Berlin doit profiter de l’embellie économique pour se sortir de l’ornière structurelle
Thomas Schnee
De Berlin
Publié vendredi 16 janvier 2026
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Le chancelier allemand Friedrich Merz et sa coalition vont-ils savoir profiter de la timide embellie économique qui s’annonce et réussir à engager la dynamique réformiste que toute l’économie allemande attend avec impatience?
Le chancelier allemand Friedrich Merz et sa coalition vont-ils savoir profiter de la timide embellie économique qui s’annonce et réussir à engager la dynamique réformiste que toute l’économie allemande attend avec impatience? Pour 2025, les prévisions de l’Institut allemand de recherche économique (DIW Berlin) et de la Bundesbank tablent sur une croissance marginale de 0,2% après deux années de récession. En 2026 et 2027, selon ces deux institutions, l’économie devrait pourtant connaître une croissance plus forte de respectivement 1,3% et de 1,6%. «En 2025, la situation économique ne s’est pas fondamentalement améliorée, mais elle s’est stabilisée. Une reprise s’annonce grâce aux mesures gouvernementales, qui compensent pour l’instant le ralentissement du commerce extérieur», estime Geraldine Dany-Knedlik, responsable des prévisions économiques au DIW. Après le fiasco de l’Automne des réformes annoncé par Friedrich Merz, qui n’a débouché que sur une pseudo-réforme des retraites, la volonté politique de libérer l’économie semble émerger. Mesure discrète, mais parlante, le chancelier a remercié son directeur de cabinet Jacob Schrot, expert en politique étrangère. Le poste sera occupé par l’ancien directeur général de la CDU (Union chrétienne-démocrate), Philipp Birkenmaier, réputé pour ses compétences économiques et son sens de l’organisation, notamment au sein des cercles du Mittelstand et des PME. Le chancelier a inauguré l’année politique en adressant une lettre ouverte aux députés de la CDU, de la CSU (Union chrétienne sociale) et du SPD (parti social-démocrate), les partis de sa majorité. «La situation de l’économie allemande est très critique dans certains domaines, de grands secteurs industriels à une partie notable de PME confrontée à des défis considérables. De nombreux emplois sont supprimés dans beaucoup d’entreprises», rappelle-t-il dans son message. Le secteur automobile, cœur industriel du pays, a ainsi supprimé près de 115 000 postes depuis un an. Et de poursuivre:«Tout ne dépend pas de nous. Mais nous savons que la productivité en Allemagne n’est plus suffisante dans le contexte économique mondial actuel. Les coûts de main-d’œuvre, les coûts énergétiques, les charges administratives et fiscales sont trop élevées. Nous devrons y travailler ensemble. Nous pouvons résoudre nous-mêmes la plupart de nos problèmes», assure le chancelier. La réforme centrale de l’actuel gouvernement reste pour l’instant celle du frein constitutionnel à l’endettement, qui a ouvert la voie à une augmentation considérable des possibilités d’endettement et d’investissements publics. Une limite budgétaire n’existe plus pour la modernisation de l’armée. Un fonds d’investissement de cinq cents milliards d’euros dédié aux infrastructures a été créé. Sur cette somme, cent milliards d’euros iront aux transports et le même montant à la transition énergétique. Ce fonds sert déjà à faire baisser la facture énergétique pour les entreprises grosses consommatrices. Des investissements records sont aussi prévus dans le budget courant. De 2026 à 2029, le gouvernement fédéral prévoit de débloquer environ cinquante milliards d’euros d’investissements par an. À l’automne, de nombreux projets concrets ont été présentés, notamment dans le domaine ferroviaire et de la rénovation des ponts et des routes. Malgré les difficultés de l’industrie, les experts n’anticipent pas d’explosion du chômage (6,3% actuellement). Les salaires ont progressé en 2024 et 2025 (d’environ 3% en moyenne) à 2,2% en 2025. Les dépenses publiques devraient donc relancer l’économie à court terme. Mais sans réformes internes profondes, il n’y aura ni investissements privés ni croissance durable. Dans son rapport, Geraldine Dany-Knedlik résume ainsi la situation: «l’Allemagne souffre moins de fluctuations à court terme que de problèmes structurels à long terme. Les prix élevés de l’énergie, une bureaucratie paralysante, une numérisation lente et une pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée freinent les investissements, tant nationaux qu’étrangers». Le renommé Institut ifo partage ce diagnostic, citant la restructuration de l’automobile comme exemple emblématique: électrification en marche, mais infrastructures, électricité et réglementation à la traîne. Les grands groupes résistent encore, mais les PME sont en difficulté, au risque de voir le changement structurel profiter surtout à la concurrence étrangère. La liste des réformes à réaliser est énorme et leur mise en chantier complexe. Au-delà des réformes économiques, il est aussi prévu que 2026 soit l’année des grandes réformes sociales, avec une nouvelle allocation minimum moins généreuse, une nouvelle réforme des retraites qui tienne au-delà de 2030 et qui aura un impact sur l’âge auquel on quitte le monde du travail ou sur l’amorce d’une refonte d’un système de santé et de soins aux personnes dépendantes. Le conservateur Friedrich Merz et ses alliés sociaux-démocrates ne pourront pas tout faire d’un coup. D’autant plus qu’avec de telles réformes, les conflits politiques, les risques sociaux et les difficultés techniques sont souvent au rendez-vous. Le gouvernement doit impérativement fournir la preuve qu’il est capable de redonner confiance aux entreprises et aux citoyens et de réformer leur grand pays plein de ressources. Si l’élan réformateur n’est pas retrouvé, la dynamique pourrait s’inverser et favoriser la progression électorale de l’extrême-droite dans les urnes à l’occasion de plusieurs élections régionales importantes qui se tiendront en mars et en septembre prochains. n
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