Olivier Jornot: «La justice doit gagner en agilité et en rapidité»

Flavia Giovannelli
Publié lundi 16 mars 2026
Lien copié

#Justice pénale Procureur général depuis 2012, Olivier Jornot se présente devant les électeurs le 29 mars.

Quels sont les principaux succès de votre action, mais aussi le chantier qui demeure encore en cours?

Je me réjouis que la justice fonctionne bien malgré les défis auxquels elle est confrontée. Pour le Ministère public en particulier, ces défis, ce sont essentiellement la hausse constante du nombre des nouvelles procédures – près de 25 000 crimes et délits en 2025 - et la lourdeur du code de procédure pénale, qui génère une importante bureaucratie. Malgré ces difficultés, nous avons pu faire face et nous adapter aux changements : les lois changent, la société change et la criminalité aussi. Le fonctionnement des autorités judiciaires a été constamment modernisé et des innovations introduites, par exemple en matière de médiation ou d’accueil des victimes. Parmi les chantiers encore ouverts, je citerai le projet de la conférence suisse des chefs de département de justice et police, auquel j’ai pris part dès son lancement, projet visant à alléger les contraintes du code de procédure pénale. L’objectif est de rendre les procédures plus agiles et moins bureaucratiques, donc plus rapides, sans porter atteinte aux droits des parties. Un autre chantier majeur concerne la numérisation de la justice avec le projet national Justitia 4.0, dans lequel la justice genevoise joue un rôle moteur. La législation a été adoptée par les chambres fédérales, et nous devrons réussir à Genève le passage au dossier électronique, sans doute dès 2028. C’est un projet fondamental, tant pour la justice que pour les avocats et les entreprises, qui tous gagneront en efficacité et en productivité.

Déplorez-vous le manque de moyens du Ministère public face à la forte hausse des infractions?

Face à des besoins en constante augmentation, sachant que nous devons poursuivre toutes les infractions qui parviennent à notre connaissance, il me semble normal de revendiquer davantage de moyens. Le bon fonctionnement de la justice est au cœur du bon fonctionnement de la société, alors que le budget du Pouvoir judiciaire ne représente que 2% du budget cantonal. Au Ministère public, nous sommes en mesure d’accomplir notre mission, mais au prix d’une charge écrasante pour les 49 procureurs. La conséquence, c’est notamment un allongement du délai de traitement des procédures. Tous les acteurs du système, justiciables, avocats et surtout victimes d’infractions, pâtissent de cette situation. Les pouvoirs publics doivent à mon sens placer la justice et son bon fonctionnement au cœur de leurs priorités.

On évoque beaucoup la complexification des affaires, notamment celles liées à la cybercriminalité.

En matière de cybercriminalité, le Ministère public peut bénéficier de l’expertise de la police, qui a dédié une brigade de police judiciaire à ce domaine, la brigade des cyber-enquêtes. Les succès sont nombreux, malgré la masse invraisemblable de plaintes qui parviennent aux autorités. Mais il est vrai que les affaires les plus importantes en termes de préjudice sont complexes et souvent frustrantes, car les auteurs se trouvent fréquemment hors des frontières suisses, dans des États qui ne coopèrent pas ou très mal. Dans ce domaine comme dans d’autres, la prévention et la détection des risques doivent être privilégiés.

Que répondez-vous aux dirigeants de PME victimes de cyberattaques ou aux entreprises confrontées à des cambriolages?

Les cas de chantage à la diffusion de données, parfois destinées au darknet, se multiplient et font l’objet d’une attention particulière. Le Ministère public poursuit des discussions avec les représentants patronaux afin d’identifier les meilleurs moyens de lutte, qui passent notamment par la prévention. Pour les entreprises, la rapidité de signalement et la coopération avec les autorités restent déterminantes En ce qui concerne les cambriolages, la courbe repart à la hausse, même si ce phénomène reste cyclique. La recrudescence d’intrusions en présence des occupants – home-jackings – inquiète particulièrement. C’est en partie lié à l’attractivité de Genève, les malfaiteurs étant souvent très bien renseignés. Le Ministère public intervient une fois l’infraction commise, ce qui renforce à mes yeux la nécessité de juger sévèrement les auteurs. Il est essentiel de montrer que la Suisse n’est pas un eldorado où l’on s’en tire sans conséquences.

Avez-vous un message principal à faire passer?

Ma vision de mon rôle est très claire : le procureur général n’est pas là pour faire de la politique, mais pour être au service de la loi. C’est le législateur qui définit les infractions et décide quelles sont les sanctions à appliquer. Le Ministère public, lui, doit assumer le rôle que la loi lui confie : instruire les dossiers puis requérir des peines. Il doit le faire sans complexe, en assumant son rôle de défenseur de la société. Il ne s’agit pas d’incarcérer par plaisir, mais de requérir l’application de la loi. Je défends une vision équilibrée de la justice, au service de l’ensemble de la population.

insérer code pub ici