Le succès du Pilates inspire les entrepreneures

Julien Crevoisier - Large Network
Publié mercredi 02 septembre 2026
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#Tendances La pratique du yoga et du Pilates a augmenté de 30% ces cinq dernières années. Une tendance forte, qui inspire l'entrepreneuriat féminin.

«Le Pilates s’adresse à tout le monde, tant à des personnes sportives, sédentaires ou en réhabilitation après une blessure. L’objectif est de se sentir mieux et de vivre mieux avec son corps.» Laura Kosinski, est fondatrice du studio Kysko à Genève. Après six ans d’activité, la Genevoise est à la tête d’un petit empire de 14 établissements employant près de 60 coachs.

Selon le rapport Sport Suisse paru en août 2026, 16,1% de la population pratique le yoga, le Pilates ou le body-mind, soit près d’un million de personnes. En six ans, cette catégorie d’activité physique a gagné 300 000 adeptes (+31%) en Suisse. Rien que dans le canton de Genève, on compte plus de 70 adresses où pratiquer le Pilates en groupe ou en individuel.

Soigner le mal par l’effort

Ces activités physiques poursuivent différents objectifs: amélioration de la souplesse, du contrôle postural et du renforcement musculaire. Elles s’adressent donc à un large public. «Aujourd’hui, la plupart des gens travaillent sur des ordinateurs et passent beaucoup de leur temps libre devant des écrans. Ils adoptent souvent une position où le dos est voûté. Les douleurs du dos sont une des causes premières de consultation médicale. Le Pilates constitue un bon remède face à la sédentarité actuelle», selon Laura Kosinski.
Certaines méthodes, comme le Hot Yoga, vont un cran plus loin en exposant l’organisme à une température de 38°C en plus de l’effort physique, au moyen de panneaux infrarouges qui procurent une chaleur rayonnante. Ancienne employée d’une grande maison de joaillerie genevoise, Dasha Ferrari a ouvert son propre studio de Pilates en février 2026. Baptisé Soma House, il peut accueillir 18 personnes. «Le Sculpt est la discipline la plus demandée. C’est un cours de renforcement de 60 minutes qui met l’accent sur le travail cardiovasculaire et l’utilisation de charges, explique-t-elle. «La démarche séduit surtout les femmes autour de la cinquantaine, qui cherchent à préserver leur masse musculaire.» Chez Glow Pilates, un studio de Pilates Reformer (qui se pratique avec des machines) qui a ouvert en janvier 2025 dans le quartier des Eaux-Vives, près d’un tiers de la clientèle vient chercher un soutien en lien avec un épisode physique particulier: grossesse, post-partum, douleurs, ou blessures.

Forte croissance

Lancé en 2020 avec un apport personnel et un prêt Fondetec de 50000 francs, Kysko est passé d’un studio à 14 établissements en 5 ans, et vise 19 adresses d’ici à fin 2026. Son chiffre d’affaires annuel devrait dépasser 4 millions de francs, tandis que sa clientèle genevoise progresse de 15 à 20% par an.
Dasha Ferrari a réuni des fonds propres et un crédit Fondetec de 200 000 francs. Après un début en demi-teinte, le studio Soma House a fini par décoller, avec des cours complets et même des listes d’attente. L’activité a ensuite été ralentie par les vagues de chaleur estivales, un facteur sensible pour une pratique sportive qui implique des températures élevées.
Les studios de Pilates Reformer visent le plus souvent une clientèle relativement aisée. Les tarifs oscillent entre 40 et 50 francs pour un cours collectif d’une heure, avec des packages à prix dégressifs. Pour un sport qui peut se pratiquer à moindre frais à son domicile, le modèle d’affaires est-il bien pérenne? «Je pense que la demande pour les cours en studio n’est pas près de se tarir», répond Sarah Gilpin, fondatrice de Glow Pilates. «Les séances permettent de se rencontrer et d’entretenir sa motivation par la dynamique collective. Beaucoup veulent simplement déconnecter après une journée de travail et préfèrent donc être guidés pour ne pas avoir à réfléchir à ce qu’ils doivent faire.»

«Pilates Princess»

La jeune femme de 29 ans pratique le yoga depuis l’adolescence. Elle a découvert le Pilates Reformer pendant ses études en Australie. De retour à Genève pendant la pandémie de covid, elle a souhaité apporter un peu de son expérience faite à l’autre bout du monde. «En Suisse, le Pilates renvoie souvent à l’image de la «Pilates Princess», à savoir des jeunes femmes qui répondent à des codes esthétiques bien définis. Je voulais casser cette image.» Les cours ont lieu en anglais et en français, en fonction des besoins des clientes, parmi lesquelles environ la moitié sont expatriées. De son côté, Dasha Ferrari a également connu à l’étranger le Pilates chauffé, lors de fréquents séjours à Londres, avant de décider de l’importer en Suisse sous sa propre marque. «Je voulais associer une pratique sportive spécifique à une expérience haut de gamme.» Le studio met à disposition de ses clientes des douches, des serviettes et des produits parfumés. Le choix du lieu, entouré de verdure et équipé de baies vitrées, permet de rester en contact avec l’extérieur, un point capital pour Dasha Ferrari. «L’idée est d’apporter un peu du savoir-faire que j’ai acquis lors de mes études à l’École hôtelière de Lausanne.»

Une pratique genrée

L’essor du yoga, du Pilates et du Reformer est en phase avec l’aspiration des individus à se recentrer sur eux-mêmes pour prendre soin de leur bien-être, sans pour autant évacuer toute forme de lien social. Il s’inscrit aussi dans la progression continue de la pratique sportive féminine depuis les années 2000. «Il n’est pas surprenant de voir des disciplines particulièrement appréciées des femmes se développer», commente Bastien Presset, chercheur à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne. Le yoga et le Pilates attirent un public résolument féminin: selon le dernier rapport Sport Suisse paru en août 2026, 82% des personnes pratiquant ces activités sont des femmes. Soucieuse de contribuer à atténuer ce contraste des genres, Laura Kosinski a lancé le programme Bring your man («Emmenez votre homme») dans le cadre des cours chez Kysko. «L’abonnement donne droit à une invitation gratuite par mois, afin notamment de convaincre les hommes que le Pilates ou le yoga peut aussi leur être bénéfique.» La fondatrice remarque que même lorsque la méthode réussit à susciter l’intérêt des hommes, la concurrence des femmes suffit parfois à en intimider certains. «Il arrive qu’ils se rendent compte d’avoir sous-estimé la difficulté de l’exercice et se retrouvent mal à l’aise face à des femmes plus performantes. C’est l’une des raisons qui explique qu’il est encore relativement compliqué de fidéliser la clientèle masculine.»

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