Cocaïne au travail: comment les entreprises doivent réagir

Steven Kakon
Publié vendredi 05 juin 2026
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#Drogues La cocaïne est un outil de performance dans certains secteurs d’activité. Addiction Suisse tire la sonnette d’alarme pour les entreprises.

Longtemps associée aux milieux festifs, la cocaïne s’installe dans le monde du travail. Addiction Suisse alerte: la progression de cette drogue illicite - la plus répandue après le cannabis - est continue depuis les années 2000, et certaines branches de l’économie sont particulièrement exposées. C’est ce que révèle une analyse mandatée par la Fondation Jobema, qui s’engage en faveur de la déstigmatisation des troubles liés à l’addiction ainsi que pour la prévention, la thérapie et la recherche en lien avec la cocaïne. Genève et Zurich figurent parmi les dix villes européennes où le phénomène est le plus répandu, selon l’Agence européenne des drogues

Dans la restauration, le bâtiment ou dans les métiers artistiques, la cocaïne devient un outil de performance au quotidien pour rester éveillé, tenir des cadences élevées, et «assurer» face à la pression. Les facteurs de risque sont multiples: horaires à rallonge et horaires irréguliers, forte pression de résultats, culture de groupe parfois permissive et emplois précaires. 

Les consommateurs ne correspondent pas uniquement à des profils marginalisés. Une grande partie est socialement intégrée, formée et active professionnellement, notamment chez les hommes de 18 à 34 ans.
 

Effets diffus 


Le problème dépasse la seule santé individuelle. Il affecte directement les entreprises: absentéisme, accidents, erreurs, rotation du personnel. Le risque est d’autant plus élevé que l’usage s’installe progressivement, passant d’occasionnel à problématique sans signes évidents au départ. Addiction Suisse juge les mesures actuelles insuffisantes et appelle les entreprises à agir en ciblant les contextes à risque. Sollicité, Ivo Krizic, chef de projet à Addiction Suisse, répond à nos questions.

Quelles mesures de prévention les entreprises peuvent-elles mettre en place?

Premièrement, élaborer une politique interne claire en définissant des règles connues et comprises par tous. Pas de consommation pendant les heures de travail, des procédures en cas de situation préoccupante et des ressources de soutien identifiées. Deuxièmement, former les cadres et responsables RH. Ils sont souvent les mieux placés pour repérer un changement de comportement ou une baisse de performance. Ils disposent d’outils pour aborder le sujet sans jugement. Troisièmement, mettre en place un repérage précoce. Plus une difficulté est identifiée tôt, plus les chances de rétablissement sont grandes et les coûts pour l'entreprise limités. Dans le cas de la cocaïne, notre rapport montre que la substance est souvent utilisée de façon fonctionnelle pour tenir le rythme. Agir sur les conditions de travail, c'est aussi prévenir la consommation.

Quel est le rôle légal de l'employeur face à un collaborateur consommateur?

Lorsqu'un travailleur est incapable de faire son travail, quelles qu'en soient les raisons, et qu'il met en danger sa propre personne ou celle de ses collègues, l'employeur doit intervenir. C'est une obligation de protection ancrée dans la loi sur le travail et le Code des obligations. Cela dit, on ne peut pas licencier une personne parce qu'elle est en situation d'addiction. On peut le faire si ses prestations professionnelles sont insuffisantes. La nuance est importante. Un licenciement motivé par le fait qu'une personne «est toxicomane» serait qualifié d'abusif, alors qu'un congé fondé sur une prestation de travail manifestement insuffisante peut être licite. Et surtout, l'employeur qui ne prend aucune mesure pour prévenir ou réduire la situation d'addiction pourrait être considéré comme en partie à l'origine du problème qu'il invoque, rendant ainsi le licenciement abusif. En pratique, notre recommandation est plutôt d’aider que de sanctionner.

Les tests de dépistage en entreprise sont-ils pertinents?

Addiction Suisse est prudente sur ce point et la loi également. Des tests préventifs de dépistage au travail ne peuvent pas être effectués à large échelle. Différents avis de droit précisent qu'ils ne sont licites qu'en cas de soupçon de consommation de substances psychoactives et avec l'accord des personnes concernées. Pour des groupes professionnels à risque spécifiques, des tests préventifs peuvent être demandés à titre exceptionnel, mais uniquement si cela est expressément prévu dans le contrat de travail. Au-delà du droit, il y a une question d'efficacité. Addiction Suisse met en garde contre une mise en œuvre de ces pratiques trop souvent inappropriées si elles ne font pas partie d'un programme de prévention visant la santé des travailleurs. Elles vont à l'encontre du respect de la sphère privée et sont de nature à détériorer le climat de confiance propice au dialogue, alors qu'il existe d'autres moyens moins intrusifs et plus professionnels pour intervenir.

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