Altermondialistes et violence: une relation pour le moins ambigüe
Pierre Cormon
Journaliste
Publié lundi 15 juin 2026
Lien copié
Alors que les grandes manifestations altermondialistes s'accompagnent régulièrement de déprédations, les organisateurs ont de la peine à les condamner franchement
"C'est tout de la faute des autres!" C'est en substance la réaction des organisateurs de la manifestation noG7 face aux déprédations qui ont accompagné le cortège du 14 juin 2026. Les autres, c'est en l'occurrence la police. Interrogée par la RTS, une des organisatrices refusait de condamner ces violences et dénonçait à la place la manière dont les forces de l'ordre avaient dispersé la manifestation. Leur attitude a engendré de la colère propice aux débordements, expliquait-elle. Bref, l'attitude de la police à la fin de la manifestation avait provoqué les déprédations commises pendant celle-ci.
Ce n'est pas une surprise. Le mouvement altermondialiste entretient depuis longtemps un rapport ambigu avec la violence. Pas celle de la police, qu'elle ne manque aucune occasion de condamner sans lui trouver aucune circonstance atténuante. Plutôt celle qui accompagne presque systématiquement ses grands défilés.
La manifestation anti-OMC de 1998, à Genève, avait été accompagnée de déprédations pour plusieurs centaines de milliers de francs. Plutôt que de les condamner, les organisateurs expliquaient que ces actions avaient ciblé les symboles de la mondialisation que constituent, à leurs yeux, les banques ou McDonalds. Dans leur logique, cela semblait les légitimer.
Les violences avaient été encore pires lors des manifestations anti-G8 de 2003. Plus de 40 sites étaient pillés ou endommagés dans la seule nuit du 31 mai, pour des dégâts estimés à plusieurs millions de francs. Cette fois, les organisateurs s'étaient clairement distanciés des casseurs. Pas par solidarité avec les commerçants, pour lesquels ils ne réservaient aucun mot de compassion. Plutôt parce les déprédations brouillaient le message de la manifestation et accaparaient l'attention des médias. "Nous sommes les premières victimes", osaient-ils.
Le Courrier, chambre d'écho des altermondialistes, enfonçait le clou: "Les vitrines cassées durant trois jours valent-elles tant d'apitoiement lorsque 25'000 personnes sont mortes de faim et d'injustice pendant le même laps de temps?" (cette hauteur de vue n'était plus de mise lorsque les autorités décidaient d'interdire provisoirement les manifestations, le 2 juin. Les altermondialistes parlaient de "putsch policier", d'"état d'exception" et d'"escadrons armés").
La coalition noG7 a été encore plus franche, fin avril 2026, alors que le sommet approchait. "On s'en fiche qu'il y ait des vitrines cassées", s'est exclamé l'une de ses représentantes en réponse à une question d'Entreprise romande.
En autorisant les services tiers, vous acceptez le dépôt et la lecture
de cookies et l'utilisation de technologies de suivi nécessaires à leur
bon fonctionnement. Voir notre politique de confidentialité.