Des cheveux aux sextoys: le recyclage face à l’insolite

Christophe Pradervand, directeur de Papirec et président de l’association genevoise des recycleurs.
Christophe Pradervand, directeur de Papirec et président de l’association genevoise des recycleurs. SK/ER
Steven Kakon
Publié jeudi 04 juin 2026
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#Interview Coûts élevés, règlementation, incendies: les recycleurs évoluent dans un équilibre fragile. À Genève, ils se réinventent pour rester à flot, mais peinent à attirer la relève.

Collecter, trier, conditionner, puis envoyer les déchets vers des filières de recyclage ou les incinérer lorsqu’ils ne sont plus valorisables: les recycleurs sont au coeur de la mécanique de gestion des déchets. Acteurs-clés de la transition écologique, ils contribuent aussi à la propreté de l’espace public en transformant les déchets en ressources. Après vingt ans dans le métier, Christophe Pradervand, directeur de Papirec et président de l’association genevoise des recycleurs, concède un paradoxe: on parle beaucoup de recyclage, sans en comprendre les réalités. Plongée dans une industrie et une profession sous tension, qui peine à attirer la relève.

Quelles sont vos contraintes?

Elles sont surtout légales. Certains déchets, notamment médicaux et inflammables, doivent suivre des filières très spécifiques. Il y a aussi des risques d’accidents importants sur nos sites. Nous avons beaucoup de mouvements, de grosses machines, et une exposition à des produits toxiques. 

Les incendies sont-ils nombreux?

Oui, les batteries au lithium, très inflammables, provoquent des incendies récurrents. Les entreprises ont ensuite d’énormes problèmes pour s’assurer. A la différence d’autres cantons comme Vaud, Genève n’a pas d'établissement cantonal d'assurance incendie. Nous devons passer par des assurances privées. L’association a obtenu un crédit de l’Etat pour investir dans du matériel de pointe afin de pouvoir protéger nos collaborateurs, nos outils de travail et surtout d’avoir la possibilité d’être assuré.

Qui fixe les règles du jeu?

Au niveau fédéral, c’est l’Office fédéral de l’environnement. À Genève, c’est le service de géologie, sols et déchets intervient, ainsi que la SUVA pour les questions de sécurité. Ensuite, chaque entreprise ajoute ses propres exigences internes.

Comment gagne-t-on de l'argent dans le recyclage malgré des coûts élevés?

Recycler coûte cher. Il faut à la fois des moyens humains et des équipements lourds. Pour s’en sortir, on doit innover en permanence, sinon notre modèle devient très fragile. On développe aussi des niches pour valoriser certaines matières. Nous avons par exemple lancé une filière de recyclage des cheveux avec une cinquantaine de salons partenaires à Genève. On les transforme en tapis utilisés dans l’automobile ou l’industrie mécanique pour absorber l’huile. Mais le marché reste très dépendant de la demande. Le papier, par exemple, arrive en fin de cycle, car on en utilise moins pour écrire. Mais nous avons davantage d’emballages. Nous revendons cette matière à des papeteries ou des cartonneries. Le problème c’est qu’elles produisent moins faute de demande de la part des consommateurs. Résultat: nous faisons le tampon, et lorsque les volumes s’accumulent, les prix chutent sur le marché mondial.

Genève est-elle une bonne élève?

Oui, le canton dépasse 50% de recyclage sur une base volontaire à Genève alors que nous n’avons pas de taxe poubelle.

Pourquoi la filière peine-t-elle à recruter des apprentis?

La Cité des métiers nous a récemment aidés à gagner en visibilité et à recruter, mais le métier reste exigeant. Trier, identifier les matières, c’est un travail physique et technique. Nous réfléchissons à des solutions. Par exemple, permettre aux apprentis de tourner dans plusieurs entreprises via un réseau de formation, pour élargir leurs compétences et rendre le métier plus attractif.

Une anecdote de terrain?

On retrouve une quantité impressionnante de sextoys dans le PET!

 


Portrait express de Christophe Pradervand


Pourquoi avoir choisi ce métier?

Par opportunité. Je suis mécanicien de formation, pas recycleur. J’ai appris le métier sur le terrain, en changeant d’entreprise. Le secteur m’a tout de suite intéressé.

Ce que vous appréciez et moins au quotidien?

La diversité, tant au niveau des matériaux que des rencontres. Ce que j’aime moins c’est la bureaucratie, la technocratie derrière tout ça. Quand j’ai commencé il y a 20 ans, je faisais deux tiers de terrain et un tiers d’administratif. Aujourd’hui, c’est le contraire.


L'association en bref


L’association des recycleurs de Genève regroupe 13 entreprises membres, qui recyclent tant des minéraux que des organiques, du papier carton ou de la ferraille, soit tout ce qu’on peut recycler. Elle représente environ 300 emplois dans le canton et la filière dispose d’une formation pour les apprentis

 

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