Opinions

Pour le 14 juin, Calvin n’est jamais loin

Géraldine Savary Directrice exécutive du Club suisse de la presse Publié jeudi 04 juin 2026

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La fébrilité gagne les états-majors devant l’échéance de la votation populaire du 14 juin sur la Suisse à dix millions. Les sondages annonçant des résultats serrés, les adversaires de l’initiative multiplient les interventions et les prises de position de tout ce que le pays compte d’acteurs institutionnels. Normal, il y a péril en la demeure. Il en va de la relation que nous entretenons avec nos voisins européens, des mesures d’accompagnement durement négociées, du dynamisme du marché du travail, d’une politique migratoire maîtrisée. 
Cette initiative appâte des citoyens déboussolés, tel le chant des sirènes les marins fatigués. 
Elle séduit celles et ceux qui prennent un train tous les matins, se coltinent des bouchons quotidiens ou cherchent un appartement. 
Elle convoque les ressorts de notre identité commune: cette idée que le trop est l’ennemi du bien. Après tout, en Suisse, Calvin et Zwingli ne sont jamais loin... Enfin, elle rassure ce que l’on doit désormais considérer comme l’électorat ultra-dominant: les 20% de la population de 65 ans et plus (dont 6% est quasi centenaire). Le taux de participation des plus de 60 ans est environ deux fois plus élevé que celui des moins de 30 ans. Et cette tendance dite «sapin» s’accentuera les prochaines années. L’âge médian des électrices et électeurs devrait dépasser 60 ans d’ici à 2035. Cette tranche de population s’accroche à la Suisse dans laquelle elle est née (entre 1935 et 1950), qu’elle a connue, bâtie, aimée. Pour beaucoup, la peur de la voir disparaître renvoie à celle de se voir disparaître. Conclusion: si l’on cumule les jeunes adultes en quête d’avenir, de travail, de logement, les adeptes de la rigueur protestante et des personnes âgées nostalgiques de leur passé, cela fait tout de même beaucoup de monde, d’un poids au moins identique au cumul des sympathisants des partis politiques, des autorités cantonales, des salariés et des employeurs.
Que faire, alors? Pendant quelques jours encore, serrer les dents, battre le pavé et miser sur l’intelligence collective. Personne n’a vraiment envie d’être en Chine populaire où l’Etat décide du nombre de bébés à produire. A plus long terme, parler à un électorat dont on n’ignore pas l’âge moyen. Les partis politiques engagent des jeunes pour des campagnes qui ciblent les jeunes alors que ce sont les vieux qui votent. Les partenaires sociaux parlent aux actifs alors que ce sont les retraités qui se déplacent aux urnes. Cette cohorte de citoyennes et citoyens appliqués à honorer la démocratie mérite qu’on s’adresse aussi à eux en dehors des scrutins qui les concernent directement ou parce qu’on ne les imagine que malades et affaiblis dans des EMS. Dans le cadre de la votation prochaine, leur a-t-on demandé, par exemple, s’ils étaient prêts à se priver de petits enfants?
Enfin, il sera bon, quel que soit le résultat du 14 juin, de s’interroger sur l’absence de contre-projet aux mauvaises réponses posées par l’initiative. Chasser d’un revers de main les questions simplistes a le mérite de la clarté des positions mais pas de la recherche de solutions. Un contre-projet engage les autorités à défendre une capacité d’action, une vision. La même posture a été choisie pour affronter l’initiative «pour sauvegarder la neutralité suisse», le 27 septembre prochain. Une stratégie à double tranchant qui risque de faire obstacle au légitime débat concernant la place de la Suisse face au monde.