Santé au travail: le cri d’alarme d’un assureur

Dans une PME, une seule absence de longue durée peut peser jusqu’à 1,5% de la masse salariale.
Dans une PME, une seule absence de longue durée peut peser jusqu’à 1,5% de la masse salariale. Pexels.
Steven Kakon
Publié jeudi 18 juin 2026
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#Santé mentale Elle est la première raison de longues absences au travail, de source de coûts et la principale menace silencieuse pour la performance des entreprises.

«En Suisse, les incapacités de travail d’origine psychique durent en moyenne 218 jours et sont à temps plein dans 95% des cas. On ne peut plus absorber ces volumes sans changer la manière d’agir.» Le cri d’alarme émane d’un assureur. Un collaborateur s’absente un jour, puis une semaine, puis trois mois. Florian Theytaz, membre de la direction et responsable Clients Entreprise au Groupe Mutuel, connaît trop bien ce scénario qu’il voit se répéter semaine après semaine dans les entreprises.

Invité à la deuxième édition du Forum de la Santé en entreprise le 28 mai à la FER Genève, les chiffres qu’il partage face au public sont préoccupants: au sein des entreprises clientes du Groupe Mutuel, une absence longue sur trois est liée à la santé mentale. Ces situations représentent jusqu’à 40% des coûts d’indemnités journalières. Dans une PME, un seul cas long peut peser jusqu’à 1,5% de la masse salariale.
 

Taxe invisible


Ces indemnités journalières ne sont que la partie visible de l’iceberg, indique Florian Theytaz. Il précise: «dans la partie invisible de l’iceberg, il y a une perte de savoir, une désorganisation, du recrutement d’urgence, une baisse de productivité, des surcharges sur l’ensemble des collègues et une culture interne fragilisée. C’est la taxe invisible que personne ne voit, mais que les entreprises payent». Un diagnostic que partage Robert Angelozzi, directeur général adjoint de la FER Genève, dans son propos introductif. «Les entreprises doivent souvent remplacer les collaborateurs malades par des employés temporaires qui coûtent chers. Aussi, les primes des assurances de perte de gain maladie ont tendance à augmenter drastiquement.»

La santé mentale est la première source d’absences longues, la première source de coûts et la principale menace silencieuse pour la performance des entreprises. Le phénomène touche particulièrement les 25-35 ans, avec pour corollaire une hausse des rentes de l’assurance invalidité. «Plus l’absence commence tôt dans la carrière, plus elle risque de durer longtemps, car l’identité professionnelle n’est pas encore stabilisée et la confiance s’effrite plus vite», prévient Florian Theytaz.

Les assureurs disposent d’une vision systémique: tendances nationales, signaux faibles, coûts cachés, durées moyennes d’absence, pression sur les indemnités journalières. Autant d’éléments que les entreprises n’appréhendent bien souvent qu’à travers des cas individuels.
 

Coordination


Basé à Martigny, le Groupe Mutuel est le cinquième acteur national en assurances santé pour entreprises.
Comment cet acteur clé de la santé entend-il inverser la tendance? «La coordination est le facteur le plus déterminant», relève Florian Theytaz. C’est tout l’enjeu des programmes de gestion de la santé en entreprise. Concrètement, il s’agit de soutien aux managers, d’ateliers autour de la notion de charge mentale, d’analyses de risques psychosociaux, de coordination médicale et d’accompagnements au retour. Les résultats sont encourageants. «Les entreprises engagées dans ces démarches réduisent leurs coûts d’indemnités journalières de 15% à 20% sur trois ans. Mieux encore, une intervention précoce permet de diminuer la durée des absences de 25%.»

Reste une nuance essentielle: tous les maux ne naissent pas au travail. «Les troubles psychiques ont aussi des racines dans la sphère privée. Le travail est le lieu où la fragilité se révèle, pas toujours celui où elle naît. C’est précisément pour ça que l’accompagnement doit être global et coordonné», assure Florian Theytaz. «Les entreprises doivent s’adapter aux besoins des nouvelles générations», observe Robert Angelozzi. «Les maladies liées au stress et à la dépression ne doivent plus être considérées comme une faiblesse individuelle, mais comme un risque opérationnel».

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