Baisse de la redevance: producteurs indépendants inquiets

Winter Palace, première série suisse coproduite par PointProd et Netflix.
Winter Palace, première série suisse coproduite par PointProd et Netflix. PointProd
Flavia Giovannelli
Publié mardi 20 janvier 2026
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#Audiovisuel Les acteurs romands de l’industrie audiovisuelle se mobilisent mobiliser pour combattre l’initiative qui sera soumise au vote populaire le 8 mars prochain.

La plupart des téléspectateurs romands ont, au moins une fois, regardé une production signée PointProd, comme la fiction Quartier des Banques, qui entame sa troisième saison, ou Cirque Blanc, consacré aux secrets de la réussite du ski suisse et au parcours de Marco Odermatt.

La société genevoise est à l’origine de dizaines, voire de centaines de contenus qui font les beaux soirs de la RTS, mais aussi de diffuseurs étrangers. Un succès qui repose pourtant sur un équilibre fragile, souvent méconnu du grand public: un véritable «petit miracle à la suisse».

David Rihs est une figure bien connue du paysage médiatique romand. Après avoir présenté le téléjournal du soir sur la RTS, il choisit l’indépendance en 1996 pour pouvoir développer des projets de l’idée initiale jusqu’à la production finale. Avec ses associés, il développe une société, devenue aujourd’hui un groupe audiovisuel et digital dans un espace de deux mille mètres carrés à La Praille, doté de toutes les infrastructures nécessaires, dont un studio de production. Dans ce hub indépendant loge aussi la chaîne genevoise Léman Bleu.

«Nos activités sont culturelles, mais avec un fort impact et des conséquences économiques», souligne-t-il. «Notre financement repose à la fois sur des sources publiques – le Pacte de l’audiovisuel de la SSR et les aides de l’Office fédéral de la culture et de la Fondation Romande pour le Cinema – et sur des fonds privés, en Suisse et à l’étranger. Cet ensemble constitue un socle équilibré, mais fragile, qui pourrait être remis en cause en cas de baisse de la redevance.»

Dans un pays dont le marché audiovisuel national est déjà de taille modeste, la Suisse romande évolue dans un territoire encore plus restreint. À cette réalité s’ajoute la nécessité de proposer une offre en trois langues. Le défi est donc considérable: répondre à des attentes élevées avec des moyens limités, tout en assumant des coûts fixes structurellement élevés. Proposer une palette de contenus compétitifs pour le nouveau marché des plateformes et pour la SSR suppose un savoir-faire de très haut niveau et une maîtrise fine des métiers, afin d’optimiser chaque solution. L’une des activités clés de PointProd consiste dès lors à «boucler un tour de table» à partir d’une idée, en allant chercher des partenaires financiers à l’étranger. «Lorsqu’un projet est prêt, nous le présentons à des partenaires lors de pitching internationaux ou des festivals. Le fait que la SSR s’engage, en tant que diffuseur public, constitue un socle nécessaire pour convaincre d’autres coproducteurs», explique David Rihs.

Winter Palace, plus qu’une vitrine

C’est selon cette logique qu’a été développée Winter Palace, première série suisse coproduite par Netflix. Une fierté pour la PME genevoise, consciente qu’il aurait été impossible autrement d’attirer le géant du streaming autour d’une série historique consacrée aux débuts de l’hôtellerie de luxe en Suisse. Le succès de Winter Palace repose notamment sur un important travail d’archives, mené avec des conseillers et experts historiques, dans un souci constant d’authenticité. Décors et costumes ont ainsi été reconstitués à partir de plus de dix mille photographies de la Belle Époque. La série met également en lumière de nombreux métiers dans les Alpes suisses: hôteliers, cuisiniers, personnel de service, artisans locaux – comme les fabricants de couteaux – sans oublier l’aristocratie et les premiers touristes d’hiver, sur fond d’innovation et de développement du tourisme.

Dans un registre très différent, PointProd a également réalisé récemment La Fraternité, une fiction documentaire consacrée au drame de l’Ordre du Temple solaire, la secte à l’origine de la mort de dizaines de personnes à Salvan. Là encore, le projet s’appuie sur des archives et des témoignages inédits, avec un montage qui a permis une diffusion sur RTS Play, en coproduction avec le groupe Canal Plus. «Si demain l’initiative 200 francs, ça suffit! est acceptée, cela asséchera non seulement les financements de la SSR, mais aussi tous ceux qui en découlent. Cela aura des conséquences sur l’ensemble de l’écosystème et sur tous les emplois qui y sont liés.», résume David Rihs.

Alors que le compte à rebours avant le 8 mars est lancé, PointProd entend s’engager activement contre cette initiative. En Suisse romande, région particulièrement exposée en raison de la taille modeste de son bassin culturel, de nombreuses entreprises œuvrent dans la production audiovisuelle. De petite taille, elles jouent pourtant un rôle essentiel sur le territoire, chacune avec ses spécialités. Dans un esprit de solidarité, les quatre-vingts membres de l’Association romande de la production audiovisuelle se disent déterminés à défendre un métier exigeant, dont la fragilité est trop souvent sous-estimée.

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