La Suisse se réconcilie avec le nucléaire

La proposition du Conseil fédéral de lever l’interdiction de construction de nouvelles centrales a finalement été approuvée par le Parlement.
La proposition du Conseil fédéral de lever l’interdiction de construction de nouvelles centrales a finalement été approuvée par le Parlement. Florence Schlegel
Julien Crevoisier/Large Network
Publié vendredi 03 juillet 2026
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#Centrales nucléaires Les milieux économiques saluent la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales. Les solutions de traitements des déchets radioactifs restent un enjeu central, mais d’autres alternatives se profilent, notamment grâce à une entreprise genevoise pionnière.

Le 18 juin 2026 marquera peut-être un grand tournant dans l’histoire énergétique suisse. Trois jours après avoir été rejetée de justesse, la proposition du Conseil fédéral de lever l’interdiction de construction de nouvelles centrales a finalement été approuvée par le Parlement. La gauche promet de lancer un référendum. Le débat est donc bien réouvert.

Des électriciens inquiets

Ce retour de l’atome sur le devant de la scène intervient alors que le scénario prévu par la loi sur l’électricité votée en 2024, qui repose majoritairement sur le renouvelable, semble déjà compromis. Début 2026, l’Association des entreprises électriques suisses (AES) a lancé son Indice de l’approvisionnement en électricité, qui évalue le développement de l’infrastructure électrique en Suisse à l’aune des objectifs pour 2050. Résultat: au rythme actuel, le déploiement de la stratégie énergétique suisse est trop lent. La faute à une extension insuffisante du réseau, mais aussi à un manque de flexibilité en matière de mode de production d’électricité. «Pour atteindre les objectifs fixés par la loi sur l’électricité, il faut ajouter 2,3 TWh de puissance chaque année, soit l’équivalent du barrage de la Grande-Dixence», souligne Dominique Rochat, responsable des projets énergie de la faîtière economiesuisse. «En 2025, ce seuil a presque été atteint grâce aux panneaux solaires, mais pas assez pour rattraper le retard accumulé les années précédentes.» Le point faible du renouvelable reste l’approvisionnement en hiver, période où l’énergie solaire est moins abondante. De son côté, l’éolien peine à décoller: seul 0,3% de l’électricité consommée en Suisse en 2024 a été généré par des éoliennes.

Economiesuisse salue la décision du Parlement

«Il ne s’agit pas de construire une nouvelle centrale demain, ni de parier sur une seule source d’énergie. Il s’agit de donner le choix à la population de recourir à toutes les options décarbonées. On le voit avec la crise actuelle du détroit d’Ormuz: la diversification des sources d’énergie est un enjeu capital pour la sécurité d’approvisionnement.»

Le réacteur du genevois Transmutex bientôt opérationnel

Même du côté des défenseurs de l’environnement, l’urgence climatique semble faire bouger les lignes. Conseiller national vert valaisan, Christophe Clivaz estime que les réacteurs nucléaires de quatrième génération, capables de fonctionner avec des combustibles recyclés, pourraient être une solution intéressante. «Pour autant qu'un jour elle soit fonctionnelle, cette technologie aurait l'avantage de résoudre une bonne partie du problème des déchets.» L’élu propose de «soumettre l'octroi d'une autorisation pour une nouvelle centrale nucléaire à l'utilisation d'une technologie qui permettrait de contribuer à la réduction des déchets hautement radioactifs». Une entreprise genevoise pourrait bien faire partie de cette solution d’avenir.

Installée à Vernier, Transmutex travaille sur le recyclage des déchets radioactifs. L’une des pistes consiste à les réutiliser dans des réacteurs spécialement prévus à cet effet. L’opération permet de générer de l’électricité tout en réduisant la durée de radiotoxicité des déchets d’un million d’années à quelques centaines d’années. Le CEO de Transmutex, Franklin Servan-Schreiber, se réjouit que la Suisse ait réouvert la porte à l’atome. «Il s’agit clairement d’une énergie d’avenir. Mais il faut trouver le moyen de s’occuper des déchets.» A l’horizon 2040, probablement aux États-Unis ou au Canada. «Depuis l’interdiction du nucléaire décidée en 2017, la Suisse ne faisait pas partie de nos marchés cibles. Mais avec ce changement de cap, nous serons peut-être amenés à mettre notre technologie à sa disposition. Au-delà de la demande intérieure, les technologies liées au nucléaire constituent une formidable opportunité économique d’exportations pour la Suisse. «De nombreuses puissances misent sur cette source d’énergie misent sur cette source d’énergie à très long terme.»

Déchets radioactifs enfouis au nord de Zurich

En attendant que les technologies de recyclage soient pleinement opérationnelles, la question du traitement des déchets reste posée. Depuis 2001, les déchets hautement radioactifs issus des centrales suisses sont entreposés dans d’énormes tonneaux en acier au centre Zwilag à Würenligen (AG). Cette solution est temporaire. Seule solution qui se profile à ce jour: enfouir les déchets radiotoxiques à plusieurs centaines de mètres de profondeur, dans des couches géologiques stables et hermétiques. En Finlande, le dépôt souterrain d’Onkalo devrait accueillir les premières cargaisons de combustibles usagés dès l’été 2026. Le complexe devrait rester en fonction pendant environ un siècle, avant d’être définitivement scellé. Une première mondiale.

Terradura

En Suisse, le projet Terradura poursuit un objectif similaire: creuser un dépôt à 900 mètres de profondeur en dessous du Lägern, dans le nord du canton de Zurich. Porté par la Société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs (Nagra), le projet est en cours d’examen à Berne, où le Conseil fédéral puis le Parlement devront se prononcer, en 2028 ou 2029, avant un éventuel référendum. Le premier coup de pioche ne devrait donc pas intervenir avant 2035. Comment s’assurer que les déchets resteront bien isolés de l’environnement pendant plusieurs milliers de siècles? «Le risque zéro n’existe pas, mais les études géologiques montrent que les couches d’opalinus situées dans cette région sont restées stables depuis leur formation il y a 175 millions d’années», répond Patrick Studer, porte-parole de la Nagra. «Le site choisi permet une certaine flexibilité. Le projet actuel a été dimensionné pour accueillir les déchets des centrales actuellement en service. Mais si l’exploitation du nucléaire venait à se prolonger, nous disposerions d'une réserve pour les déchets supplémentaires.» Côté financement, Terradura est pour l’heure devisé à environ 12 milliards de francs.

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