Votation du 8 mars 2026: le service public en cause

Initiative populaire 200 francs, ça suffit!: le modèle du service public dans un pays fédéral serait remis en question.
Initiative populaire 200 francs, ça suffit!: le modèle du service public dans un pays fédéral serait remis en question.
Flavia Giovannelli
Publié mardi 20 janvier 2026
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#Redevance L’initiative 200 francs, ça suffit!, déposée par l’UDC, vise la SSR, mais concerne plus largement l’ensemble du paysage médiatique suisse.

Quelle est la valeur d’une offre journalistique couvrant toutes les régions du pays, portée par des médias publics nationaux? C’est à cette question que devra répondre le peuple suisse le 8 mars 2026, appelé à se prononcer sur l’initiative populaire 200 francs, ça suffit! Le texte entend faire passer la redevance radio-TV de trois cent trente-cinq francs à deux cents francs par an.

L’initiative a été largement rejetée par le parlement. Le Conseil fédéral, soucieux de soulager les ménages dans un contexte économique tendu, a toutefois décidé en juin 2024 d’abaisser progressivement la redevance à trois cents francs d’ici à 2029. Il a également annoncé qu’aucune nouvelle concession ne serait accordée à la SSR avant la votation. La concession actuelle a donc été prolongée jusqu’à fin 2028.

Lancée en décembre, la campagne - tant du côté des initiants que des opposants - peine encore à trouver son rythme en ce début d’année. Le débat n’est pas inédit: en 2018, l’initiative No Billag avait déjà tenté de supprimer la redevance, avant d’être nettement rejetée par le peuple.

La qualité a un prix

Le comité d’initiative, composé majoritairement de représentants de l’UDC, des jeunes libéraux-radicaux et de l’Union suisse des arts et métiers, avance plusieurs arguments. Il évoque un prélèvement jugé trop lourd pour les ménages en période d’inflation, ainsi qu’une «double peine» pour les entreprises.

Ces dernières sont en effet aussi assujetties à la redevance, sous certaines conditions, alors même que les particuliers y sont soumis indépendamment du mode de réception ou de consommation des programmes (antenne, câble, satellite, internet ou téléphone mobile). Un argument qui aurait pu trouver un certain écho si l’ordonnance fédérale n’avait pas prévu une exonération pour les entreprises réalisant moins de 1,2 million de francs de chiffre d’affaires.

Dès 2027, environ 80% des entreprises assujetties à la TVA ne paieront ainsi plus la redevance. Selon les projections officielles, la SSR devrait percevoir environ 1,2 milliard de francs en 2029, soit près de 120 millions de moins qu’aujourd’hui.

Effets en cascade

Le front du non rassemble à ce stade une large majorité de partis politiques, des défenseurs d’une information de qualité - dont la FER Genève - ainsi que des milieux culturels, sportifs et des prestataires de la SSR. Pour ces acteurs, l’offre audiovisuelle et numérique du média public reste sans équivalent en termes de rapport qualité-prix.

«Quelle autre entreprise est capable de fournir quatorze chaînes de radio, neuf chaînes de télévision, une information continue dans toutes les langues nationales et une présence active sur les réseaux sociaux?», interroge le conseiller aux États Baptiste Hurni.

Jusqu’à récemment présidente de la Commission des télécommunications, la conseillère aux États valaisanne Marianne Maret a suivi de près les dossiers médiatiques ces dernières années. Elle exprime une inquiétude majeure: celle d’une lente érosion de la couverture médiatique en Suisse romande.

«Il serait temps que les cantons romands fassent front commun. J’ai vu une frange de parlementaires fédéraux s’élever contre tout soutien aux médias en général», déplore-t-elle. Selon elle, c’est le modèle même du service public dans un pays fédéral qui serait remis en question. «Si la SSR perd la moitié de ses moyens, nous en serons les premières victimes.»

Une telle réduction aurait des conséquences directes sur la cohésion nationale et sur l’offre médiatique des régions périphériques et linguistiquement minoritaires. Le romanche et l’italien seraient particulièrement touchés, au détriment de la diversité culturelle et de l’équilibre fédéral. Sans avancer de chiffres précis, Marianne Maret se réfère à une étude publiée en 2024 par le centre de recherche BAK Economics. «Tout dépendrait de la nature des coupes, dans les programmes ou ailleurs, mais chacun peut comprendre que 50% de moyens en moins impliquent inévitablement des licenciements», souligne-t-elle. La conseillère aux États met également en garde contre un risque accru de désinformation et d’influences étrangères dans un contexte de fragilisation du service public.

Autre idée reçue régulièrement avancée: «je ne veux pas payer pour un service que je n’utilise pas, puisque je ne regarde pas la télévision». Un raisonnement que Marianne Maret invite à nuancer. «En discutant, beaucoup admettent finalement écouter la radio publique - souvent la RSR - sans toujours faire le lien avec la redevance», relève-t-elle.

Enfin, des effets en cascade pourraient aussi toucher l’offre internationale. La plateforme d’information SWI swissinfo.ch, financée à la fois par la SSR et par des fonds publics dans le cadre de son mandat à l’étranger, verrait son rôle affaibli. Une réduction budgétaire stricte pourrait également fragiliser des partenariats culturels majeurs, tels que TV5 Monde ou 3sat, ainsi que des offres numériques comme Play Suisse ou Tataki.

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