Frédéric Bouvier, le sport comme art de vivre

Frédéric Bouvier, un joueur de tennis de bon niveau, s’est tourné vers le développement et le management de structures sportives.
Frédéric Bouvier, un joueur de tennis de bon niveau, s’est tourné vers le développement et le management de structures sportives.
Chantal de Senger
Publié jeudi 29 octobre 2026
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#Sport et bien-être Frédéric Bouvier fait grandir le club sportif de Bellevue devenu, en 2021, le premier établissement suisse du groupe britannique David Lloyd Clubs.

Il parle du tennis avec les yeux de celui qui a eu la chance d’en vivre les grandes heures. Né en 1963, Frédéric Bouvier a commencé sa carrière dans les années 1980, au moment où Yannick Noah remportait Roland-Garros et où le tennis connaissait un formidable essor en France. Il n’a jamais été un champion professionnel – il se définit volontiers comme un joueur de niveau régional ou national –, mais il s’est passionné très tôt pour l’enseignement et la pédagogie.

Après avoir travaillé dans plusieurs grands clubs français, il rejoint en 2001 la Fédération française de tennis (FFT), où il prend la direction du département de Haute-Savoie. Spécialisé dans la formation des jeunes de 10 à 13 ans et dans la formation des cadres, il découvre progressivement une autre passion: le développement et le management des structures sportives.

Son destin genevois se joue en 2004. Georges Deniau, alors entraîneur des équipes de France et de Suisse, lui propose de prendre en charge le département tennis du Geneva Country Club, avec pour mission de créer une académie de haut niveau. «J’ai démissionné en 48 heures», raconte-t-il. La raison de cet enthousiasme tient notamment aux infrastructures: dix courts couverts et trois extérieurs réunis sur un même site. De quoi imaginer une véritable pépinière de talents. L’académie fera effectivement émerger plusieurs joueurs prometteurs, dont Hugo Nys, qui atteindra la 40ème place mondiale en double, et Antoine Bellier, ancien 190ème joueur mondial. Le club accueille aussi régulièrement des joueurs du plus haut niveau international. Gaël Monfils, Stan Wawrinka, Jo-Wilfried Tsonga ou Garbiñe Muguruza ont ainsi foulé ses courts. En 2012, Frédéric Bouvier devient General Manager. Il va alors progressivement passer de l’homme du tennis au dirigeant d’un véritable écosystème sportif.

Du country club au club de lifestyle

Fondé il y a plus de 25 ans, le Geneva Country Club, détenu alors par Dona Bertarelli, change de dimension lorsqu’il est repris en 2021 par David Lloyd Clubs, premier opérateur européen de clubs de lifestyle haut de gamme. Le groupe compte aujourd’hui 151 clubs et plus de 880 000 membres, avec plus de 27 000 collaborateurs. À Bellevue, l’investissement est à la hauteur des ambitions: plus de 15 millions de francs ont été injectés dans une rénovation complète. À une dizaine de minutes du centre de Genève, le site s’étend sur cinq hectares exploités, auxquels s’ajoutent deux hectares correspondant à l’ancien practice de golf. Ce dernier doit laisser sa place, sous réserve des autorisations, à de nouvelles infrastructures: une piscine extérieure de 25 mètres de longueur, un spa outdoor, des courts de tennis et de nouveaux terrains de padel.

Le résultat ressemble davantage à un campus du sport et du bien-être qu’à un traditionnel club de tennis. L’espace fitness atteint 1800 m². Cinq courts de tennis sont couverts, quatre autres sont extérieurs, dont un en terre battue. Quatre terrains de padel couverts complètent désormais l’offre. Les piscines, le spa, les studios de cours collectifs, la restauration et les espaces réservés aux familles composent un ensemble particulièrement complet. Le fitness est équipé d’un circuit de musculation connecté et de plusieurs studios spécialisés. Le spa propose notamment un hydropool, un sauna au sel, un hammam aux agrumes, des douches sensorielles et même un distributeur de glace.

«Les gens ne viennent plus seulement faire du sport», observe Frédéric Bouvier. Ils viennent travailler, déjeuner, se détendre, faire garder leurs enfants, rencontrer des partenaires ou récupérer après une séance. Cette transformation est aussi celle des habitudes. Le club dispose du wi-fi partout et accueille désormais de nombreux télétravailleurs. Certains viennent travailler quelques heures, s’offrent une séance de tennis ou de fitness, puis retournent à leur ordinateur.

Le padel, avant tout le monde

Parmi les activités qui racontent le mieux son flair pour les tendances figure le padel. En 2013, après avoir découvert ce sport à Ibiza, Frédéric Bouvier décide d’installer un premier terrain. Puis deux, puis trois. «Je me suis dit: je peux en mettre dix ou douze.» Ils sont aujourd’hui quatre, tous couverts, faisant du club une exception dans le paysage genevois. Il ne prétend pas avoir anticipé l’ampleur du phénomène. «Jamais je n’avais imaginé ce succès», reconnaît-il. Une académie de padel est désormais développée pour tous les niveaux, avec notamment le coach Kilian Jordan, numéro un suisse de la discipline. Le dirigeant observe toutefois les modes avec une certaine distance. Le prochain investissement important sera ainsi consacré au reformer Pilates, avec un nouveau studio de 16 machines. Une évolution qui illustre sa méthode: tester, observer les usages et investir là où il perçoit une tendance durable. Le squash, en revanche, perd du terrain. Comme dans de nombreux clubs européens, les courts disparaissent au profit d’activités jugées plus attractives. «Le squash n’intéresse plus grand monde», constate-t-il.

Un lieu de networking

Le club est aussi devenu un lieu de networking. Frédéric Bouvier a développé une vingtaine de partenariats avec des entreprises et organise régulièrement des événements et team buildings. Une entreprise peut venir pour une réunion le matin, déjeuner sur place et consacrer l’après-midi à une activité sportive. Tennis, padel, fitness ou cours collectifs : tout peut être imaginé. « Ce qui m’intéresse, c’est qu’on crée des synergies », explique-t-il. Les partenaires croisent leurs réseaux, organisent des événements communs et créent de nouvelles opportunités commerciales. Le club devient ainsi un lieu de sport, mais aussi de rencontres et d’affaires.

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