#Matériau
Le CFUP est surtout utilisé pour protéger les parties des plus exposées des ouvrages d'art. La Suisse est en pointe mondiale.
Les automobilistes qui passent par le viaduc de Chillon savent rarement qu'ils roulent sur l'un des premiers ouvrages d'art ayant fait recours à un matériau composite ultrarésistant. Il s'agit du CFUP, développé à l'EPFL (prononcer «cé-fup», pour composite cimentaire fibré ultra-performant).
«Le matériau lui-même a été inventé par un chercheur en ciment danois, dans les années 1980», explique Eugen Brühwiler. «Nous l'avons adapté aux composants locaux et avons optimisé le mélange pour limiter ses émissions de CO2». Une vingtaine de thèses de doctorat lui ont été consacrées, et des méthodes de mise en œuvre ont été développées avec des entreprises.
Le CFUP (anciennement appelé BFUP) est aujourd'hui couramment utilisé pour la maintenance du réseau autoroutier suisse, ainsi que dans d'autres pays à travers le monde. «Pour les ouvrages construits avant les années 1980, une intervention importante est souvent nécessaire après 40 à 50 ans de servic », explique Marina Kaempf (la fréquence exacte varie en fonction de facteurs tels que la fréquence des cycles de gel-dégel ou l'exposition aux sels de déverglaçage).
En renfort
Ce sont les parties supérieures, les plus exposées, qu'on recouvre d'une couche de protection en CFUP. «Le béton armé, à l'intérieur des structures, fonctionne bien du point de vue mécanique», explique Eugen Brühwiler. « Les surfaces extérieures en CFUP le protègent. C'est le même principe que l'on retrouve sur les arbres, avec l'écorce, ou sur les pales d'éoliennes, qui utilisent un matériau plus résistant à l'extérieur. » L'Office fédéral des routes, qui gère le réseau, ne favorise pas un matériau ou un autre. C'est aux mandataires de proposer des solutions en fonction de l'appel d'offres. Les caractéristiques du CFUP lui permettent cependant de faire souvent partie de l'offre retenue. Il a été employé sur plus de cinq cents ouvrages en Suisse – ce qui en fait le pays en pointe au niveau mondial. Un petit écosystème s'est formé autour, dans lequel les anciens élèves d'Eugen Brühwiler jouent un rôle significatif. « Des mandataires, des fabricants et des entreprises maîtrisent très bien l'emploi de ce matériau », estime Malena Bastien Masse, professeure associée à l'HEPIA, responsable de la filière génie civil.
Fort potentiel
L'entreprise Walo Bertschinger SA produit ainsi entre 500 et 3000 mètres cubes de CFUP par an, selon la demande. Il est principalement utilisé dans le génie civil», précise l'entreprise. «Il recèle un fort potentiel pour l'avenir.» Le CFUP a aussi ses inconvénients. «Il est beaucoup plus difficile à mettre en œuvre et ne peut pas être commandé aussi facilement que du béton», remarque Walo Bertschinger. Sa robustesse est aussi un défi. «Il n'est facile, ni de fixer d'autres éléments sur ce matériau, ni d'inspecter le béton qui se trouve en-dessous», remarque Denis Clément.
Cas par cas
Quoi qu'il en soit, «il faut examiner dans chaque cas quel est le matériau le plus approprié et ne se priver d'aucun d'entre eux», conclut Malena Bastien Masse. Un autre pays fait un large usage du CFUP: la Chine. L'utilisation y a été sextuplé entre 2019 et 2024. L'escalier du Grand Opéra de Sanghai, qui s'élève en éventail, a été construit avec ce matériau.
En autorisant les services tiers, vous acceptez le dépôt et la lecture
de cookies et l'utilisation de technologies de suivi nécessaires à leur
bon fonctionnement. Voir notre politique de confidentialité.