«Marre des musées, allons visiter une entreprise!»

Le moulin a beaucoup œuvré pour faire renaître la filière de l’huile de noix dans le canton de Vaud. Les visites d’entreprises font partie de sa stratégie.
Le moulin a beaucoup œuvré pour faire renaître la filière de l’huile de noix dans le canton de Vaud. Les visites d’entreprises font partie de sa stratégie. Moulin de Sévery
Pierre Cormon
Publié le jeudi 06 juin 2024
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#Visite d'entreprise Les visites d’entreprises ont le vent en poupe. La France a structuré la filière et fournit un appui à ceux qui aimeraient s’y lancer. Pas la Suisse.

Quelque vingt-cinq mille personnes visitent chaque année l’usine du parfumeur L’Occitane en Provence, à Manosque. Le bâtiment a été aménagé en tenant compte de leur présence. Elles circulent à l’étage, dans des couloirs bordés de baies vitrées surplombant les aires de production. Les visites se déroulent ainsi en toute sécurité, sans problème d’hygiène et sans perturber les activités. Si toutes les entreprises ne poussent pas la démarche aussi loin, les visites d’entreprises (aussi appelées tourisme industriel) ont le vent en poupe. Un peu plus de deux cents possibilités sont proposées sur le site de Suisse Tourisme. «Elles attirent de plus en plus de monde et l’offre se développe depuis plusieurs années pour répondre à cet intérêt du public», observe Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme. En France, trois mille cinq cents visites ont attiré vingt millions de visiteurs en 2023 – des chiffres en forte augmentation. Grande différence entre les deux pays: la filière française est structurée à l’échelon national, ce qui n’est pas le cas de ce côté du Jura.

Entreprise et découverte

C’est le résultat du travail de l’association Entreprise et Découverte, créée en 2012 pour transformer des initiatives éparses en filière. Elle est issue d’un cabinet d’ingénierie qui s’est spécialisé dans la visite d’entreprise depuis une quinzaine d’années. «Nous nous sommes dit qu’il ne fallait plus seulement accompagner les entreprises, mais aussi faire connaître leur offre à un large public et animer le réseau avec des rencontres régionales ou nationales», raconte Cécile Pierre, déléguée générale d’Entreprise et Découverte.

Certains secteurs sont particulièrement bien représentés dans la filière. C’est le cas de l’agro-alimentaire, des métiers de l’art et de l’artisanat ou de l’énergie. «D’autres secteurs émergent, comme la cosmétique, le textile, l’automobile ou la métallurgie», observe Cécile Pierre. Le secteur tertiaire, en revanche, en est pratiquement absent – difficile de captiver des visiteurs en présentant des têtes penchées sur des claviers d’ordinateurs. Une grande partie du public vient des environs. En France, les visiteurs de la région représentent ainsi le premier public pour 70% des entreprises. On ne dispose pas de telles statistiques en Suisse.

Huile de noix

Les entreprises proposant des visites peuvent poursuivre plusieurs objectifs. D’abord, se faire connaître et cultiver son image. C’est ainsi que le Moulin de Sévery a relancé la production d’huile de noix vaudoise il y a une vingtaine d’années, en invitant le public à découvrir ses installations. La plupart des entreprises profitent aussi des visites pour présenter leur politique de responsabilité sociale et environnementale. C’est notamment le cas dans des secteurs controversés. On peut ainsi accéder à la centrale nucléaire de Beznau ou à des sites de l’Agence nationale pour la gestion des déchet radioactifs française.

Bien pensées, les visites peuvent aussi devenir une source de profit, grâce aux entrées et aux ventes sur place. «Le parfumeur Fragonard, à Grasse, et la Confiserie des Hautes-Vosges, à Plainfaing, réalisent environ 80% de leurs ventes dans leur propre boutique», illustre Cécile Pierre. «Elles maîtrisent toute la chaîne de valeur et vendent avec de meilleures marges, car elles n’ont pas à rémunérer des intermédiaires.»

Soutien

Les entreprises françaises désireuses de se lancer dans la visite d’entreprise peuvent faire réaliser un audit par Entreprise et Découverte. Il vise notamment à définir une stratégie et un modèle d’affaires. L’association recense les visites et les fait connaître sur son site. Elle a même convaincu le Guide du Routard de s’y intéresser. Un guide national de la visite d’entreprise et trois régionaux ont été publiés.

Désireux de renforcer encore la filière, le Ministère des finances a chargé Entreprise et Découverte de réaliser un diagnostic sur onze branches et onze régions et d’en tirer une stratégie. Le résultat devrait bientôt être officiellement présenté. Rien de tel en Suisse. Les visites d’entreprises existent depuis longtemps et comptent des hauts lieux, comme la Lindt Home of Chocolate à Zurich, la Maison Cailler à Broc (FR), l’usine Victorinox à Schwytz ou l’Univers Kambly à Trubsachen (BE). Elles restent cependant le fruit d’initiatives isolées.

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