Quand El Niño joue sur la croissance

Flavia Giovannelli
Publié lundi 16 mars 2026
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#Climat mondial Phénomène climatique récurrent, El Niño modifie certains équilibres globaux. Ses effets indirects peuvent aussi se faire sentir sur l’activité économique.

En chefs d’orchestre du climat mondial, El Niño et La Niña ne se contentent plus de dicter la pluie et le beau temps. Une étude récente du Fonds monétaire international (FMI) montre qu’ils influencent également l’économie globale. Si l’information interpelle, elle confirme surtout que les économistes intègrent désormais davantage les variables climatiques dans leurs prévisions conjoncturelles. L’économétrie climatique part ainsi du principe que le climat constitue un déterminant exogène majeur de l’activité économique. De manière cyclique, le climat mondial oscille entre les épisodes El Niño et La Niña, le premier étant généralement plus court mais plus intense. «Même si les relevés statistiques modernes couvrent près d’une cinquantaine d’années, aucune étude ne démontre la prévisibilité exacte de ces phénomènes. On peut surtout en dégager des tendances générales», note Mikhaël Schwander, chez MétéoSuisse.

Selon les experts, qui observent un affaiblissement de La Niña, la planète serait dans un régime neutre depuis janvier. Ce contexte pourrait annoncer le retour d’El Niño, peut-être dès l’été 2026, son apogée survenant souvent autour de Noël. Né dans le Pacifique, où les eaux de surface se réchauffent progressivement, El Niño entraîne une humidité accrue susceptible de provoquer de fortes précipitations, voire des pluies diluviennes en Amérique latine, notamment sur la côte ouest. À l’inverse, le centre des États-Unis et le Canada connaissent généralement des hivers plus doux lors de ces épisodes.

L’impact en Europe demeure plus incertain, le continent étant plus éloigné du Pacifique. On observe parfois une tendance à des hivers plus secs et plus froids dans le nord-ouest de l’Europe et plus humides dans le bassin méditerranéen.

Dans une économie mondialisée et interconnectée, les répercussions dépassent toutefois les régions directement touchées. Le phénomène peut aussi influer sur la conjoncture européenne et, selon le FMI, de manière plutôt positive à court terme. Les analystes évoquent des effets indirects «surprenants» via l’énergie, le commerce ou encore la construction, susceptibles de soutenir temporairement la croissance.

Bons pour les chantiers

Si l’on suit cette hypothèse, un hiver 2026-2027 globalement plus doux en Europe réduirait la demande en gaz naturel et en électricité pour le chauffage. Une consommation moindre pourrait exercer une pression à la baisse sur les prix de l’énergie, allégeant à la fois le budget des ménages et les charges des entreprises. Un double effet bienvenu dans un contexte de transition énergétique et de tensions persistantes sur les marchés. Une météo plus clémente favorise également la continuité des chantiers dans le bâtiment et les travaux publics. Là où le gel ou la neige interrompent durablement les travaux, des températures modérées permettent de maintenir l’activité, de sécuriser l’emploi et de soutenir l’investissement. Un levier souvent sous-estimé, mais non négligeable pour la croissance locale.

Le FMI relève aussi qu’El Niño a fréquemment un impact positif sur la croissance américaine: moins d’ouragans sur la côte est, de meilleures conditions agricoles dans certaines régions et des hivers moins coûteux sur le plan énergétique. Une économie américaine plus dynamique stimule la demande pour les produits européens. L’Europe, partenaire commercial majeur des États-Unis, peut ainsi bénéficier indirectement de cette impulsion via les échanges transatlantiques.

Prudence

Ces bénéfices restent néanmoins partiels et temporaires. À l’échelle mondiale, El Niño peut provoquer une hausse des prix alimentaires en perturbant les récoltes dans l’hémisphère sud. L’Europe n’est pas totalement à l’abri de ces tensions, notamment à travers le renchérissement des denrées importées.

En définitive, El Niño illustre combien climat et économie sont désormais intimement liés. Sans constituer une «bonne nouvelle», le phénomène rappelle que les chocs climatiques produisent des effets économiques complexes, parfois paradoxaux, et qu’ils doivent être intégrés avec finesse dans les analyses de durabilité et de résilience

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