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Avec "Pas de Suisse à dix millions", les frontaliers se multiplieront

Pierre Cormon Journaliste Publié lundi 01 juin 2026

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Les employeurs en quête de main d'œuvre se tourneront vers les frontaliers et les permis de courte durée, pas concernés par l'initiative

Les embouteillages et la saturation des infrastructures, ça suffit! Si c'est la raison qui vous incite à voter pour l'initiative "Pas de Suisse à dix millions!", réfléchissez deux fois. Tout donne en effet à penser que son acceptation aboutirait au résultat inverse – une mésaventure déjà vécue par le Royaume-Uni dans le cadre du Brexit.

Les mesures de limitation que l'initiative propose ne s'appliqueraient pas aux frontaliers, ni aux titulaires de permis de courte durée. Les employeurs ayant des places à pourvoir se tourneront donc vers ces deux sources de main d'œuvre.

Les régions plus facilement accessibles pour les frontaliers deviendront beaucoup plus attractives. C'est notamment le cas de Genève, qui bénéficie d'un important bassin de recrutement en France voisine. Le canton deviendra un pôle, tant pour les employeurs en quête de main d'œuvre que pour les ressortissants de l'UE et de l'AELE prêts à s'installer en France voisine pour y travailler. Les problèmes de saturation des infrastructures s'aggraveront.

Dans les régions plus éloignées des frontières, les frontaliers pourront, comme aujourd'hui, louer un logement secondaire, quitte à rentrer chez eux le week-end. L'immigration continuera, mais de manière déguisée: au lieu de se faire avec un permis B, elle se fera avec un permis G (frontalier).

Et encore heureux: nos hôpitaux, nos magasins, nos usines ne pourront pas tourner sans ces personnes. L'acceptation de l'initiative créera donc une machine à gaz aussi coûteuse qu'inefficace, sans résoudre aucun des problèmes qu'elle entend combattre, voire en les aggravant.