La start-up lausannoise Giotto.ai ouvre gratuitement son IA au grand public
La start-up lausannoise Giotto.ai ouvre gratuitement son IA au grand public
Aldo Podestà, cofondateur de Giotto.ai.
D.R.
Bruno Delaby, Large Network
Publié mercredi 01 juillet 2026
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#IA
L’entreprise basée à Lausanne annonce la mise sur le marché d’un modèle d’IA reposant sur une approche différente des grands modèles de langage. Les explications de son cofondateur Aldo Podestà.
«Je souhaite que les gens arrêtent d’utiliser des outils comme Claude ou ChatGPT alors que nous avons un modèle efficace, hébergé en Europe et respectant la confidentialité des utilisateurs. Mon objectif est que l’IA profite au plus grand nombre. Pour respecter cet engagement, il fallait que notre technologie soit disponible à toute la population et pas uniquement aux entreprises.» Aldo Podestà, cofondateur de Giotto.ai, explique ainsi pourquoi il met en ligne aujourd’hui gratuitement son IA développée en Suisse.
De qui parle-t-on?
Giotto est une entreprise suisse basée à Lausanne. Fondée en 2017 à l'EPFL par Aldo Podestà, Francesco Palma et Wallyson Lemes de Oliveira, elle compte aujourd'hui une vingtaine d'employés. Le moteur d’IA développé par Giotto s’est fait remarquer en obtenant la deuxième place lors de l’ARC AGI 2025, une compétition conçue pour évaluer la capacité des systèmes d'IA à résoudre des problèmes qu'ils n'ont jamais rencontrés auparavant: Giotto est arrivé juste derrière Nvidia, mais devant des grands noms tels qu'Anthropic ou OpenAI. Le produit commercialisé par Giotto se destinait jusqu’ici aux entreprises, via un cloud privé hébergé dans un centre de données situé en Suisse. Il était aussi déjà possible de louer son propre serveur, un objet physique, afin de l'intégrer directement à l'infrastructure informatique du client. Ces solutions sont destinées aux organisations souhaitant conserver leurs données dans leur propre infrastructure ou dans un cloud privé. Leurs clients comptent aussi bien des acteurs d’importance nationale comme RUAG que des petites PME familiales. Aujourd’hui, Giotto franchit une étape supplémentaire en proposant ses services au grand public, avec une version gratuite et accessible simplement depuis un navigateur.
Pourquoi c’est important?
Cette annonce intervient alors que l’Europe souhaite se libérer de la dépendance étrangère en matière d’intelligence artificielle. La souveraineté numérique s’impose en effet comme un élément décisif pour assurer la compétitivité de l’industrie européenne, afin de garantir aussi la maîtrise des données sensibles. On a pu constater l’importance du problème avec le Cloud Act qui permet, dans certaines conditions, aux autorités des Etats-Unis de demander l'accès à des données détenues par des entreprises américaines, y compris lorsqu'elles sont stockées à l'étranger.
L’outil grand public de cet acteur suisse s'inscrit dans les efforts européens visant à renforcer la souveraineté numérique mais ne résout pas tous les problèmes. «S’ils le désirent, demain les Etats-Unis peuvent arrêter de nous fournir les puces dont nous avons besoin. Nous aimerions être mieux intégrés dans la chaîne d’approvisionnement, obtenir ces puces demande beaucoup de travail administratif. Il faut encourager l’industrie à proposer des alternatives européennes», poursuit le CEO. L’entreprise vaudoise collabore pour l’instant avec un réseau de centres de données européen, dont un à Helsinki. Une partie de ses ressources sera spécialement allouée au lancement de ce service gratuit. À terme, Giotto souhaite également disposer d'une infrastructure située en Suisse, précise Aldo Podestà, avant d’ajouter: «Nous n’avons pas les fonds pour développer un centre de données en Suisse pour l’instant. Nous avons besoin de partenaires pouvant nous assurer la place et l’énergie nécessaires à ce genre de projet.»
Comment ça marche?
Giotto revendique une approche différente des grands modèles de langage (LLM). Là où ces derniers reposent principalement sur des réseaux neuronaux entraînés sur d'immenses corpus de données, Giotto affirme combiner apprentissage automatique et mécanismes explicites de raisonnement logique. Après sa levée de fonds de 20 millions de francs réalisée récemment, la start-up suisse dispose de moyens très inférieurs à ses concurrents internationaux. Selon Giotto, son architecture nécessite cependant beaucoup moins de puissance de calcul que les modèles LLM, ce qui permet de réduire les coûts d’exploitation.
Quelles sont les autres initiatives européennes?
Giotto n’est pas seul dans ce mouvement en faveur d'une plus grande souveraineté numérique. En Suisse, il y a également Apertus, fruit de la collaboration entre l'EPFL et l'EPFZ, qui propose une alternative open-source aux autres LLM. Infomaniak a également lancé l’intelligence artificielle Euria, un modèle hébergé en Suisse, respectant la vie privée et dont la chaleur résiduelle chauffe des appartements. Dans le même style, Proton a développé Lumo, qui ne stocke aucune donnée En France, Mistral AI valorisée à plus de 11 milliards d'euros, s'impose comme un leader dans le domaine et dispose déjà d'une infrastructure de calcul propre. Toujours en France, Ami Labs, lancée par Yann Le Cun, ancien directeur scientifique de l'IA chez Meta, travaille sur une approche de l’IA basée sur la compréhension. En Allemagne, Aleph Alpha se concentre sur l'IA d'entreprise et gouvernementale avec un hébergement en juridiction allemande. Enfin, SOOFI, une initiative européenne vise un lancement d'ici à la fin de l’année.
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