Durabilité: entreprises à la peine

Flavia Giovannelli
Publié jeudi 09 avril 2026
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#Sondage Une enquête de CleantechAlps montre que les PME sont sensibles à la durabilité, mais que sa mise en pratique est freinée par le manque de moyens.

Convaincues sur le principe, hésitantes dans la pratique: les PME suisses peinent à transformer leurs ambitions durables en actions concrètes. CleantechAlps, la plateforme de promotion de la durabilité et des cleantechs en Suisse occidentale, a voulu en savoir plus sur la réalité du terrain. L’association a lancé l’an dernier un vaste sondage, largement relayé afin d’obtenir une participation à la fois suffisante et représentative. Objectif atteint sur ces deux plans: plus de 680 responsables d’entreprises, majoritairement issus de la direction et répartis dans l’ensemble de la Suisse romande, ont répondu à une cinquantaine de questions, dont certaines ouvertes. De quoi dresser une photographie fine de la situation. «Nous voulions aller au-delà de notre base habituelle et couvrir tout le tissu des PME dans leur diversité, avec un accent particulier sur le Valais, puisque le canton a cofinancé l’étude. Nous disposons ainsi d’une base de données très qualifiante», se réjouit Rafael Schmitt, spécialiste durabilité et coordinateur de l’enquête.

Dispersion des initiatives

Les résultats confirment un intérêt marqué pour la thématique, mais révèlent un décalage persistant. Si la majorité des entreprises se dit sensible aux enjeux de durabilité et ont déjà engagé des actions, en particulier sur les volets environnementaux, seule une minorité met en place des pratiques structurées et solides. Pourquoi cet écart? Les répondants évoquent d’abord un manque de ressources financières, en premier lieu, mais aussi en termes de temps et de personnel. À cela s’ajoute la complexité des normes, qui freine la mise en œuvre de démarches globales dans un contexte réglementaire en constante évolution. L’Union européenne a récemment allégé certaines obligations liées à la directive Corporate Sustainability Reporting Directive, réduisant le nombre d’entreprises concernées et reportant certaines exigences de transparence afin de soutenir la compétitivité. «Notre conseil est d’anticiper ce mouvement dans la mesure du possible. Il serait dommage de ne plus être compétitif le jour venu», souligne Rafael Schmitt. Autre enseignement: une certaine dispersion des initiatives. Beaucoup de PME ont engagé des actions en matière de RSE ou de durabilité, mais sans stratégie claire ni vision d’ensemble. Ces efforts restent peu valorisés, faute de communication structurée. «Les entreprises s’engagent souvent dans cette voie par conviction personnelle, mais la réalité concurrentielle peut les rattraper. L’idée d’une labellisation, coûteuse et exigeante en ressources, en décourage plus d’une», ajoute l’expert. L’enquête montre que le défi n’est pas tant de convaincre de l’importance du sujet, mais d’aider les PME à structurer des démarches pragmatiques, adaptées à leurs ressources.

Résilience

Pour CleantechAlps, l’objectif est désormais d’accompagner les PME afin de maximiser les bénéfices de leurs efforts. «Dans un contexte où les crises se succèdent, les PME ont montré qu’elles savent faire preuve de résilience», relève Rafael Schmitt. «Renforcer cette résilience devient aujourd’hui un enjeu stratégique. Par exemple, les entreprises qui réduisent leur dépendance énergétique sont souvent moins exposées aux hausses de coûts et à certains aléas d’approvisionnement.»

Modules de sensibilisation

Plus que jamais, la gestion des risques apparaît comme la porte d’entrée la plus pertinente pour sensibiliser les entrepreneurs et les engager dans une démarche durable. CleantechAlps entend s’appuyer sur cette dynamique pour développer des solutions de branche à l’horizon 2027, avec l’objectif, d’ici à 2030, de voir émerger des PME pleinement outillées, capables de répondre efficacement aux exigences légales en matière de durabilité.

Sans être un prestataire opérationnel, mais en tant que plateforme de promotion, CleantechAlps a également développé une série de modules de sensibilisation adaptés aux besoins identifiés. Leur objectif: fournir aux PME les clés de compréhension de la durabilité et les guider, qu’il s’agisse de faire leurs premiers pas ou de structurer des démarches déjà amorcées. A noter qu’en 2024, la FER Genève avait mené une enquête sur les pratiques des PME romandes en la matière, aboutissant à des conclusions similaires.


L’essentiel des résultats

  • 75% des PME ont réalisé au moins une analyse liée à un pilier ESG, principalement sur les aspects environnementaux ;
  • 77% ont engagé des actions environnementales et 65% des actions sociales, mais les démarches restent souvent partielles ;
  • 46% des entreprises ne disposent d’aucune certification ;
  • 55% expriment au moins un besoin d’accompagnement ;
  • 60% identifient les ressources financières comme principal frein à la mise en œuvre de mesures de durabilité ;
  • Près de 50% ne disposent pas de plan formalisé de gestion des risques.
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