À l'ère de l'IA, le capital relationnel devient un avantage stratégique

Nathalie Brodard
Publié vendredi 03 juillet 2026
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#réseautage Pourquoi la capacité à créer de la confiance, développer un réseau et entretenir des relations durables se révèle encore plus déterminante avec l’évolution des outils numériques.

«L'IA fait exploser la productivité. Mais plus ces compétences deviennent automatiques, plus l'humain devient rare et donc précieux. Pourquoi? Parce que c'est justement lui qui vous distingue, au travers de son esprit critique, de son intelligence émotionnelle et de sa capacité à créer du lien.» Ce constat de Nathalie Brodard, fondatrice des cabinets Brodard Executive Search et Brodiance ainsi que de l'événement «Hire Me I'm Fabulous», résume l'un des grands paradoxes de l'intelligence artificielle. À mesure que les outils d'IA se généralisent, le capital relationnel devient un facteur de différenciation de plus en plus déterminant pour les individus autant que pour les PME.

Dans un récent épisode du podcast The Diary of a CEO, l'entrepreneur et professeur de marketing américain Scott Galloway expliquait d'ailleurs que les parents devraient enseigner à leurs enfants des compétences humaines intemporelles, notamment la capacité à tisser des relations. Une vision partagée par Jensen Huang, PDG de Nvidia, pour qui les compétences humaines conserveront une valeur stratégique dans un monde de plus en plus automatisé.

Cette évolution se manifeste déjà dans le monde professionnel. Trouver un emploi, développer une clientèle ou accéder à de nouvelles opportunités dépend de plus en plus de la confiance que l'on inspire et de la qualité des relations que l'on entretient. «Le capital humain, c'est un investissement, pas un bonus. Et un investissement, ça se cultive: en se voyant, en échangeant, en créant une connexion authentique. C'est ce qui vous rend visible, ce qui vous fait recommander, ce qui construit la confiance qu'on vous accorde», souligne Nathalie Brodard.

 

Réseautage à tous les étages

Contrairement à une idée reçue, le réseautage ne consiste pas à multiplier les cartes de visite ou les rendez-vous commerciaux. Les réseaux les plus solides naissent souvent dans des contextes où les échanges ne sont pas directement orientés vers les affaires.

Clubs sportifs ou culturels, réseaux d'anciens élèves, associations ou engagements citoyens offrent autant d'occasions de créer des liens durables. «On ne construit pas un réseau en position de demandeur ou de vendeur, explique Nathalie Brodard. La vraie question, c'est: qu'est-ce que, moi, je peux apporter? Il y a mille façons de réseauter. Se retrouver autour d'une cause ou d'une passion commune en est une. Et comme on est d'abord là pour ce qui nous rassemble, la confiance se crée d'elle-même, et les affaires viennent après.»

Les réseaux professionnels structurés jouent également un rôle important. Présent en Suisse depuis 2005, Business Network International (BNI) réunit plus de 345'000 membres dans 76 pays. En Suisse, les 2'800 entrepreneurs affiliés ont échangé plus de 69'000 recommandations en 2025, générant 315 millions de francs de chiffre d'affaires supplémentaire selon l'organisation.

Fondateur de la start-up genevoise Som'key, Erfan Fazli a rejoint le BNI en mars dernier. Quelques mois ont suffi pour mesurer les bénéfices d'un réseau actif. «Les membres sont notamment encouragés à se voir en tête à tête. C'est comme ça que j'ai pu obtenir le contact d'un responsable de plusieurs festivals de la région afin de lui proposer la location de nos ‘cendriers intelligents’, ce qui se fera l'année prochaine.»

L'exercice hebdomadaire du pitch constitue également un accélérateur de visibilité. «La présentation doit être toujours différente. Les membres du groupe connaissent ainsi très bien le projet et peuvent en parler autour d'eux si l'occasion se présente. C'est ainsi qu'une commune a été informée de notre solution, qui pourrait potentiellement l'intéresser sur le long terme», poursuit l'entrepreneur.

L'importance du capital relationnel dépasse toutefois la seule acquisition de clients. Au sein même des entreprises, les interactions humaines deviennent un levier essentiel de performance. Une récente étude de l'Upwork Research Institute met en évidence un paradoxe de la productivité. Les collaborateurs qui utilisent l'intelligence artificielle de la manière la plus intensive sont aussi 88% plus susceptibles de souffrir d'épuisement professionnel et de désengagement, et deux fois plus enclins à quitter leur entreprise.

Pour Hélène Ducret, coach professionnelle certifiée et fondatrice du réseau vaudois Impact4you, cette réalité rappelle que les performances d'une organisation reposent d'abord sur la qualité des relations entre ses collaborateurs. «Une enquête réalisée par Google a évalué les caractéristiques des équipes hautement performantes. Résultat: la sécurité psychologique, c'est-à-dire le fait de se sentir respecté, en confiance et apprécié, constitue le critère le plus important. Nous sommes des êtres profondément sociaux. La qualité des liens que l'on établit avec ses pairs et ses supérieurs restera déterminante afin de soutenir la vision et la stratégie de l'entreprise, et d'en garantir les performances à long terme.»

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