juin, décision soutenue publiquement par la conseillère d’Etat Carole-Anne Kast sur le plateau de la RTS. Un choix que la coalition interprète comme une atteinte directe aux libertés publiques. «C’est une remise en cause du droit de se réunir et de manifester», dénoncent les orateurs, évoquant une volonté de «faire renoncer aux droits populaires». Présenté comme un simple lieu d’échanges, ce village se veut, selon les organisateurs, «un stand d’informations destiné au public». «En quoi cela constitue une menace?», s’agacent-ils.
La mémoire collective genevoise reste toutefois marquée par les débordements du G8, en 2003. C’est notamment au nom de ce précédent que les milieux économiques, dont la FER Genève, réclament aujourd’hui l’interdiction de toutes les manifestations entre le 10 et le 21 juin. La coalition noG7 accuse d’alimenter une «rhétorique d’affolement et de grande terreur, relayée allègrement dans la presse». «C’est un choix politique: criminaliser les manifestants qui viennent dénoncer pacifiquement des politiques criminelles». Et d’ajouter: «La montée du fascisme s’opère précisément en empêchant les espaces démocratiques».
Interrogés par Entreprise Romande sur les garanties de sécurité visant à éviter une répétition du chaos de 2003, les organisateurs renvoient la balle aux autorités. «Ce n’est pas aux organisateurs d’assurer la sécurité», affirment-ils. Ils expliquent avoir sollicité un dialogue avec les pouvoirs publics afin d’anticiper l’encadrement des manifestations, sans succès. «Nous avons demandé à discuter pour pouvoir assurer la sécurité, mais on ne nous répond pas». La rencontre avec Carole-Anne Kast, consacrée au village et à la manifestation le 17 février dernier, n’a débouché sur aucun autre rendez-vous, regrettent-ils. «Il en va de leur responsabilité».
Le récit dominant autour du «traumatisme» de 2003 est lui aussi contesté. «Quand on parle de grand traumatisme genevois parce qu’il y a eu des vitrines cassées. Au secours!» lance Françoise Nyffeler, membre de la Grève féministe. «On s’en fiche qu’il y ait des vitrines cassées!» scande-t-elle, dénonçant une hiérarchie des priorités qui ferait passer les dégâts matériels avant les enjeux politiques et sociaux.
Pour la coalition, le climat actuel est surtout nourri par la peur. «C’est un sentiment extrêmement dangereux à insuffler dans une population, comme dans des forces de police», avertissent-ils. Et selon eux, l’interdiction des manifestations pourrait produire l’effet inverse de celui recherché. «C’est précisément quand une manifestation n’est pas autorisée que ça risque de partir en casse, de dégénérer et de conduire à des violences policières».
Les orateurs ont par ailleurs averti les élus de la Ville et du Canton: ils ne sont pas les bienvenus au Village alternatif. «S’ils viennent, ils verront», ont-ils lancé, appelant les médias les informer de cette position.
Sollicité, Arnaud Bürgin évoque une pesée des intérêts entre manifester et sécurité. «Du moment que nous n’avons pas de garanties, nous demandons l’interdiction de manifester».
Jurisprudence
Dans son courrier, le Conseil d’Etat précise que «S'agissant de la situation en lien avec les manifestations, vous n'êtes pas sans savoir que les jurisprudences fédérale et européenne imposent aux autorités de procéder à une évaluation des risques concrets pour justifier I'interdiction d'une, voire de toute manifestation. Or, des antécédents de plus de 20 ans, des intentions générales et un contexte géopolitique détérioré ne suffisent pas en soi à interdire toute manifestation et doivent impérativement trouver des échos consistants pour le canton de Genève de manière spécifique».
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