Engager des talents hors cadre: conseils de recruteurs

Steven Kakon
Publié lundi 02 février 2026
Lien copié

#Emploi Genève progresse en matière d’engagement des réfugiés et des personnes à protéger avec le livret S, mais le défi reste colossal.

À Genève, le taux d’insertion des personnes titulaires d’un livret S (personnes à protéger) est passé de 14,3% en janvier 2025 à 17,7% fin novembre. Une progression notable, mais loin de l’objectif fédéral de 50%. «Si l’on tient compte du taux de chômage élevé dans notre canton (4,9%), notre cible serait plutôt de 31,4%», nuance Delphine Bachmann.

Un an après la venue du Conseiller fédéral Beat Jans à la FER Genève, la Conseillère d’Etat chargée de l’économie et de l’emploi s’est exprimée au même pupitre, devant plus de cent cinquante responsables des ressources humaines, managers et employeurs réunis pour la matinée Réfugiés et permis S: défis et opportunités pour les entreprises. Objectif: dresser un bilan en rappelant le chemin parcouru et celui qu’il reste à parcourir. «Cette progression est le fruit d’une mobilisation collective», observe Delphine Bachmann. Fin novembre, quatre cent quarante et un titulaires du permis S avaient trouvé un emploi dans le canton. La décision fédérale intervenue en octobre de supprimer la procédure d’autorisation cantonale, remplacée par une simple annonce d’activité, est jugée bienvenue, bien qu’il soit encore trop tôt pour évaluer ses effets. «Elle simplifie la vie des entreprises et accélère l’accès au travail», a-t-elle salué, tout en rappelant que de nombreux titulaires de ce permis restent dépendants de l’aide sociale. Entreprises et agences de placement ont témoigné de leurs expériences, rappelant l’importance d’aller au-delà du CV et du statut de réfugié pour trouver de véritables talents. Les intervenants, dont Emilie Delannoy, directrice régionale des ressources humaines à Trafigura, ont partagé leurs recommandations aux recruteurs présents dans la salle. En voici trois.

  • Oser les profils atypiques Donner une chance à des candidats qui ne cochent pas forcément toutes les cases. «Certains n’ont même pas de certificat de travail, mais apportent une diversité par rapport à un profil plus typique en termes de compétences», explique Andrea Girardot, responsable de distribution de La Poste. Sébastien Genovese, de LHH (filiale du groupe Adecco), renchérit sur l’importance pour les services de recrutement de ne pas filtrer a priori les profils titulaires du permis S. En tant qu’agence, «il faut être courageux et proposer ces profils atypiques aux clients», poursuit-il.
     
  • Recruter sur le potentielpas seulement les compétences. «J’ai vu des personnes qui ne parlaient pas français et qui, trois ans plus tard, le maîtrisaient», confie Sébastien Genovese. Stages et contrats souples sont cités comme portes d’entrée efficaces sur le modèle du try and hire. «J’ai eu beaucoup de retours d’expériences de personnes qui ont commencé en stage, gagné la confiance de l’employeur puis obtenu un emploi permanent par la suite, parfois après un CDD.»
     
  • Favoriser l’intégration de candidats locaux avant de recruter à l’étranger. François Rohrbach, président du Groupement des entreprises multinationales, souligne que la Genève internationale est une terre d’accueil, mais qu’au-delà des valeurs humanitaires, «l’intégration des réfugiés représente une plus-value concrète pour les entreprises qui sont confrontées à une grave pénurie de main-d’œuvre. Il serait dommage de s’en priver».
    Le témoignage d’Olena Gavelia et Elena Voytenko, deux Ukrainiennes titulaires du permis S, a donné vie à ces mots. En partageant leur parcours marqué par des difficultés d’accès à l’emploi mais aussi par des intégrations aujourd’hui réussies dans leurs entreprises respectives, leur message était porteur d’espoir. La première est Education Manager Export Europe chez Clarins. La seconde est employée chez Cargill.

Des obstacles à lever

Les multinationales cherchent des profils qualifiés, mais ceux-ci ne se trouvent pas toujours dans le canton où l’entreprise a son siège. À ce sujet, la directrice des ressources humaines de la multinationale agroalimentaire Cargill, Virginie Ferrier, dénonce une contrainte qu’elle appelle à faire évoluer: «Nous avons engagé une personne titulaire d’un permis S, assignée dans un autre canton. Notre première demande pour qu’elle puisse s’installer à Genève a été refusée. Après une seconde demande, l’autorisation a été accordée, mais avec l’obligation que cette personne rentre dans son canton d’origine chaque week-end. Aucune explication ne nous a été donnée».
Une rigidité qui freine l’intégration, selon elle. Elle plaide pour anticiper les attaches personnelles et professionnelles avant l’arrivée. «À la question ‘avez-vous une possibilité d’embauche?’, je pense que beaucoup de personnes répondraient ‘oui’.»


Adaptations législatives envisagées

Autre intervenant à cet événement, Adrian Gerber, délégué à l’intégration au marché du travail au Département fédéral de justice et police, rappelle que pour les permis S, le changement de canton est possible sur demande en cas d’activité lucrative. Cette décision repose toutefois sur un accord au cas par cas entre les cantons concernés, ce qui explique que certaines demandes soient refusées selon les circonstances et les priorités cantonales. Parmi les adaptations législatives envisagées pour améliorer l’intégration professionnelle des bénéficiaires du statut S figure justement le droit pour les actifs de changer de canton.
insérer code pub ici