Droits de douane américains: l'incompréhension de l'économie suisse

La Suisse est taxée à 12,5%, comme la Chine, le Japon et la Corée du Sud.
La Suisse est taxée à 12,5%, comme la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Pexels.
Steven Kakon
Publié lundi 27 juillet 2026
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#Exportations Depuis le 24 juillet, Washington relève de 10% à 12,5% la surtaxe sur les produits suisses, invoquant le travail forcé. Une enquête sur d'éventuelles surcapacités industrielles fait déjà craindre une nouvelle escalade.

Nouveau revirement dans la saga des droits de douane que les Etats-Unis imposent aux produits suisses. A la défaveur des entreprises exportatrices suisses, que l’administration américaine a annoncé le 24 juillet désormais taxer à hauteur de 12,5% contre 10% jusqu’à présent (lire plus bas). Les coûs liés à l'exportation se voient ainsi augmentés, sans pour autant lever l'incertitude.

Les PME génèrent environ 30 % du volume des exportations suisses. Seule une partie d’entre elles exporte directement vers les États-Unis. «Toutefois, de nombreuses PME sont intégrées, en tant que sous-traitantes, à des chaînes de valeur internationales et subissent donc indirectement les effets des droits de douane américains. Les répercussions dépassent ainsi largement le cercle des entreprises exportant directement vers le marché américain», analyse Urs Furrer, directeur de l'Union suisse des arts et métiers (USAM). 

Désormais, le gouvernement américain s’appuie sur ce qu’on appelle la «Section 301»: il s’agit d’un instrument juridique américain destiné à lutter contre les pratiques commerciales déloyales, telles que celles liées au travail forcé ou aux surcapacités industrielles. C’est l'importation de produits issus du travail forcé qui est en cause.

Les pays dont la législation contre le travail forcé est jugée insuffisante par Washington - dont la Suisse, la Chine, le Japon ou la Corée du Sud - écopent de 12,5%, tandis que l'UE, le Royaume-Uni, le Mexique ou le Canada, dont la législation est jugée plus complète, restent à 10%. Soit 2,5 points de pourcentage de plus que le droit de douane applicable aux États membres de l’UE. Ces surtaxes sont «incompréhensibles et injustifiées», dénonce Economiesuisse dans les médias. Cette décision «pèse sur les entreprises suisses» actives sur le marché américain et «crée des désavantages concurrentiels par rapport à des pays qui ont des taux plus bas».
 

Risque d’escalade


Même son de cloche du côté de Swissmem. «L’argument selon lequel la Suisse n’agirait pas suffisamment contre le travail forcé est injustifié», fustige l’association de l’industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux ainsi que des branches technologiques apparentées par voie de communiqué. Et d’expliquer: «L’industrie tech est un secteur de haute technologie, ses produits sont développés en Suisse et, la plupart du temps, y sont également fabriqués. Les fournisseurs de produits intermédiaires et de composants sont généralement établis dans l’UE, où le travail forcé ne constitue pas un problème». Ce prétexte ne fait aucun sens pour l'USAM non plus. «Le travail forcé est déjà expressément interdit par le droit suisse. Il n’est donc pas nécessaire d’adopter une nouvelle loi à cet effet. S’agissant de leurs fournisseurs à l’étranger, les grandes entreprises suisses sont par ailleurs déjà tenues de rendre compte du respect des droits de l’homme tout au long de leur chaîne d’approvisionnement. Elles doivent notamment documenter les risques liés à leurs activités ainsi que les mesures prises pour y remédier, en particulier dans les domaines des droits de l’homme, des questions sociales et des droits des travailleurs», balaye Urs Furrer.

Swissmem ne cache pas son inquiétude pour l’avenir. «Une nouvelle enquête sur d’éventuelles surcapacités industrielles est actuellement en cours aux États-Unis dans le cadre de la section 301. Il existe donc un risque que la Suisse se voit imposer un taux de droits de douane encore plus élevé. Il serait donc d’autant plus important de conclure avec les États-Unis un accord juridiquement contraignant qui ne désavantage pas la Suisse par rapport à l’UE», plaide Swissmem. «Un tel accord apporterait enfin davantage de sécurité et de stabilité à l’industrie suisse dans ses relations commerciales avec les États-Unis», écrit Jean-Philippe Kohl, directeur adjoint et chef de la division politique de Swissmem. 

En attendant, «les PME font preuve de souplesse et s’efforcent de trouver des solutions. Mais les dommages économiques sont déjà bien réels: des milliers d’emplois ont été supprimés dans l’industrie suisse et ne seront pas recréés du jour au lendemain, à la suite de cette décision douanière. Il est donc d’autant plus urgent d’agir là où la Suisse dispose de sa propre marge de manœuvre: sur les conditions-cadres de sa politique économique», affirme Urs Furrer. Qu'attend l'USAM du Conseil fédéral dans ce dossier? «Les négociations avec les États-Unis doivent naturellement se poursuivre avec, comme objectif, de mettre un terme au désavantage subi par la Suisse par rapport à l’UE et empêcher l’instauration de nouveaux droits de douane», rétorque-t-il. L'USAM appelle aussi à améliorer la compétivité du pays et renoncer à imposer de nouvelles charges inutiles à ses entreprises. 


La saga des droits de douane en bref 


On rembobine. Le président américain Donald Trump avait infligé des droits de douane de 39% à la Suisse, entrés en vigueur le 7 août 2025. L’un des taux les plus élevés en comparaison aux autres pays (à titre de comparaison, il était de 15% pour l’Union européenne). Un accord avait finalement été conclu entre les deux pays pour les réduire à 15% dès le 14 novembre 2025. Coup de tonnerre quelques mois plus tard, le 20 février 2026: la Cour suprême juge que le président américain n’avait pas fait un usage légitime de la loi d’urgence - l'International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) de 1977 prévue pour des sanctions économiques en cas de «menace extraordinaire» - sur laquelle il s’appuyait. La décision de justice porte donc surtout sur la légalité rétroactive du régime initial, avec des remboursements à la clé. Ne sont pas concernés les droits de douane sectoriels, visant notamment l’automobile, l’acier l’aluminium ou le cuivre. Selon la SonntagsZeitung reprise dans plusieurs médias, les entreprises qui ont entrepris les démarches nécessaires pour obtenir le remboursement des taxes perçues à tort ont obtenu gain de cause. Et les montants se chiffrent en millions pour certaines d'entre elles. 

Dans la foulée de cette décision historique, l'administration Trump a immédiatement activé la Section 122 du Trade Act de 1974 et instauré une surtaxe universelle de 10% sur les importations. Ces droits de douane temporaires, instaurés pour une durée de 150 jours, arrivaient à échéance le 24 juillet. Une soixantaine de pays se voient désormais infligés des taux de 10% ou 12,5%, cette fois motivés par l’argument du travail forcé. 
Le représentant américain au Commerce (USTR), Jamieson Greer, avait lancé une enquête à la mi-mars 2026 visant à déterminer si les partenaires commerciaux des États-Unis avaient totalement éliminé de leur chaîne d'approvisionnement les produits issus du travail forcé. «Nous cherchons à mettre fin au commerce de ce type de produits [...] si vous autorisez l'importation de biens issus du travail forcé, cela crée de la concurrence déloyale envers vos propres produits».


Nos articles sur les droits de douane américains appliqués aux produits suisses :
 

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