Forum des 100 : La sécurité, une affaire suisse

Le chef de l'armée suisse, Benedikt Roos, était un des invités attendus lors du Forum des 100, organisé par Le Temps.
Le chef de l'armée suisse, Benedikt Roos, était un des invités attendus lors du Forum des 100, organisé par Le Temps. DR
Flavia Giovannelli
Publié lundi 28 octobre 2926
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#Rendez-vous Le Forum des 100 a choisi de parler sans détours des menaces qui pèsent sur le monde et sur la Suisse en particulier.

La Suisse reste-t-elle un pays où la vie se déroule comme un long fleuve tranquille? Ou doit-elle faire face à des menaces venues de l’étranger ou de l’intérieur, qu’il s’agisse de cyberattaques, d’actions préparées de longue date ou d’actes isolés? La question était au cœur du Forum des 100, organisé par Le Temps.
«Oui, notre pays est situé au cœur du continent européen et, à ce titre, il n’est pas à l’abri de tentatives de déstabilisation, notamment sur ses infrastructures critiques. Et il y en a beaucoup», a déclaré en ouverture Benedikt Roos. Le nouveau chef de l’armée suisse, entré en fonction le 1er janvier, représentait le DDPS en l’absence de son chef, Martin Pfister, retenu à la dernière minute par le Parlement fédéral.
Ces derniers mois, l’armée suisse a traversé d’importantes turbulences médiatiques, qui ont mis à mal son image publique. Deux problèmes ont notamment été épinglés: un trou financier et une communication défaillante. Après le refus par la population d’inscrire une vision plus restrictive de la neutralité dans la Constitution, et avant la votation de fin novembre sur l’exportation de matériel de guerre, l’institution se doit d’être convaincante et transparente. Cela passe aussi par une meilleure communication avec les citoyens.

Le commandant de corps a insisté sur le bilan positif des missions menées par l’armée, notamment lors du G7, du WEF, à Blatten ou au Bürgenstock. Il a également mis en garde contre un sentiment de sécurité qu’il juge illusoire: avec le retour de la guerre en Europe, la Suisse est exposée aux cyberattaques, à la désinformation et aux survols de drones suspects au-dessus d’infrastructures militaires.
Tout en précisant qu’il ne parlait pas de chars franchissant la frontière, Benedikt Roos a souligné les risques qui pèsent notamment sur les réseaux électriques, gaziers et de télécommunications. Par sa position centrale en Europe, la Suisse pourrait être visée en tant que base arrière. Pour le chef de l’armée, la conclusion s’impose: des investissements conséquents sont nécessaires pour consolider la sécurité du territoire.


Une Suisse consciente des risques
Ce message trouve un écho dans le sondage https://www.mistrend.ch/sophia2026.html , réalisé par MIS Trend pour Le Temps auprès de la population et de leaders d’opinion. Si les personnes interrogées se sentent très largement en sécurité, elles n’en sont pas moins conscientes des menaces. Parmi leurs principales préoccupations figurent les cyberattaques, le changement climatique et une politique étrangère hostile des États-Unis. Reste à savoir quels moyens privilégier pour y répondre: sur ce point, les avis divergent.

Un des débats qui a suivi l’intervention de Benedikt Roos l’a illustré. Le conseiller national UDC Jean-Luc Addor, fidèle à sa position, plaide pour un renforcement des moyens de l’armée et de la police. Il a également déposé plusieurs motions visant à lutter contre les cyberattaques.
Le centriste Sidney Kamerzin préconise, pour sa part, de lever certains obstacles légaux à la collecte de renseignements sur les organisations criminelles. Face aux menaces liées à la criminalité organisée et à l’espionnage, il estime nécessaire de renforcer la surveillance des réseaux criminels et la collaboration avec les pays voisins.
Sur une autre ligne, Nadia Boehlen, porte-parole d’Amnesty International Suisse, ne veut pas sacrifier les droits humains et les libertés individuelles pour des motifs sécuritaires. Sa priorité porte sur la régulation des technologies, notamment des réseaux sociaux, qu’elle considère comme des amplificateurs d’extrémismes. Elle s’oppose en revanche à une extension des pouvoirs du Service de renseignement de la Confédération (SRC).
Oriane Sarrasin, élue PS au Grand Conseil vaudois, est plus proche de cette position. La députée et chercheuse Oriane Sarrasin a qualifié la surveillance de «traitement curatif d’urgence», insistant sur le fait que la prévention lui paraît bien plus nécessaire, regrettant qu’elle ne soit pas assez soutenue par des programmes publics.  
Autre point de divergence: la responsabilité des organisateurs de manifestations. Contrairement à Sidney Kamerzin, Nadia Boehlen ne se dit pas favorable à des sanctions pécuniaires en cas de dérapages.
Ces discussions font écho aux questions soulevées par le dispositif de sécurité déployé en Suisse autour du G7, organisé à Évian en juin dernier. Sa facture s’est élevée à 31,6 millions de francs, dont un peu plus de 19 millions à la charge de Genève, sans compter les conséquences pour les entreprises contraintes de fermer ou de se barricader. Un rappel que la sécurité a un coût, pour les collectivités comme pour les acteurs économiques.
 

Arnaud Bürgin et Flore Teysseire à l’honneur

Présenté comme une personnalité au cœur de l’économie genevoise, Arnaud Bürgin figure parmi les cent personnalités distinguées en 2026 par le jury du Temps. Le directeur de la FER Genève a eu fort à faire cette année pour défendre les causes qui touchent de près les membres de l’institution. Fort de ses convictions en faveur de l’ouverture, il a notamment fait campagne, avec succès, contre l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions». Un autre défi demeure: préserver l’attractivité de Genève.

Également distinguée, Flore Teysseire incarne la voix des commerces genevois. Secrétaire patronale à la FER Genève, elle s’engage pour une branche malmenée par la conjoncture. Elle a également remporté une victoire lors de la votation sur une ouverture dominicale encadrée, au terme d’un interminable bras de fer avec les syndicats.


 

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