Une autre voie pour créer médicaments et pesticides naturels (champignons 2 sur 5)

La recherche n'a fait qu'effleurer le potentiel pharmaceutique des champignons
La recherche n'a fait qu'effleurer le potentiel pharmaceutique des champignons Varlaam Diakoff - DR
Pierre Cormon
Publié vendredi 23 septembre 2022
Modifié vendredi 11 septembre 2026
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#innovation Les champignons peuvent nous aider à créer de nouveaux médicaments

Des médicaments produits à l’aide de champignons, on en compte déjà énormément. «Nous avons les mêmes pathogènes qu’eux», explique Paul Stamets dans sa conférence TED. «Ils nous fournissent donc les meilleurs antibiotiques.» Les propriétés pharmacologiques des champignons ont été abondamment étudiées. Pourtant, «on n’a fait qu’effleurer leur potentiel», estime Jean-Luc Wolfender, professeur à la Section des sciences pharmaceutiques de l’Université de Genève.

Pourquoi? «Parce que la recherche a essentiellement analysé les molécules qu’ils produisent en temps normal, dans des conditions de culture standard», répond Jean-Luc Wolfender. «Or, ils ont un potentiel pour s’adapter très rapidement à de nouvelles situations. Ils exploitent pour cela des parties de leur génome qui restent dormantes le reste du temps. Elles leur permettent de biosynthétiser de nouveaux composés, encore peu étudiés, qui peuvent présenter des activités biologiques très intéressantes.»

Stress

Une approche un peu oubliée a donc été relancée par Agroscope, le centre de compétence de la Confédération dans le domaine de la recherche agronomique et agroalimentaire. Elle consiste à placer des champignons dans des situations inhabituelles, stressantes, qui les poussent à se protéger en produisant des enzymes ou des métabolites de défense. «Il peut s’agir de les mettre en contact avec un autre champignon avec lequel ils entrent en conflit, de les soumettre à un grand froid, une grande chaleur, de les exposer à des rayons UVC, des produits chimiques, des bactéries, etc.» énumère Katia Gindro, cheffe du groupe mycologie d’Agroscope. On récolte alors une masse de données qui n’est analysable qu’à l’aide d’outils de chimie analytiques et computationnels sophistiqués, comme ceux que possède la Section des sciences pharmaceutiques de l’Université de Genève. «La recherche des composés bioactifs dans ces conditions de stress pour les champignons s’apparente à la recherche d’aiguilles dans une botte de foin, mais

Applications pratiques

«Cette approche nous permet de comprendre les mécanismes du vivant avec une précision jamais atteinte», remarque Jean-Luc Wolfender. Elle peut aussi mener à des applications pratiques, tant en médecine qu’en agronomie. «Certains champignons peuvent être pathogènes à la fois sur l’humain et sur les plantes», remarque Katia Gindro.

Les produits phytosanitaires sont soumis à des procédures d’homologation qui prennent beaucoup de temps, mais pas autant que celle des médicaments. C’est donc dans ce domaine qu’on attend les premières applications de l’approche adoptée à Changins.

Celle-ci a également été reprise dans différents laboratoires, au Japon, en Europe ou aux Etats-Unis. Les chercheurs espèrent qu’elle permettra de repousser les limites des médicaments actuels. Les antibiotiques se heurtent par exemple de plus en plus souvent à des bactéries résistantes; de nouvelles molécules tirées des champignons pourraient permettre de surmonter cet écueil. On travaille également sur de nouveaux antiviraux, utilisables aussi bien en agronomie qu’en médecine, et sur des anticancéreux.

Champignons contre champignons

Les champignons pourraient même être utilisés pour nous protéger d’autres champignons. «Les humains développent de plus en plus d’affections fongiques, et nous disposons de très peu de médicaments pour y répondre», relève Katia Gindro. Or, les champignons sont armés pour se défendre de leurs congénères.


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