Watches & Wonders: un salon horloger à la croisée des chemins
Flavia Giovannelli
Journaliste
Publié jeudi 09 avril 2026
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Alors que le bruit des frappes secoue le Moyen-Orient, les acteurs horlogers ont répondu présents au rendez-vous de Watches & Wonders, qui ouvrira ses portes le 14 avril à Genève.
Pendant quelques jours, c’est tout un écosystème – de l’hôtellerie aux services, en passant par le commerce, la logistique et l’événementiel – qui bénéficiera des retombées de ce salon horloger qui brandit encore l’étendard du luxe. Une bonne nouvelle pour l’économie locale, qui n’est pas épargnée par la géopolitique et les redistributions de cartes dans cette gigantesque partie de poker mondiale.
Un succès pérenne n’est jamais donné d’avance. On l’a vu avec Baselworld, longtemps rendez-vous mondial incontournable de la branche, aujourd’hui disparu. Depuis, les formats se recomposent. À Genève, Watches & Wonders a pris le relais, tandis que d’autres initiatives, comme les Geneva Watch Days, cherchent à s’imposer avec des approches plus souples et modestes. Plus loin, la Dubaï Watch Week a su s’installer dans le paysage, jusqu’à connaître un succès croissant ces dernières années.
Reste à savoir si cette dynamique résistera au contexte actuel.
Car le véritable enjeu se situe ailleurs. L’industrie horlogère est engagée dans une profonde réorganisation structurelle, qui touche à la tarification, aux circuits de distribution et à la valorisation des montres de luxe.
Au cœur de cette mutation, un phénomène majeur se dessine: le déplacement progressif des centres de gravité de la demande. Le rééquilibrage constitue le changement le plus marquant du secteur depuis l’émergence de la Chine comme moteur de croissance au début des années 2000.
Deux années consécutives de baisse des exportations suisses, une contraction marquée de la demande chinoise et la mise en place de droits de douane américains durables ont mis en évidence la fragilité d’un modèle fondé sur une croissance mondialisée et des conditions commerciales prévisibles.
Le marché primaire peine à se stabiliser, le marché secondaire valide – ou non – les modèles les plus recherchés. Autrement dit, la hiérarchie de l’industrie se redessine en temps réel.
Ces dernières années, la région du Golfe est devenue un hot spot pour écouler les montres suisses de luxe. Selon le magazine WatchPro, si la région représentait un marché unique, elle serait le deuxième plus grand marché au monde; une remarque à mettre en perspective après deux années de contraction de la Chine et le manque de perspective aux Etats-Unis. Autant dire que dans les allées feutrées de Genève, ce printemps 2026, on jouera gros.
Reste à savoir si la place genevoise saura transformer l’essai. Dans un environnement où les repères traditionnels vacillent, maintenir des événements d’envergure, garantir un cadre sûr et fédérer les acteurs devient un avantage concurrentiel à part entière. À ce titre, Watches & Wonders pourrait bien être plus qu’un salon: un test grandeur nature de la capacité de Genève à s’imposer dans cette nouvelle configuration du luxe.
Au-delà de l’horlogerie, c’est aussi le rôle de la ville comme carrefour de rendez-vous internationaux qui se joue, dans le sillage des grandes organisations qu’elle accueille. Une carte que Genève aurait tout intérêt à continuer de cultiver.
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