«Il manquera quelque trois cent mille actifs en Suisse en 2035»
Marco Taddei.
Union patronale suisse
Daniella Gorbunova
Publié lundi 24 novembre 2025
Lien copié
#Professions libérales
Marco Taddei, responsable du secteur Affaires internationales de l'Union patronale suisse apporte un éclairage sur les résultats d'une étude de l’Union suisse des professions libérales.
Marco Taddei, on dit que le problème de main-d'œuvre qualifiée dans les professions libérales ne date pas vraiment d’hier, en Suisse. Pourquoi cette étude maintenant?
La décision de faire une grande étude à ce propos a été prise en 2023 déjà. Ce problème de manque de main-d'œuvre bien formée, les professions concernées nous en parlent depuis un certain temps déjà. C’est une question peu traitée dans les médias, ainsi que dans les parlements: nous voulions donc enfin prendre la peine de mieux cerner et quantifier cette pénurie. Et de communiquer, aux politiques comme au grand public, le fait que c’est un vrai problème, qui est là pour durer au moins jusqu’en 2035, voire au-delà.
Comment en est-on arrivés là? Avocat, médecin, architecte... Ce sont des professions plutôt très attractives, non?
Ce problème de pénurie a, en réalité, une dimension démographique. C’est la faute au vieillissement de la population, peut-on dire. C’est un problème structurel plutôt que conjoncturel. Il y a une sorte de renversement historique, en Suisse, qui date de 2018-2019, lorsque, pour la première fois, la courbe des personnes qui quittent le marché du travail en prenant leur retraite et la courbe des jeunes qui entrent sur le marché du travail se croisent. À partir de là, chaque année, il y a davantage de personnes qui quittent le marché du travail que de personnes qui y entrent. C'est aussi simple que ça, c'est mathématique. Ainsi, il manquera quelque trois cent mille actifs en Suisse en 2035.
En plus de ce problème démographique, y a-t-il d’autres facteurs qui rendent ces professions libérales moins attractives aujourd'hui?
À la cause démographique viennent en effet s'ajouter d'autres éléments spécifiques aux professions libérales: les charges administratives de plus en plus lourdes, la difficulté de trouver un équilibre entre vie familiale et vie professionnelle, et aussi la question des tarifs. Tout ça fait qu'aujourd'hui, nos professions, de manière générale, sont moins attractives que par le passé.
Pourquoi ne pas simplement importer plus de talents de l'étranger, pour pallier cette pénurie?
Il y a le problème de la reconnaissance des diplômes. C'est un des traits caractéristiques des professions libérales. Le président de la Société suisse des médecins-dentistes atteste par exemple du fait qu'il y a une prolifération de dentistes qui n'ont pas les prérequis, les diplômes, ou qui ont été interdits d’exercer à l’étranger, et qui essaient de pratiquer tout de même en Suisse. Parfois avec succès. C'est une catastrophe. Donc on doit privilégier malgré tout les gens qui sont formés chez nous, dans nos excellentes universités.
Les professions libérales sont-elles plus touchées par un manque de main-d'œuvre que d'autres secteurs?
Je ne sais pas si elles le sont plus, mais ce que nous constatons, c’est que ces métiers ont beaucoup de peine à recruter rapidement aujourd’hui. Plus de la moitié des postes dans les professions libérales, environ 60%, restent inoccupés pendant six mois. Pour tout le reste de l'économie, en moyenne, il faut quarante-trois jours pour pourvoir un poste, et c'est déjà beaucoup. Ce que cela signifie pour un cabinet d’avocats, de médecins, de physiothérapeutes: des heures supplémentaires, des horaires à rallonge.
En autorisant les services tiers, vous acceptez le dépôt et la lecture
de cookies et l'utilisation de technologies de suivi nécessaires à leur
bon fonctionnement. Voir notre politique de confidentialité.