Diesel cher et Rhin au plus bas: les transporteurs sous pression

Les très basses eaux du Rhin perturbent les flux vers la Suisse. Les bateaux doivent réduire leurs chargements, ce qui renchérit le transport et rend les délais moins prévisibles.
Les très basses eaux du Rhin perturbent les flux vers la Suisse. Les bateaux doivent réduire leurs chargements, ce qui renchérit le transport et rend les délais moins prévisibles. DR
Flavia Giovannelli
Publié jeudi 29 octobre 2026
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#Énergie La stabilisation du prix du diesel à un niveau élevé ne soulage guère les transporteurs suisses. Entre surcoûts difficiles à répercuter et acheminement fluvial perturbé, la branche doit composer avec une forte incertitude.

La hausse marque une pause, mais la facture reste lourde. Selon le tableau publié le 8 octobre par l’Association suisse des transports routiers (ASTAG), le diesel coûtait en moyenne 2,39 francs le litre en Suisse durant la semaine du 5 au 11 octobre, contre 1,77 franc au début de l’année. Une augmentation d’environ 35%, qui pèse directement sur les coûts du transport de marchandises. Le carburant représente habituellement entre 30% et 35% des coûts d’exploitation, rappelle Andrea Genecand, président de la section genevoise de l’ASTAG. Selon l’association, la hausse du diesel représente un surcoût annuel estimé à 20’000 francs par camion.
«Le coût du carburant est un facteur de coût essentiel pour nos membres. Si le prix du diesel augmente, le prix de revient d'un véhicule augmente automatiquement», souligne-t-il. Pour suivre la situation, les entreprises disposent de tableaux publiés chaque semaine par l’association. Alimentés par les données de l’Union internationale des transports routiers, ils suivent notamment le prix moyen du diesel dans plus de 3000 stations-service suisses et servent de référence aux ajustements tarifaires.
Si les flux de pétrole brut par le détroit d’Ormuz se sont redressés, les livraisons de produits raffinés restent perturbées. Dans son bulletin du 6 octobre, Avenergy Suisse indiquait que 40% des volumes habituels de diesel et de kérosène provenant du Golfe manquaient encore. Une amélioration sur le marché du brut ne se traduit donc pas automatiquement par une baisse équivalente du diesel, dont les poids lourds restent fortement dépendants.

Marges réduites
Les transporteurs ne peuvent pas tous répercuter intégralement, ni immédiatement, ces surcoûts sur leurs clients. Salvatore De Matteis, responsable de la filiale de Planzer Genève, en souligne les conséquences: «Selon nos estimations, cela représente un coût d’environ 20% que nous ne pouvons pas imputer à nos clients».
Les possibilités d’ajustement dépendent notamment des contrats et des prestations. Pour limiter l’impact, les entreprises doivent agir sur leurs tarifs, mais aussi sur l’organisation des tournées et le remplissage des véhicules.


À l’international, l’incertitude domine
Membre de l’ASTAG, Safram Group assure des transports routiers européens, notamment pour des clients de la chimie, de l’industrie et du commerce suisses. Le groupe est lui aussi exposé à la hausse du diesel, avec les barèmes de l’ASTAG comme référence. «Pour le moment, ces mécanismes nous protègent et évitent beaucoup de discussions avec les clients. Toutefois, le plus pesant dans cette situation mondiale est l’énorme incertitude qui règne», explique Christophe Hotellier, chef des ventes chez Safram Group à Genève. Le recours à d’autres motorisations ne constitue pas, dans son activité, une réponse immédiate. «Les camions thermiques restent incontournables pour les longues distances dans notre domaine, soit le transport international», souligne-t-il. L’évolution du prix du diesel demeure donc une variable majeure, dont il est difficile d’anticiper le retour à la normale.


Le Rhin complique les acheminements
Aux tensions sur les carburants s’ajoutent les très basses eaux du Rhin, qui perturbent les flux vers la Suisse. Les bateaux doivent réduire leurs chargements, ce qui renchérit le transport et rend les délais moins prévisibles.
L’opérateur Contargo avertit que la situation pourrait nécessiter une suspension temporaire de certains services fluviaux réguliers, avec un report de conteneurs vers le rail ou la route.
L’approvisionnement en carburant reste assuré, mais tendu, indiquait l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays dans une réponse du 5 octobre rapportée par la Limmattal Post. Le maintien des livraisons repose notamment sur des solutions alternatives à la voie fluviale. «Heureusement que nous pouvons aussi compter sur le rail et les pipelines», relève Salvatore De Matteis.

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