«Des exigences détaillées arrivent avant même que le projet ne soit développé»

Steven Kakon
Publié vendredi 16 janvier 2026
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#Bureaucratie L’architecture: un domaine particulièrement livré à la charge règlementaire.

Surtout du ressort cantonal, les règles qui encadrent la profession d'architecte sont de plus en plus nombreuses. Carmelo Stendardo, architecte et membre du comité de l’Association genevoise d’architectes (AGA) dénonce la complexité administrative et ses effets sur l’exercice de son métier. Le problème, selon lui: la chronologie incohérente des demandes des autorités publiques.

Comment avez-vous vu évoluer les exigences administratives dans votre métier au cours des quinze dernières années?

En tant qu’architecte basé à Genève, j’ai pu observer au cours des dernières années une augmentation constante et significative des exigences administratives. Si la loi prévoit des principes de conception exprimés sur des plans à l’échelle 1:100, nous constatons aujourd’hui une multiplication incessante de demandes de documents détaillés, d’analyses techniques, d’études spécifiques et de justificatifs variés. Cette complexification, souvent traitée de manière fragmentée par des services en silos, conduit à des prestations qui dépassent largement le cadre initial de nos mandats. Le temps et les ressources nécessaires pour répondre à ces exigences croissantes pèsent tant sur les bureaux d’architectes que sur l’administration elle-même.

Selon vous, pourquoi ces couches réglementaires continuent-elles à s’accumuler malgré les promesses de simplification?

Je ne suis pas sûr qu’il y ait eu des promesses concrètes de simplification. Les associations professionnelles, dont l’AGA, ont toujours œuvré en ce sens, mais la réalité montre que la multiplication des règles ne simplifie en rien les processus. On pourrait plutôt parler de rationalisation que de simplification. Cette accumulation s’explique par plusieurs facteurs. Il s’agit de l’apparition constante de nouvelles lois et normes liées à l’évolution de la société, de l’environnement et de la technique, l’autonomie des administrations qui appliquent parfois leurs propres interprétations et une culture de prudence administrative qui privilégie le contrôle à la clarté et à la fluidité des processus.

D’où viennent ces règles?

Surtout des autorités publiques, des assurances? Elles émanent principalement des autorités publiques cantonales. Les politiques publiques sont souvent vertueuses et les architectes y adhèrent pleinement. Le problème ne réside donc pas dans l’intention, mais dans la manière dont les demandes sont chronologiquement formulées. Trop souvent, des exigences détaillées arrivent avant même que le projet ne soit développé dans sa forme définitive, notamment pour les aspects constructifs, ce qui crée des retards et des coûts supplémentaires.

Pouvez-vous donner un exemple où la complexité des démarches a retardé un projet?

Un exemple récent illustre bien cette situation. Après avoir répondu à des demandes légitimes de compléments émanant de différents services, auxquelles nous avons répondu sans difficulté, un service a exigé un détail mineur et sans réelle utilité au stade de l’autorisation. Cette demande, disproportionnée par rapport à la phase du projet, a entraîné un allongement du processus d’instruction d’au moins deux à trois mois. Mais au-delà du retard, cette situation a généré une perte d’énergie considérable pour nos équipes et certainement une surcharge inutile pour l’administration, sans apporter de valeur tangible au projet.

Et au niveau des exigences fédérales, percevez-vous un allègement de la charge administrative?

Hélas non, je ne constate aucun effet de la volonté fédérale de simplifications!

Ces contraintes limitent-elles la créativité ou l’innovation dans l’architecture?

Pour ma part, je ne le pense pas. Au contraire, notre métier consiste à intégrer une multitude de contraintes, qu’elles soient réglementaires, techniques ou contextuelles, pour proposer des solutions pertinentes et qualitatives. La capacité d’innovation se mesure dans la manière dont nous répondons à ces contraintes, et non dans leur absence.

Quelles mesures concrètes pourraient-elles réduire cette charge sans compromettre la sécurité ou la qualité?

Il serait souhaitable que les autorités adaptent les demandes à chaque stade de développement du projet, soit au moment de l’autorisation et de l’ouverture de chantier, par exemple. Cela permettrait aux mandataires de consacrer davantage de temps à la recherche de qualité, tout en allégeant la charge administrative.

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