Le sport, nouveau terrain de jeu du team building

Dans les entreprises, la participation collective à une course est devenue une nouvelle forme de team building.
Dans les entreprises, la participation collective à une course est devenue une nouvelle forme de team building. Stéphane Chollet
Chantal de Senger
Publié vendredi 18 septembre 2026
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#Bien-être au travail Courir, nager, se dépasser: les entreprises sont nombreuses à utiliser les grands rendez-vous sportifs comme outils de cohésion de leurs équipes.

Il y a ceux qui courent pour le chrono, ceux qui viennent simplement pour relever un défi et ceux qui se demandent encore, quelques semaines avant le départ, ce qu’ils sont venus faire là.

Pourtant, tous ont un point commun: ils ne sont pas seuls. Dans les entreprises, la participation collective à une course est devenue une nouvelle forme de team building. Une façon de quitter le cadre du bureau, de découvrir ses collègues autrement et de partager une expérience qui ne ressemble en rien à une journée de séminaire.

Le phénomène est particulièrement visible lors des grands rendez-vous sportifs genevois.

Au Generali Genève Marathon, 110 entreprises réservent désormais des packs VIP ou Entreprise, auxquels s’ajoutent des centaines de sociétés qui inscrivent leurs collaborateurs. Plus de 500 entreprises participent chaque année à la Course de l’Escalade. Et même une épreuve aussi singulière que la Coupe de Noël, qui consiste à se jeter dans les eaux du Léman en décembre, attire de plus en plus de groupes constitués au sein des entreprises.

Pour Benjamin Chandelier, organisateur du marathon de Genève, la recette est simple: Avec des formats allant du 5 km au marathon, en passant par le relais, la marche ou la marche nordique, chacun peut trouver une distance adaptée à son niveau.

Tous sur la même ligne

La première vertu du sport collectif est peut-être de faire disparaître, temporairement, les différences de statut. Une fois les baskets enfilées et le dossard accroché, le directeur général n’est plus tout à fait le directeur général et le stagiaire n’est plus tout à fait le stagiaire.

«La tenue de sport restaure une forme d’égalité naturelle», constate Benjamin Chandelier. Les entraînements, l’effort et les moments de récupération permettent de créer une proximité difficile à obtenir dans le quotidien professionnel. «Un collaborateur peut échanger de façon très informelle avec son PDG autour du buffet d’après-course.»

Jerry Maspoli, organisateur de la Course de l’Escalade, observe la même chose depuis des années. Dans une équipe, celui qui excelle professionnellement peut ne pas être le plus à l’aise dans une course, tandis qu’un collègue plus discret au bureau peut se révéler particulièrement performant sur le terrain. «Ça permet de créer un certain équilibre dans les équipes et de se voir sous un angle différent.» Cette redistribution des rôles n’est pas anodine. Elle permet de mieux connaître les personnalités, les tempéraments et les réactions de chacun face à l’effort. Le compétiteur, le prudent, celui qui encourage, celui qui doute, celui qui attend les autres: autant de facettes qui restent souvent invisibles dans les réunions.

Le team building commence avant la course

C’est là que le sport se distingue d’un team building traditionnel. Un escape game, un atelier ou une journée de séminaire peuvent créer une dynamique collective, mais l’expérience reste souvent concentrée sur quelques heures. Une course, elle, se prépare.

C’est précisément dans cette préparation que les liens se construisent. Pour le marathon, certaines entreprises commencent à s’entraîner plusieurs mois avant l’épreuve. Elles organisent des séances régulières, créent des maillots personnalisés et se fixent des objectifs communs. La course devient ainsi un fil rouge de l’animation interne.

À la Coupe de Noël, cette logique prend une dimension encore plus spectaculaire. Daniel Beran, membre du comité organisateur, raconte avoir accompagné plusieurs entreprises pendant plusieurs mois avant l’épreuve. Il collabore avec la médaillée en nage libre Charlotte Bonnet, fondatrice de Two Lanes Academy avec le nageur Jeremy Desplanches. Avec certaines, ils retrouvaient les collaborateurs une fois par semaine à midi pour les accompagner dans leur préparation. Parmi eux, des nageurs aguerris, mais aussi des novices qui n’avaient jamais nagé en eau froide. L’objectif est alors autant de rassurer que de se préparer physiquement. «Au lieu d’y aller tout seul», les débutants sont accompagnés par leurs collègues et par des personnes expérimentées. Peu à peu, l’appréhension diminue et le groupe se forme.

Se dépasser… ensemble

Le froid apporte à la Coupe de Noël une dimension supplémentaire. Participer signifie accepter de sortir franchement de sa zone de confort. Se mettre en maillot devant ses collègues n’est déjà pas évident pour tout le monde. Entrer dans une eau particulièrement froide demande ensuite un petit supplément de courage. C’est précisément ce qui fait la force de l’expérience. «Tu te mets en maillot, tu te mets dans l’eau froide, tu grelottes», résume Daniel Beran.

L’épreuve n’est donc pas seulement physique, elle est aussi émotionnelle. Des collaborateurs qui n’auraient jamais imaginé participer finissent par franchir le pas, soutenus par le groupe.

Simon Lecoultre, nageur confirmé, joue ce rôle de moteur auprès de ses collègues de la FER Genève. Chaque année, il accompagne une quinzaine de participants à la Coupe de Noël. Les entraînements commencent en octobre, une fois par semaine. Il répond aux questions, encourage, rassure et rappelle à ceux qui doutent qu’ils sont capables d’y arriver. «Je joue sur un effet de groupe», explique-t-il.

Les entraînements deviennent progressivement des rendez-vous attendus. On nage parfois de nuit, on se déguise pour la Coupe, puis on partage une fondue. L’expérience dépasse largement la seule performance sportive: elle devient un rituel collectif.

Le collègue que l’on attend

Dans le sport individuel, la performance est généralement mesurée à l’aune de son propre résultat. En entreprise, la logique peut être différente. On court pour soi, mais aussi pour les autres. On encourage, on attend, on ralentit ou on pousse un collègue à poursuivre. C’est particulièrement visible au Marathon Relais. Benjamin Chandelier raconte voir régulièrement les premiers coureurs attendre leur dernier coéquipier dans les derniers mètres pour franchir ensemble la ligne d’arrivée.

«C’est là que l’esprit d’équipe prend tout son sens.» À la course de l’Escalade, le même phénomène apparaît dans les différentes catégories. Certains collègues peuvent décider de poursuivre un tour supplémentaire tandis que d’autres s’arrêtent. Les plus entraînés encouragent alors les autres à aller plus loin. Le niveau sportif importe moins que la capacité à créer une dynamique commune.

Jerry Maspoli voit régulièrement ces groupes arriver sur la ligne de départ avec les mêmes T-shirts, parfois après plusieurs semaines d’entraînement. «Une vraie culture a été mise autour de ça», constate-t-il.

Une autre façon de se parler

L’autre effet du sport est plus discret, mais potentiellement plus durable: il change les conversations. Quand deux collègues courent côte à côte, ils ne parlent pas nécessairement du dossier en cours, de leur prochain rendez-vous ou des objectifs du trimestre. Ils parlent de leur entraînement, de leur famille, de leurs vacances, de la difficulté de la montée ou de la température de l’eau. Autant de conversations qui contribuent à créer une relation plus personnelle.

Pour les entreprises, cela peut aussi permettre de rapprocher des collaborateurs qui ne travaillent jamais ensemble. Au marathon, Benjamin Chandelier souligne que les différents formats permettent de réunir des personnes issues de services très différents. Les entraînements et les moments partagés créent ensuite des «ponts informels» susceptibles de faciliter les collaborations au quotidien.

Jerry Maspoli se souvient d’une époque où certains comités de la Course de l’Escalade se tenaient… en courant! Une manière de réfléchir différemment et de sortir du cadre parfois très figé de la salle de réunion.

Du team building à la marque employeur

Cette tendance explique pourquoi les entreprises ne considèrent plus forcément le sport comme une simple activité de bien-être. Il devient progressivement un élément de leur culture et de leur marque employeur.

Au marathon de Genève, les motivations des entreprises sont multiples: favoriser la santé au travail, renforcer la cohésion, donner corps à certains engagements RSE ou proposer un moment privilégié aux collaborateurs. Certaines vont très loin dans leur engagement. Elles financent les inscriptions, organisent les entraînements, fournissent les équipements ou font appel à un coach. L’événement sportif devient alors un véritable projet de ressources humaines.


PTO, le sport comme moteur de cohésion
en entreprise

Ancien footballeur de haut niveau, José Ovedio a troqué les crampons pour l’entrepreneuriat. Après des expériences dans le marketing digital, notamment au sein de la start-up Vivent, il lance PTO, une plateforme qui entend rapprocher sport et bien-être en entreprise. Son idée: créer une ligue interentreprises de course à pied, basée sur les compétitions existantes en Suisse. Grâce à une connexion avec Strava (une app qui connecte les sportifs de différents disciplines), chaque participant se voit attribuer des objectifs personnalisés. Ses performances alimentent ensuite le classement individuel et celui de son équipe. L’objectif est de permettre à chacun de contribuer, quel que soit son niveau. En participant à différentes courses tout au long de l’année, les collaborateurs sont encouragés à bouger davantage et à créer du lien autour du sport. PTO fournira également aux entreprises des rapports d’impact, avec des indicateurs utiles pour leurs démarches RH, RSE et ESG. Après un lancement cet été, José Ovedio vise une première saison en 2027, avec l’ambition de déployer ensuite son concept en Suisse et à l’international.

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