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Loisirs au travail et burn-out, quel rapport?

Marie-Hélène Miauton Publié vendredi 30 janvier 2026

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L’enseigne de commerce en ligne Galaxus (pourquoi elle ?) publiait la semaine dernière un sondage représentatif auprès de 5125 interviewés en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Italie et en France. Deux questions étaient posées aux personnes actives, ainsi qu’à celles qui télétravaillent. «Combien de minutes par jour sur votre lieu de travail/respectivement en télétravail, accordez-vous en moyenne aux activités non professionnelles (réseaux sociaux, shopping en ligne, e-mails et appels privés, sport, etc.)? Les réponses sont édifiantes.
En Suisse, 15% des actifs dépassent trente minutes par jour à flâner sur internet durant les heures travaillées et 28% en télétravail, ce qui en fait le meilleur élève des pays consultés, mais ces scores restent énormes! Quant à la France, avec des taux astronomiques de 26% et 63%, elle n’est pas près de retrouver son dynamisme économique et son sens de l’effort. 
L’étude ne relève aucune différence entre les hommes et les femmes, mais la génération Z est la plus distraite, puisqu’un jeune de moins de 30 ans sur deux consacre plus d’une demi-heure par jour à des activités non professionnelles au bureau ou à domicile. En outre, les répondants ayant tout loisir de minimiser leurs comportements fautifs, on devine que la réalité pourrait être encore plus surprenante! 
Ce dilettantisme représente un manque à gagner considérable pour les entreprises, d’autant que le télétravail - en Suisse du moins - concerne majoritairement les personnes les mieux formées, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique. Pourtant, cela ne taraude pas l’esprit des employés. À la question: “Avez-vous mauvaise conscience quand vous faites des activités privées sur votre temps de travail?”, on découvre qu’un tiers des Autrichiens sont peu ou prou gênés contre un quart des Allemands, des Suisses ou des Français, révèle le rapport.
Dans le même temps, on ne cesse de déplorer l’épuisement au travail, avec ses syndromes aux noms bizarres de burn-out (définition: profond manque d’énergie lié à un stress chronique au travail), ou son contraire, le bore-out (définition: forme d’épuisement professionnel provoqué par l’ennui et une sous-charge de travail) ou le brown-out (définition: baisse de tension accompagnée d’une perte de sens au travail). La responsabilité de tous ces états maladifs est imputée à l’employeur, trop exigeant ou pas assez, trop motivant ou pas assez, trop paternel ou pas assez. Pourtant, les résultats de l’étude montrent que l’intrusion d’internet dans la vie quotidienne n’a pas simplifié les choses. La disparition de la frontière entre tâches professionnelles et sollicitations privées, induisant un zapping constant, pourrait être à l’origine de l’épuisement intellectuel ressenti par les salariés. En outre, si un temps considérable est soustrait aux heures ouvrées comme le prouvent les chiffres, il est normal que le travail ne soit pas réalisé en fin de journée, suscitant insatisfaction et stress. 
Les patrons ont bon dos, mais il y aurait beaucoup à chercher aussi du côté des employés eux-mêmes. Pris dans l’engrenage de l’instantanéité des écrans, sollicités en permanence par leur profession et leur vie privée mélangées, tiraillés entre les priorités, leur cerveau en surchauffe n’a pas une minute pour souffler, pour réfléchir, pour arrêter la machine. Voilà sans doute le meilleur enseignement à tirer du sondage.