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Deux dimanches contre les géants d’internet qui ne dorment jamais

Flavia Giovannelli Journaliste Publié jeudi 04 juin 2026

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Alors que les calendriers de l’Avent se commandent désormais d’un simple clic depuis son canapé, Genève débat encore de deux ouvertures dominicales avant Noël.
Le paradoxe genevois tient parfois à peu de choses: ville internationale ouverte sur le monde, Genève continue pourtant de s’écharper autour de deux modestes dimanches commerciaux avant les Fêtes. Du point de vue des syndicats, la vision conservatrice du maintien de tous les dimanches fermés devrait continuer à s’imposer.
N’est-il pas étrange de défendre ainsi bec et ongles une conception très restrictive du commerce local, tout en opposant une résistance bien plus molle aux offensives permanentes des grandes plateformes en ligne? 
À coups de promotions agressives et de notifications savamment calibrées, elles s’invitent dans nos salons à toute heure du jour et de la nuit, au moment même où l’on croyait simplement scroller quelques minutes pour se détendre ou chercher une série sur Netflix.
Résultat: Temu ou Shein expédient des montagnes de paquets remplis de décorations, de gadgets et de jouets aux quatre coins du monde, au mépris de l’écologie. Avec parfois un parcours plus tortueux qu’un roman d’espionnage maritime. Entre le conteneur bloqué dans un port asiatique, le colis perdu dans un centre logistique obscur et la peluche dont les normes semblent avoir été validées par un hamster sous caféine, le consommateur moderne découvre les joies très concrètes du commerce mondialisé.
Et il suffit désormais d’une crise géopolitique, d’une perturbation portuaire ou d’un simple grain de sable logistique - phénomène devenu presque banal - pour que ces scénarios cessent d’être théoriques. Voir le cadeau de Noël passer le Réveillon retenu par une alerte sanitaire plutôt que par un lutin distrait, n’a plus rien d’une fiction.
Pendant ce temps, internet continue de tourner à plein régime, sept jours sur sept. Les plateformes à bas prix ne connaissent ni dimanche ni convention collective ni récupération. Elles connaissent surtout les algorithmes, les cargos géants et les délais de livraison aléatoires à l’approche des Fêtes.
L’enjeu n’est pas de culpabiliser les consommateurs, mais de permettre aux commerçants du cru de se battre avec leurs propres armes. Des armes modestes et très encadrées: deux dimanches ouverts en décembre, pas davantage. Deux journées où les centres-villes peuvent trouver un peu d’animation, de lumière et cette atmosphère particulière des achats de Noël que les plateformes numériques, malgré toute leur puissance, peinent encore à reproduire.
Noël semble encore lointain. Pourtant, les algorithmes, eux, ont déjà commencé les préparatifs. Reste à savoir si Genève continuera de considérer deux dimanches d’ouverture comme une audace, pendant que les géants du numérique ne ferment jamais boutique.