Langues à l’école: mettons les pieds dans le plat!
Pierre Cormon
Journaliste
Publié lundi 22 juin 2026
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Mettons les pieds dans le plat, voulez-vous? La volonté de plusieurs cantons alémaniques de renoncer à l’apprentissage du français à l’école primaire suscite l’indignation en Suisse romande. Même la Conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider s’en est mêlée, bien que l’enseignement soit en principe une compétence cantonale.
Ce tollé part du principe que l’enseignement précoce fonctionne et qu’en l’abandonnant, on péjore les futures compétences linguistiques des élèves. D’où vient cette certitude? La question n’est jamais posée. On discute de principes, jamais de faits.
Les Alémaniques prennent le débat sous un tout autre angle: celui de l’efficacité. Une multitude d’études montrent que l’apprentissage précoce à l'école primaire a de mauvais résultats. Son objectif (acquérir des compétences fondamentales) n’est pratiquement jamais atteint. «Ces résultats sont largement diffusés, et quiconque connaît la littérature disponible depuis des décennies s’étonne de l'étonnement qu'ils suscitent», remarque l’Institut de plurilinguisme de l’Université de Fribourg, peu susceptible de prôner le repli linguistique.
Le moment où l’on commence à apprendre une langue n’est pas déterminant, montrent les études. Ce qui compte, c’est plutôt la motivation des élèves, la manière dont la langue est enseignée (souvent insatisfaisante au primaire), l’exposition à la langue (plus marquée à Berne qu’à Saint-Gall), etc.
On peut donc comprendre que des cantons remettent en question une approche qui s’est révélée inefficace. Pourquoi consacrer du temps et de l’argent à quelque chose qui ne fonctionne pas? On peut ne pas être d’accord, contester les études (encore faut-il les avoir lues), estimer qu’il vaut mieux améliorer l’enseignement que le supprimer (encore faut-il dire comment). Mais c’est sur cette base-là qu’il faut placer le débat, plutôt que d’invoquer de beaux principes qui ne répondent en rien aux préoccupations très concrètes de nos compatriotes. Parler la langue de l’autre pour refuser de l’écouter ne sert pas à grand-chose.
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