Quand la ménopause révèle les limites de l’organisation du travail
Steven Kakon
Publié vendredi 24 avril 2026
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#Santé
Une enquête révèle l’impact de cette phase de la vie des femmes sur leur trajectoire professionnelle et interpelle les entreprises sur leur capacité d’adaptation.
Fatigue, troubles du sommeil, difficultés de concentration, bouffées de chaleur, douleurs articulaires, etc. Ces symptômes sont ceux de la ménopause. Au-delà de dégrader la qualité de vie au travail et d’augmenter l’absentéisme, elle modifie la trajectoire professionnelle de nombreuses femmes.C’est ce que met en lumière la première enquête suisse sur la ménopause au travail. Sur les deux mille deux cent cinquante-neuf participantes (âgées de 30 à 67 ans avec une moyenne de 51 ans), 20,5% ont réduit leur temps de travail, 16,4% ont changé d’emploi, 13,3% ont interrompu leur carrière, 5,7% ont pris une retraite anticipée et 4,7% ont refusé une promotion. Des chiffres inquiétants, d’autant plus que la ménopause survient généralement entre 45 et 55 ans, soit au moment où les femmes atteignent le sommet de leur carrière.
«Pas un sujet au travail»
De quoi laisser penser que les entreprises n’en font pas assez pour accompagner les salariées concernées. Certes limitée dans le temps, cette phase de la vie des femmes doit-elle devenir un enjeu de gestion des ressources humaines et de santé au travail? «Le sujet de la ménopause est encore un sujet tabou en entreprise», observe Marco Taddei. Le responsable de l’antenne romande de l’Union patronale suisse appelle à «briser ce tabou» et à «ouvrir le dialogue, dans un cadre confidentiel».Un exercice délicat, en particulier dans des environnements managériaux masculins. «Je fais partie d’une génération où la ménopause n’est pas un sujet au travail», confie Anne Donou, directrice Suisse romande chez Alixio Groupe Suisse, actif dans le conseil RH et la transformation des entreprises. «La question est de savoir comment une femme peut vivre cette période sans tabou», poursuit-elle. Un verrou que les nouvelles générations commencent à faire sauter. Selon elle, l’évolution des codes culturels y joue un rôle: «les plus jeunes abordent plus librement les thématiques comme les règles, la santé mentale ou la fatigue». Les réseaux sociaux favorisent aussi une parole plus transparente.
Marco Taddei encourage la flexibilisation des horaires pour répondre aux besoins de la personne. «C’est aussi dans l’intérêt de l’employeur pour retenir les talents», insiste-t-il.
«Interroger les causes»
De son côté, Anne Donou invite à changer de focale. «Traiter la ménopause comme un sujet de santé au travail me semble réducteur. Et ce n’est pas un cas isolé», insiste-t-elle. Les demandes d’aménagement du temps ou des conditions de travail ne sont pas uniquement liées à des problèmes de santé, mais révèlent également des tensions structurelles dans les organisations: charge mentale élevée, manque de flexibilité, culture de la performance linéaire et faible tolérance aux variations des rythmes humains. «En parlant uniquement de ménopause ou de menstruations douloureuses, on met en avant des situations particulières, sans interroger le cadre qui les rend problématiques», prévient-elle. La question devient alors plus large: comment les organisations peuvent-elles individualiser les conditions de travail pour répondre à des réalités aussi diverses que la ménopause, le burn out ou l’accompagnement d’un proche en difficulté? «Le véritable enjeu pour le management n’est pas de traiter ces cas particuliers, mais de concevoir des organisations capables de prendre en compte des trajectoires diverses, quelles que soient les situations personnelles sans les stigmatiser», conclut-elle.
Grandes entreprises plus avancées
Sur ce sujet particulièrement sensible pour de nombreuses femmes, les grandes entreprises apparaissent aujourd’hui plus avancées, avec des politiques internes généralement mieux développées.
Chez Roche, des actions de sensibilisation sont ainsi menées depuis plusieurs années. Les cadres reçoivent des recommandations, assorties de conseils pratiques pour aborder le sujet, tout en proposant un cadre propice à l’échange d’expériences.
La multinationale Nestlé, l’un des plus gros employeurs du pays, est allée plus loin en publiant en 2024 un guide de référence intitulé Nutrition & Ménopause au travail sur son site internet. «Ici, la priorité est de fournir des conseils nutritionnels utiles et adaptés pour aider les femmes à traverser cette période de transition en toute sérénité», peut-on y lire. A travers cette publication, l’entreprise a cherché à promouvoir la santé de ses collaborateurs en fournissant une information fiable et scientifique sur le sujet. Elle contribue ainsi à normaliser le sujet dans l’entreprise. «Malheureusement, la très grande majorité des petites entreprises n’ont pas les moyens de mettre en place un tel dispositif», conclut Marco Taddei.
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