Une initiative qui constitue une vraie menace

Limiter l'immigration accélérerait le vieillissement de la population.
Limiter l'immigration accélérerait le vieillissement de la population. Photo de Centre for Ageing Better: www.pexels.com/fr-fr/photo/personne-individu-femme-etre-assis-15377736/
Pierre Cormon
Publié lundi 26 janvier 2026
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#Immigration Les conséquences de l'initiative Pas de Suisse à dix millions! ont été examinées par des scientifiques mandatés par la FER Genève. Elles seraient très sérieuses.

C'était un argument politique, c'est maintenant un pronostic scientifique. L'acceptation de l'initiative Pas de Suisse à dix millions!, sur laquelle nous devrions voter le 14 juin, aurait des conséquences très sérieuses pour la Suisse. Non seulement sur le marché du travail, mais aussi sur les finances publiques, le vieillissement de la population ou les assurances sociales. C'est la conclusion à laquelle est arrivée une étude scientifique de l'Université de Genève, l'Institut de recherche appliquée en économie et gestion et le bureau ecosys, mandatés par la FER Genève1.

L'initiative prévoit que, dès que la Suisse atteindra 9,5 millions d'habitants, les autorités devront prendre des mesures empêcher le pays d'atteindre le seuil de 10 millions d'habitants avant 2050. Il n'existe pas mille manières de le faire. Comme il est très difficile d'influencer le taux de natalité ou de mortalité, il ne reste qu'à jouer sur la migration.

Pour y parvenir, il faudrait baisser le solde migratoire de plus de moitié, de quarante-neuf mille à vingt-trois mille sept cents, a calculé le démographe Philippe Wanner. Les initiants proposent notamment de le faire par des mesures restrictives en matière d'asile et de regroupement familial. «Cela ne suffira pas», prédit Philippe Wanner. Les objectifs ne pourront être atteints qu'en restreignant drastiquement l'immigration liée au marché du travail.

Main-d'œuvre en baisse

Or, la Suisse a déjà de la peine à remplir ses besoins en la matière, notamment avec le départ à la retraite des baby-boomers. L'effectif de la population active pourrait diminuer dès 2040, alors que celui de la population retraitée augmenterait. Certains secteurs pourront compenser cette baisse par une hausse de la productivité, mais dans d'autres, comme les soins et services aux personnes, c'est difficile ou impossible, alors même que les besoins en la matière augmenteront.

Les migrants étant généralement jeunes, on se privera aussi de la portion de la population généralement la plus à l'aise avec l'innovation, celle-là même qui peut tirer la productivité vers le haut. «La capacité d'adaptation sera réduite», synthétise l'économiste David Maradan.

Conséquences

Cela aura toute une série de conséquences. L'économie sera moins productive et les rentrées fiscales diminueront, alors que les besoins augmenteront. Une population plus âgée engendre en effet proportionnellement plus de dépenses de santé. Les dépenses à la charge des assurances sociales seront également nettement plus élevées, alors que l'on empêchera ceux qui pourraient contribuer à les financer de s'installer en Suisse. La dette publique augmentera, ainsi que la part des dépenses publiques dans le PIB.

La pression sur le logement diminuera, mais aussi la main-d'œuvre dans le secteur du bâtiment, qui construit ces logements – ce qui pourrait contrebalancer cet effet.

Accords en péril

Et encore le tableau dressé par l'étude est-il optimiste. Elle n'a pas tenu compte d'un effet majeur: la mise en œuvre de l'initiative signifierait très probablement la fin du premier paquets d'accords bilatéraux ainsi que de la participation de la Suisse à ceux de Schengen et Dublin. Les conséquences économiques seraient massives. «Les résultats de l'étude ne laissent aucune place au doute», conclut Ivan Slatkine, président de la FER Genève. «Cette initiative représente une menace pour la Suisse. Elle détruirait le système sur lequel sa prospérité est basée, estime la FER Genève. Que propose-t-elle en échange? «Rien», répond Arnaud Bürgin, directeur général de la FER Genève. «Sans l'apport de travailleurs européens, nos hôpitaux manquent d’infirmières et de médecins, les transports publics manquent de personnel, les chantiers ralentissent ou s’arrêtent, les restaurants ferment plus tôt, les hôtels réduisent leurs capacités, l’agriculture peine à récolter.»

A chacun de choisir si c'est dans cette Suisse-là qu'il veut vivre.

1Examen des conséquences démographiques, économiques et sur l'environnement d'une limitation à 10 millions d'habitants, 9 janvier 2026.

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