200 francs, ça suffit!: «Il n’y aurait que des perdants»

Victoria Marchand, éditrice de Cominmag.
Victoria Marchand, éditrice de Cominmag. Photo Cominmag
Propos recueillis par Flavia Giovannelli
Publié mardi 20 janvier 2026
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#Redevance Victoria marchand, l’éditrice de Cominmag, livre son regard d’experte sur le projet soumis au vote le 8 mars.

Qu’impliquerait un oui à l'initiative 200 francs, ça suffit!?

Les effets seraient dévastateurs. Avec moins de moyens, la SSR serait contrainte de réduire fortement son offre de contenus et par conséquent son audience. À terme, cela entraînerait une fuite des revenus publicitaires vers l’étranger, au profit des GAFA - les géants du web américains: Google, Apple, Facebook et Amazon et des plateformes de streaming. Sur le plan de la publicité, les médias privés suisses ne bénéficieraient pas ou très marginalement de l’affaiblissement des chaînes nationales.

Cela toucherait-il aussi l’emploi et un savoir-faire unique?

Ce serait malheureusement inévitable. Selon les chiffres disponibles, au moins deux mille quatre cents postes seraient menacés à la SSR, soit environ de sept cents à huit cents en Suisse romande, sans compter les conséquences pour l’ensemble de l’écosystème audiovisuel suisse. Un équivalent plein temps à la SSR, c’est un équivalent plein temps dans le marché privé. L’impact global en suisse romande serait de plus de mille postes de travail.

Avec une redevance affaiblie, il n’y a plus de cinéma suisse et beaucoup moins de production sportive. Qui soutiendrait alors les événements régionaux?

Certainement pas les GAFA, ni les médias étrangers. La SSR demeure un instrument unique, offrant une couverture médiatique adaptée au public suisse. C’est un service public dans le sens noble du terme. On l’a vu, par exemple, dans le professionnalisme et la dignité du traitement de la catastrophe de Crans-Montana, en contraste avec celui de certains médias internationaux. S’en priver reviendrait à renoncer définitivement à un atout majeur, pour des motifs que je peine à comprendre.

Vous estimez que les médias paient le prix fort?

Oui. Ces dernières années, le monde des médias a été régulièrement pris pour cible. Et le moment est particulièrement mal choisi, entre la montée en puissance de l’intelligence artificielle et un climat général marqué par la polarisation et les tentatives de désinformations massives. L’objectif affiché de l’initiative manque sa cible: on prétend préserver le pouvoir d’achat des ménages suisses. En réalité il s’agit d’une économie réelle de 8,30 francs par mois et par ménage, soit vingt-sept centimes par jour, mais avec des impacts catastrophiques pour l’économie régionale. Privée de cette ressource, la SSR ne serait plus en mesure d’assurer sa mission, qui reflète pourtant parfaitement le fédéralisme suisse. Jusqu’à présent, les minorités linguistiques et régionales, ainsi que le monde de la culture et du sport, bénéficient de la péréquation financière solidaire de la SSR. Dans la presse écrite, le pouvoir décisionnel est déjà largement concentré outre-Sarine. Si l’on y ajoute une redevance amoindrie, les Suisses romands, notamment, disparaîtraient encore davantage du paysage médiatique.

En résumé, les enjeux dépassent une simple question d’économie?

Clairement. Il s’agit d’une attaque frontale du système, avec des effets en cascade, à commencer par la disparition irréversible d’un savoir-faire audiovisuel patiemment construit. Au final, les Suisses paieraient plus cher leur accès aux contenus, à travers des abonnements à des plateformes comme Netflix ou en se rabattant sur les réseaux sociaux, avec toutes les dérives que cela implique.

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