On suffoque, on cuit, on rissole… mais on ne rigole plus durant cet été 2026. La douceur estivale a laissé place à une saison implacable pour les organismes, en particulier ceux des plus vulnérables: enfants, travailleurs exposés au soleil, personnes âgées ou chauffeurs. Il devient difficile d’ignorer que les vagues de chaleur ne relèvent plus de l’exception.
Genève vit pourtant toujours sous un régime restrictif en matière de climatisation, au prix de situations parfois absurdes. Que celui ou celle qui ne s’est pas liquéfié en allant chercher ses enfants à l’école, ou qui n’a pas serré les dents pendant qu’une coiffeuse terminait un brushing, nous contredise. Or, la loi cantonale sur l’énergie interdit l’installation de systèmes de climatisation, sauf à démontrer l’existence d’un besoin avéré. Résultat, il suffit de lever les yeux dans les rues pour apercevoir des appareils mobiles, souvent peu efficaces, qui rejettent leur chaleur directement à l’extérieur. Le même mal, en somme, sans l’efficacité d’une installation professionnelle.
À mesure que les épisodes caniculaires gagnent en fréquence et en intensité, l'arbitrage relève pourtant du bon sens. Les milieux urbains, où les îlots de chaleur amplifient encore les températures, sont surexposés. Ce printemps, la prestigieuse revue scientifique The Lancet, qui alerte depuis plusieurs années sur les effets meurtriers de la chaleur extrême, a rappelé que la climatisation avait permis d'éviter près de 200 000 décès prématurés liés à la chaleur dans le monde pour la seule année 2019. De quoi s'interroger sur une réglementation genevoise qui continue de considérer la climatisation avant tout comme un confort, alors qu'elle devient, dans certaines situations, une véritable mesure de protection sanitaire.
Il ne s'agit évidemment pas d'autoriser la climatisation partout ni d'encourager son usage immodéré. La réponse passe par une double stratégie: à long terme, mieux concevoir les bâtiments, végétaliser les villes et lutter contre les îlots de chaleur. À court terme, accepter des mesures d'appoint lorsque la santé ou des conditions de travail supportables sont en jeu.
Car une société qui sait protéger ses habitants du froid mais hésite encore à les protéger de la chaleur risque surtout d’avoir un train de retard sur le climat.
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