#USPL
Dans le domaine médical, plus de 71% des professionnels considèrent le manque de personnel qualifié comme un problème majeur.
Dans le domaine médical, les chiffres donnent le vertige. Plus de 71% des professionnels considèrent le manque de personnel qualifié comme un problème important ou majeur. Plus de la moitié des postes médicaux restent vacants pendant au moins six mois. Plus inquiétant encore: 70% des professionnels de santé estiment que le nombre de diplômés formés en Suisse est insuffisant pour répondre aux besoins. Michel Matter, ophtalmologue-chirurgien et président de l'Association des médecins du canton de Genève, identifie un coupable: la clause du besoin, qui limite le nombre de médecins autorisés à s'installer et à facturer dans une région donnée. «La clause du besoin est aujourd'hui imposée de façon drastique à toutes les spécialités, sauf pour la médecine interne générale, la pédiatrie et la pédopsychiatrie. C'est national, mais en Suisse, c'est Genève qui l'impose le plus», dénonce-t-il.
Changement de culture
En médecine de premier recours, soit les médecins généralistes et pédiatres, qui constituent le premier contact des patients avec le système de santé, la crise s'accentue. «Cette pénurie vient de plusieurs éléments. D'abord, parce que les étudiants en médecine ont plutôt tendance à aller vers les spécialités», explique Michel Matter. «Aussi, aujourd'hui, il est plus difficile de remettre un cabinet, parce que les jeunes médecins préfèrent souvent aller dans des centres médicaux ou s'installer à plusieurs. Cela leur semble plus simple que de gérer la vie d’indépendant et toutes les contraintes qui viennent avec.» Il constate aussi le changement de culture du travail. «Ce n'est certainement plus comme à l'époque où j'ai débuté, où on faisait facilement 60, 70, 80 heures par semaine, sans trop broncher.»
Il reconnaît que certaines réalités entrepreneuriales rebutent de plus en plus: «Lorsqu’on est un médecin qui a son cabinet, on est un employeur comme un autre. On a des charges, beaucoup d’administratif à gérer. C'est le même problème que tous les autres indépendants. Et puis il y a un risque financier, quand on se lance à son compte, bien sûr», souligne Michel Matter.
Mais, pour Michel Matter, la Genz Z et les millenials apportent aussi, avec leurs nouvelles habitudes au travail, des changements bienvenus, comme une meilleure coordination des soins. «Ma génération était beaucoup plus du genre à fonctionner en silos: les médecins, le physiothérapeute, etc., chacun était un petit peu dans son coin. Aujourd'hui, il y a de plus en plus la notion de réseaux, pour travailler ensemble pour le bien du patient et un meilleur échange des informations», se réjouit-t-il. Il compte aussi sur les jeunes pour rattraper le «retard numérique» dans le milieu médical. «Au niveau du dossier électronique du patient, la Suisse est en retard.» Il mise sur le fait qu’une génération bien plus connectée que ses prédécesseurs en fera une priorité dans les années à venir. Il finit sur une note positive: du boulot, en médecine, il y en aura toujours. «Dans les dix à quinze ans qui viennent, il y aura énormément de travail. La population vieillit à vitesse grand V. Avec son aisance en termes de technologies, on a une génération qui a les armes pour faire face à ce défi.»
En autorisant les services tiers, vous acceptez le dépôt et la lecture
de cookies et l'utilisation de technologies de suivi nécessaires à leur
bon fonctionnement. Voir notre politique de confidentialité.