Une mission renforcée au fil du temps

Philippe Fleury (à gauche sur la photo) prendra le relais de la direction de la FER Genève des mains de Blaise Matthey (à droite) le 1er juin 2023.
Philippe Fleury (à gauche sur la photo) prendra le relais de la direction de la FER Genève des mains de Blaise Matthey (à droite) le 1er juin 2023. Photo Olivier Vogelsang
Flavia Giovanelli
Publié le mercredi 10 mai 2023
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#Blaise Matthey Directeur général de la FER Genève depuis 2007, il cédera sa place à Philippe Fleury le 1er juin.

En ce mois d’avril 2023, rien ne laisse deviner que Blaise Matthey passera le flambeau à Philippe Fleury en juin prochain. Il est toujours très impliqué dans les dossiers chauds du moment, courant d’un rendez-vous à l’autre. Il a néanmoins commencé à faire quelques interventions en forme de bilans, comme lors de l’assemblée générale de l’Union des associations patronales genevoises, dont il a été le secrétaire permanent entre 1993 et 2005.

Reconnu pour porter largement la voix des entrepreneurs genevois et romands, Blaise Matthey aura assumé ce rôle contre vents et marées. Pourtant, lorsqu’il s’est engagé à la FER Genève il y a trente-cinq ans, il n’imaginait pas qu’il y mènerait une telle carrière. Le jeune avocat cherche alors surtout à se frotter à la réalité du terrain économique, qu’il découvre en tant que secrétaire patronal sous la direction de Michel Barde. «J’ai rapidement constaté la variété de ce travail, qui suppose des capacités d’administrateur, d’organisateur, d’écoute, de conseil, de négociateur et de lobbyiste, et nécessite d’établir de bonnes relations avec les membres et les partenaires. Le marché du travail, la formation professionnelle, les enjeux de la sécurité sociale ou de la fiscalité m’ont aussi intéressé», résume-t-il.

Il tient à remettre sa nomination comme directeur général en perspective. En 2001, il s’était engagé en politique et avait été désigné «meilleur député de droite du Grand Conseil», où il représentait le parti libéral. «Quand la succession de Michel Barde s’est ouverte, deux options se sont offertes: continuer dans la politique, comme le souhaitait mon parti, et me présenter à l’élection au Conseil d’Etat, ou postuler à la direction générale», se souvient-il. «Prendre la direction de la FER Genève était vraiment mon premier choix et j’ai été largement soutenu, même si ma nomination n’est pas allée de soi et si la période qui l’a précédée a été difficile.»

Entregent et qualités de négociateur

Comme le veulent les règles internes de la FER Genève, il a quitté la scène politique, tout en conservant le goût des joutes oratoires et des batailles difficiles. Aussi loin qu’il s’en souvienne, la Suisse a vécu une série incessante de crises, toutes surmontées. Depuis le premier choc pétrolier, en passant par la bulle de l’internet au début du nouveau millénaire, le franc fort, la période de la pandémie et une guerre en Ukraine, qui met en lumière nos nouveaux défis d’approvisionnement, surtout énergétiques. Jamais l’horizon n’a été durablement sans nuages, mais Blaise Matthey garde confiance dans le dynamisme marqué de l’économie helvétique. Il estime que la résilience opère d’autant mieux que les citoyens font des choix d’ouverture engagés.

Quel que soit le contexte, le partenariat social lui a toujours paru l’outil indispensable pour dégager les solutions les plus justes et offrir un atout en termes de compétitivité. Ne lui parlons pas de plus petit dénominateur commun, au risque de le voir bondir. «C’est faire trop peu de cas de notre manière historique de surmonter les problèmes. Ainsi, je me souviens que mes collègues français, lors d’une réunion du Mouvement des entreprises de France datant de quelques années, m’avaient confié envier le calme de la situation en Suisse. J’ai dû leur expliquer que c’était une idée reçue, car les discussions pour aboutir à un projet sont souvent très vives, sachant qu’elles peuvent se terminer par des votations que l’on n’est jamais sûr de gagner. Mais c’est parce que e des mains de Blaise Matthey (à droite) le 1er juin 2023. Photo Olivier Vogelsang nous osons affronter en amont les sujets qui fâchent, en mettant tout sur la table, que nous sommes capables de désamorcer les conflits.»

Outre son entregent et ses qualités de négociateur, Blaise Matthey a plus d’une fois montré sa capacité à prévoir les défis du futur. Sous sa gouvernance, la FER Genève et ses institutions ont considérablement élargi la palette de leurs services et renforcé leur proximité avec les membres, dont le nombre est en constante augmentation. Cet essor s’est accompagné d’un développement numérique indispensable pour répondre aux nouveaux besoins de plus en plus complexes et pressants des membres et affiliés.

L’humain au cœur de sa mission

Il a également fallu rénover et agrandir les locaux et mener plusieurs projets ambitieux. Blaise Matthey est particulièrement fier d’avoir réussi à transformer le siège de la rue SaintJean en conservant autant que possible les structures du bâtiment d’origine – désormais surélevé d’un étage. Sur la scène internationale, il se distingue par son investissement au sein de l’Organisation internationale des Employeurs (OIE) - dont il est viceprésident pour l’Europe et l’Asie centrale et trésorier - et de l’Organisation internationale du travail (OIT). Il a été nommé délégué des employeurs suisses à la Conférence de l’OIT en 2012, puis membre adjoint du Conseil d’administration du Bureau international du travail en 2017 et membre titulaire en 2021. Grâce à des échanges avec des parties venant de tous horizons, il a amélioré sa compréhension des enjeux socio-économique globaux.

En fin de compte, en jetant un regard dans le rétroviseur, il souligne que l’humain a toujours été au cœur de sa mission. Chacun doit pouvoir travailler dignement. A l’heure de l’arrivée de l’intelligence artificielle dans le monde du travail, Blaise Matthey est conscient qu’il va falloir plus que jamais évoluer, former et accompagner, ce qui est l’une des missions d’une organisation patronale et économique interprofessionnelle comme la FER Genève.


Ce que disent de Blaise Matthey quelques membres des instances dirigeantes de la FER Genève

Myriam Nicolazzi, membre du Comité directeur de 2002 à 2014

«Fin connaisseur du passé et naturellement tourné vers le futur et le progrès, Blaise Matthey sait où il veut aller, et comment. Il a su porter, en manifestant sa fibre sociale et son souci de l’environnement, les principes de la responsabilité sociétale et environnementale (RSE) avant qu’ils ne prennent la place qu’ils ont aujourd’hui. Je me souviens d’un événement FER Genève dont les guest stars étaient les patrons de deux entreprises sociales, ce qui était une position forte et originale à ce moment-là. Il a aussi constamment encouragé la promotion des femmes dans des postes à responsabilité et à visibilité.

Son éducation postuniversitaire à Paris et aux Etats-Unis lui a permis de s’imprégner d’autres cultures et pratiques et d’apprendre à en tirer bénéfice. Il regarde au-delà des frontières cantonales et tisse des réseaux dans toute la Suisse ainsi qu’à l’international. Il sait qu’il est essentiel pour la FER Genève de faire entendre la voix de Genève à Berne et à Zurich.»

Serge Hiltpold, fondateur de Hitpold SA et membre du Conseil de direction

«J’ai connu Blaise Matthey lorsque Michel Barde dirigeait la Fédération des syndicats patronaux (ancien nom de la FER Genève - ndlr). Il était alors secrétaire patronal et s’occupait du Groupement genevois des métiers du bois. C’est pour représenter ce domaine que j’ai rejoint plus tard le conseil de direction de la FER Genève. Tout au long de ces années, j’ai pu apprécier son discours clair et sa connaissance des dossiers politiques. On sentait qu’il faisait profiter l’ensemble de l’institution et ses membres de son expérience de député pour défendre des projets de manière stratégique.

Plus récemment, il m’a fait plaisir en me proposant de rejoindre la petite équipe tripartite qui a gravi le Mont-Blanc à l’occasion des célébrations du centenaire de l’Organisation internationale du travail. Il savait combien je suis passionné de montagne et de grimpe et que j’aurais ainsi plaisir à représenter le patronat à cette occasion. J’en garde un souvenir très sympathique et je le remercie d’avoir pensé à moi!»

Bénédicte Montant, architecte associée 3BM3 atelier d’architecture et membre du comité directeur de la FER Genève

«J’ai connu Blaise Matthey par le biais de l’Association genevoise des architectes, bien avant que cette dernière ne soit hébergée à la FER Genève. Cela fait... un certain temps! Tout au long des années durant lesquelles j’ai eu le plaisir de le côtoyer, j’ai toujours été impressionnée par sa capacité à saisir des problématiques complexes, qu’elles soient locales, nationales ou internationales, économiques ou politiques, et à les synthétiser le plus naturellement du monde avec une aisance presque déconcertante. Blaise Matthey est un formidable homme politique. D’autres facettes de son caractère sont sans doute moins connues sur le plan public: son sens de l’amitié, de la famille, son humour et sa convivialité. En tant qu’architecte, je retiendrai particulièrement sa vision pour la rénovation et la surélévation du siège de la FER Genève: il a su intégrer les nouvelles exigences de durabilité et conserver les grandes qualités du bâtiment en associant au projet l’architecte du bâtiment d’origine, François Maurice.»

Nadine Couderq, ingénieure-géomètre, MBC ingéo SA, membre du conseil de direction

«Blaise Matthey est une personne intelligente, cordiale, toujours de bonne humeur, disponible, et j’ai beaucoup de plaisir à m’entretenir avec lui.

Je suis impressionnée par son éloquence, y compris lorsqu’il parle de sujets particulièrement complexes ou délicats. Il s’exprime toujours de manière claire, avec humour, et parfois un brin de sarcasme. Il donne toujours l’impression d’être à l’aise dans toutes les situations et maîtrise son sujet.»

Il sait naviguer dans les situations délicates. Le Conseil de direction de la FER Genève a pris un jour position sur un sujet lié à l’urbanisme. La Fédération des associations d’Architectes et d’Ingénieurs de Genève (FAI), que je présidais à l’époque, membre de la FER Genève, en a pris une autre. Il a pris contact avec moi pour s’assurer que cette divergence d’opinion ne ternirait pas les relations entre la FAI et la FER Genève.»

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