Face aux catastrophes alpines, les petites mesures comptent
Markus Stoffel est en charge de la nouvelle chaire liée à la prévention des catastrophes. Un rôle de terrain.
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Flavia Giovannelli
Publié jeudi 17 septembre 2026
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#Risques naturels
L’Université de Genève vient de lancer une nouvelle chaire pour renforcer ses recherches sur un sujet malheureusement brûlant.
À Grächen, au coeur de la vallée de Zermatt, coule un torrent,
le Ritigraben. Une vision idyllique des Alpes, mais qui peut
devenir menaçante après un été de canicule. C’est là que,
début septembre, une équipe menée par Markus Stoffel,
spécialiste des dangers naturels, a accueilli la presse.
«Ce cours d’eau est emblématique, car il produit très souvent
des laves torrentielles, environ tous les trois ou quatre ans. Je
l’étudie depuis plus de vingt-cinq ans», raconte-t-il. Plus de
127 événements de ce type y ont été recensés et documentés
depuis 1570, permettant d’établir l’une des plus longues
séries de données au monde consacrées à ces phénomènes.
La nature même du Ritigraben a permis ce travail de mémoire.
Les chercheurs ont notamment effectué des carottages
dans les troncs des mélèzes et des épicéas qui bordent le
torrent. Les cernes des arbres ont ainsi permis de confirmer
la datation et la récurrence des phénomènes.
Aujourd’hui, le site a été choisi comme l’un des terrains
privilégiés de la nouvelle chaire de l’Université de Genève
consacrée aux risques naturels en montagne. Dirigée par
Markus Stoffel, celle-ci bénéficie du soutien du Fonds AXA
pour le Progrès humain.
Pourquoi s’intéresser autant à ces catastrophes? Certainement
pas pour en rester à la théorie. Plus les chercheurs
comprennent ce qui se joue dans les régions alpines, mieux
ils peuvent identifier les risques susceptibles d’avoir de
lourdes conséquences humaines et économiques.
Sélectionné le jour de la catastrophe de Blatten
L’histoire de cette nouvelle chaire commence lorsque
Markus Stoffel décide de soumettre un projet à un appel
à candidatures d’AXA. «Très peu de projets consacrés aux
risques naturels avaient été retenus jusque-là. Je me suis dit
qu’il fallait tenter notre chance et l’Université de Genève a
soutenu mon idée. Nous avons appris, le 28 mai 2025, que
nous avions été sélectionnés parmi plusieurs centaines de
candidatures. Le même jour avait lieu la catastrophe de
Blatten.» Ces dernières années, la répétition de catastrophes
dans les régions alpines a mis en évidence la fragilité de ces
territoires. Markus Stoffel refuse toutefois la fatalité et la
tentation d’attribuer chaque événement au seul changement
climatique. Selon lui, l’urgence consiste d’abord à récolter
des données, à croiser les informations et à déterminer où
se situent les enjeux les plus critiques, notamment selon
l’altitude. La nouvelle chaire se concentrera en particulier
sur les laves torrentielles et leurs conséquences en Suisse,
en France, en Autriche, en Allemagne et en Italie.
Elle s’appuiera sur deux décennies d’expérience et combinera
observations de terrain, télédétection et modélisation
afin de mieux comprendre où et quand les versants
cèdent, jusqu’où se propagent les coulées destructrices et
quels peuvent être leurs effets sur les populations et les
infrastructures critiques.
Donner les outils de gouvernance
Ces questions de prévention et de gouvernance concernent
les pouvoirs publics, mais aussi les particuliers. «Les mesures
organisationnelles peuvent réduire le risque sans
modifier directement le torrent ou la route par un ouvrage
permanent. Elles reposent sur la surveillance, des seuils de
décision définis à l’avance et une action rapide — par exemple
activer un feu rouge et fermer la circulation lorsqu’une lave
torrentielle menace la route. Elles complètent les mesures
techniques, comme un bassin de rétention ou des ouvrages
de protection», souligne Markus Stoffel.
Dans certains cas, des travaux publics de plus grande ampleur
restent nécessaires, comme la construction de digues ou
d’ouvrages de retenue. Face à des investissements pouvant
atteindre plusieurs dizaines de millions de francs, les communes
doivent être en mesure d’anticiper et de planifier.
D’autres solutions existent. «En Suisse, nous sommes sans
doute parmi les leaders en matière de prévention des catastrophes
alpines. Nous misons sur une approche globale,
qui ne repose pas uniquement sur le béton pour contenir les
phénomènes naturels, mais aussi sur les forêts protectrices
et sur des mesures organisationnelles.»
En d’autres termes: mieux vaut anticiper que réparer. «Commettre
deux fois la même erreur, par exemple reconstruire
sans rien changer sur un site déjà touché ou trop exposé,
est impardonnable.»
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