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G7: indemniser ceux qui ont fait le choix de la prudence

Pierre Cormon Journaliste Publié vendredi 03 juillet 2026

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Dès le lendemain du G7, nombreux sont ceux qui avaient leur opinion prête à dégainer. 
Pour certains, on était tombé dans la paranoïa, avec cette ville barricadée qui n’avait connu que des dégâts somme toute limités. Pour d’autres, la menace était réelle, mais la police avait fait le nécessaire pour la neutraliser. De nombreux éléments penchent en faveur de cette hypothèse, en particulier les saisies réalisées par la police et la présence de nombreux casseurs lors du cortège. Ils auraient sans doute été heureux de causer davantage de dégâts si on leur en avait laissé la liberté.
L’essentiel, cependant, n’est pas là. Comme au football, il est toujours facile de défendre une opinion 
a posteriori, sur les raisons qui ont conduit telle équipe à gagner ou à perdre. Les entreprises, elles, ont dû effectuer des choix à l’aveugle, avant l’événement, alors que personne ne savait vraiment comment il allait se dérouler.
Certaines ont choisi de ne pas se protéger, et on se félicite que cela leur ait réussi. D’autres ont opté pour la prudence, et c’est compréhensible. La situation état asymétrique. Se barricader a un coût, certes, mais il était connu et plafonné. Les coûts d’un saccage, en revanche, sont aléatoires, mais potentiellement illimités, et ne se chiffrent pas forcément qu’en francs. Un magasin de motos avait par exemple été incendié en 2003. Le commerçant avait perdu son stock de pièces détachées rares, constitué au cours de longues années. Le choix était difficile. 
Les assurances avaient annoncé qu’elles n’entraient pas en matière pour les dégâts non couverts, comme elles l’avaient fait, à bien plaire, en 1998. Et surtout, il dépassait de loin les aléas du risque économique ordinaire. Ce risque-ci avait été créé de toutes pièces par la décision de tenir le G7 à Evian-les-Bains et d’utiliser Genève comme vitrine de la contestation. 
Le canton en est bien conscient, puisqu’il a voté une garantie de six millions de francs pour couvrir les dégâts qui risquaient d’être occasionnés aux entreprises.
Si même les autorités ont estimé que le risque était à tel point crédible qu’il méritait une loi, elles ne peuvent se détourner de ceux qui, avec des moyens d’analyse bien moindres, ont fait confiance à son appréciation. En effet, les commerces, les restaurants, les banques ont préféré limiter leur perte à un montant connu que de risquer le tout ou rien. 
Il est donc juste que le solde des six millions soit réaffecté pour les dédommager. «La loi votée ne le permet pas», 
a répondu le canton. C’est exact, et c’est pourquoi elle doit être amendée. Il s’agit simplement d’adapter le dispositif en fonction des expériences. Ce qu’on devrait toujours faire, somme toute.