Commerce extérieur: Monica Rubiolo hérite de dossiers brûlants
Monica Rubiolo incarne une «boussole libérale» et une «pensée stratégique».
MR
Publié jeudi 03 septembre 2026
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#Politique
Trois mois après sa prise de fonction à la tête du département Économie extérieure d’economiesuisse, Monica Rubiolo dresse un premier bilan et trace sa feuille de route: stabiliser la relation avec l’Union européenne, composer avec l’imprévisibilité américaine et pousser la diversification des marchés.
Inde, Mercosur, Chine, Malaisie, Vietnam, sans oublier l'épineux dossier européen: les fronts commerciaux s'accumulent pour la Suisse. Le point avec Monica Rubiolo, cheffe du département Économie extérieure d'economiesuisse depuis début juin.
Comment votre expérience au SECO, notamment dans la promotion commerciale, façonnera-t-elle votre approche dans un rôle désormais directement tourné vers les entreprises?
Je connais bien le développement de la politique économique extérieure de la Suisse, qui joue un rôle fondamental pour la prospérité de nos entreprises. En Suisse, il est naturel d'écouter le secteur privé et la collaboration avec les associations faitières est très étroite. C'est ce que je faisais déjà au SECO. Notre secteur privé est extrêmement intégré aux marchés globaux, ce qui est assez unique au monde, contrairement, par exemple, aux Etats-Unis, où les entreprises peuvent rester dans le marché domestique. Nos entreprises, dont les PME, participent à différentes chaînes d'approvisionnement. Si l’on pense que chaque deuxième franc est obtenu grâce au commerce extérieur il devient clair que la prospérité de notre pays dépend de ces marchés.
Votre «boussole libérale» et votre «pensée stratégique» sont mises en avant. Que signifient concrètement ces termes dans votre manière d’aborder la politique économique extérieure?
Ma boussole libérale me dit que la prospérité résulte de l'innovation, de la prise de risque et de la concurrence entre entreprises. Le rôle de l'Etat est d'établir des conditions-cadre propices à cette prospérité, pas de s'y substituer. Quant à ma pensée stratégique, dans le contexte actuel d'incertitudes croissantes, je crois qu'il faut rester calme et penser à long terme: soigner les bases de notre compétitivité et anticiper l'avenir.
Quel bilan dressez-vous de vos 100 premiers jours?
Des mois intenses malgré la pause estivale, marqués notamment par les nouvelles annonces de taxes américaines et les discussions au parlement sur l’accord de libre-échange avec le Mercosur. J'ai aussi accompagné la mission économique au Mexique pour moderniser notre accord de libre-échange. Une mise à jour qui, vu les incertitudes autour de l'ALENA (l'accord entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique - ndlr), sert aussi les intérêts mexicains. J’ai aussi dû me familiariser avec les interlocuteurs d'economiesuisse, rencontrer nos membres et prendre le pouls de l’organisation.
Quelles sont vos priorités pour les prochains mois?
J'en vois quatre. D'abord, approfondir les discussions sur l’importance des accords de libre-échange pour l'économie suisse. Ce sont des cadres juridiques qui clarifient les rapports commerciaux au bénéfice, non seulement, des entreprises concernées, mais aussi de notre prospérité en général. Ensuite, les accords avec l'Union européenne, pour stabiliser la relation avec notre premier partenaire commercial. Troisièmement, composer avec les incertitudes de l'autre côté de l'Atlantique. Les Etats-Unis restent notre deuxième partenaire commercial et le premier pour nos exportations. Enfin, je souhaite avant tout engager une réflexion sur la manière de façonner l'économie extérieure de demain afin qu'elle crée des opportunités pour toutes les entreprises, y compris les PME, et contribue durablement à renforcer la compétitivité, la prospérité et la capacité d'innovation de la Suisse.
Vous évoquez le paquet Suisse-UE, en mains du Parlement. Qu’est-ce que la Suisse a à perdre et à gagner en cas de refus?
Les accords bilatéraux III sont centraux pour la stabilisation de notre relation avec l’Union européenne. Leur rejet signifierait une perte de stabilité et de clarté. Cela risquerait d’entraîner une érosion de nos relations avec notre principal partenaire commercial. Nous connaîtrions notamment des blocages, par exemple pour obtenir la reconnaissance mutuelle des normes.
Rien à gagner en cas de refus?
Non, rien à gagner. Si l’accord est accepté, cela permettra de poursuivre notre approche bilatérale, qui a fait ses preuves. Dans la période actuelle d’incertitude géopolitique, il est indispensable de maintenir des relations stables avec nos voisins et nos principaux partenaires commerciaux.
Référendum obligatoire ou facultatif… le sujet divise le Parlement. Quelle option défendez-vous?
Cette question relève de la compétence politique et il appartient aux responsables politiques de la résoudre.
Quelle stratégie la Suisse devrait elle adopter face aux Etats Unis, dont la politique commerciale est imprévisible? Et que conseillez-vous aux entreprises exportatrices déboussolées par la politique américaine?
D’être attentives aux changements. Personne ne pourra effacer l’incertitude. Les entreprises doivent adopter des scénarios, des stratégies différenciées, gagner en flexibilité et se diversifier. L’accord avec le Mercosur répond à ce besoin. Nous devons également dialoguer entre secteurs pour coordonner des solutions conjointes.
Le Conseil national a rejeté l’accord Mercosur. Comment prenez-vous cette décision?
Avec désillusion et surprise. Je ne pensais pas que le Parlement réagirait dans une perspective à si court terme. Il existe pourtant de réelles opportunités dans le secteur agricole.
Cet accord suscite des craintes autour de l’agriculture et du climat. Les comprenez-vous?
Non, je ne les rejoins pas. Ces craintes surdimensionnent l’impact d’un accord de libre-échange en général et avec un marché relativement petit comme celui de la Suisse. Les études ont montré que les effets au niveau de l’agriculture seraient faibles. Ils sont connus depuis longtemps. L’accord intègre d’ailleurs un chapitre distinct sur le développement durable avec des dispositions contraignantes. Le contexte des prochaines élections fédérales joue-t-il un rôle dans cette décision? C’est probablement le cas, dans le sens que des calculs politiques à court terme déplacent des considérations stratégiques à moyen et long termes.
Cet accord a-t-il encore une chance de survie?
Je l’espère! Il sera examiné au Conseil des Etats en septembre, avant de revenir au Conseil national. La Suisse a aussi mis en oeuvre l’accord de libre-échange avec l’Inde et a modernisé son accord de libre-échange avec la Chine. Ces nouveaux marchés peuvent-ils être de substitution face à la politique protectionniste des Etats Unis? Non. Il est très difficile de se substituer au marché américain. Mais ce sont des marchés porteurs pour se diversifier, avec un taux de croissance et d’innovation élevé. En général, tous les accords de libre-échange qui viennent d’entrer en vigueur où pourront le faire sont des opportunités pour la diversification et la réduction des risques de dépendance d’un marché. L’accord avec l’Inde est désormais en oeuvre. Celui avec la Malaisie, conclu dans le cadre de l’AELE (Association européenne de libre-échange, dont la Suisse fait partie - ndlr ), a été approuvé par le parlement, le même jour où celui-ci refusait le Mercosur. L’accord fera éventuellement l’objet d’un référendum, puisque les récoltes de signatures sont en cours. C’est dommage que cela puisse encore retarder l’entrée en vigueur de l’accord avec un pays comme la Malaisie, qui a un marché de semi-conducteurs intéressant pour la Suisse.
Et la Chine?
Avec la Chine, nous en sommes à la fin des négociations. L’accord permet d’exonérer 99,8% des droits de douane, mais il doit encore être signé et soumis au parlement. Le risque de référendum existe. La fin des négociations avec le Vietnam vient également d'être annoncée. A la différence de la Chine, cet accord se fait, comme pour la Malaisie, dans le cadre de l’AELE. Tous ces marchés extrêmement dynamiques et avec un potentiel tangible sont stratégiques pour la Suisse.
Quels sont, selon vous, les prochains marchés stratégiques pour la Suisse?
Ceux que je viens de mentionner et aussi celui du Mercosur. Il y a également des opportunités à développer en Europe de l’Est.
Monica Rubiolo: son parcours en bref
Le profil de Monica Rubiolo est international: après avoir débuté sa carrière dans le secteur privé en Argentine, dans le domaine des assurances, elle obtient un doctorat en politiques fiscales en Allemagne. Elle poursuit ensuite son parcours au service des politiques de libre-échange, d'abord en Espagne pour la Commission européenne, puis à Taipeh, avant de rejoindre la Suisse au sein du SECO, où elle s’est consacrée durant 23 ans aux questions économiques et commerciales.
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