Quand les tomates donnent leur avis sur le travail des maraîchers (tomates 1 sur 2)
Pierre Cormon
Publié lundi 17 août 2026
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#Agriculture
Une startup vaudoise capte les signaux émis par les plantes pour comprendre leurs besoins. Le Domaine des Mattines, à Genève, est un utilisateur convaincu.
Et si ce n’étaient plus les maraîchers qui déterminaient quand les cultures ont besoin d’être arrosées ou traitées, en surveillant l’humidité du sol, l’état des feuilles ou l’ensoleillement? Si c’étaient les plantes elles-mêmes qui, à la place, déclenchaient directement l’irrigation, commandaient de l’engrais ou un produit phytosanitaire quand elles en ont besoin, sans intervention humaine?
Ce scénario, aussi futuriste qu’il puisse paraître, n’a rien d’utopique. La startup vaudoise Vivent Biosignals a développé une technologie permettant de capter les signaux émis par les plantes dans les situations de stress et de les interpréter (lire ci-dessous). «Elle traduit, en quelque sorte, leur langage en français», illustre Jeremy Blondin, maraîcher qui dirige le domaine des Mattines, à Perly (GE). Si on se repose encore sur l’humain pour décider des mesures à prendre, ce ne sera pas forcément toujours le cas.
Vue plongeante
Le Domaines des Mattines, un des principaux producteurs de tomates suisses, utilise cette technologie depuis plusieurs années dans ses serres. Le poste de pilotage de l’exploitation offre une vue plongeante sur l’une d’elles. Pas besoin de descendre pour savoir comment les plants de tomates se portent: les informations captées sur un échantillon d’entre eux s’affichent en permanence sur une interface Web. Dès que les valeurs s’écartent des cibles, les exploitants prennent l’action qui convient: modifier l’éclairage, la température, irriguer…
«Le grand avantage du système, c’est que nous pouvons vérifier si que ce que nous faisons convient aux cultures», commente Jeremy Blondin. «Il nous permet aussi de tester des modifications, comme changer les heures d’arrosage, et voir précisément comment les plants de tomates réagissent.»
Cette technologie, combinée à d’autres améliorations, a permis au Domaine des Mattines de diminuer la consommation d’eau et d’engrais de 10 à 20% en quelques années. «Nous ne pourrions plus nous en passer», ajoute l’exploitant.
Vergers
Jeremy Blondin veut maintenant utiliser la technologie dans des vergers – essentiellement constitués de pommiers. «Les serres sont des milieux très contrôlés (lire ci-dessous), dans lesquels la marge de progression est limitée», commente-t-il. «Elle est bien plus grande dans un verger, en plein air, mais nous y avons aussi moins de possibilités d’intervention. Nous ne contrôlons pas le climat extérieur comme celui de la serre».
Et si l’on se passait d’intervention humaine? Si les signaux émis par les plantes déclenchaient automatiquement les actions telles que l’irrigation ou l’apport de nutriments? Les pantes ne se comporteront-elles pas comme des humains qui, ayant accès à un open bar, ont tendance à boire plus que de raison?
Vivent Biosignals mène des essais pour tester cette approche. Ils portent pour le moment sur l’irrigation de cultures telles que les tomates ou les fruits rouges. «Les premiers résultats sont bons», indique Carrol Plummer, cofondatrice de l’entreprise. «Les plantes ne demandent pas plus d’eau que ce dont elles ont besoin». Le système devrait être au point en 2028.
Le Domaine des Mattines attendra avant de l’adopter. «Nous ne sommes pas prêts à faire le pas», répond Jeremy Blondin. «Nous avons besoin de plus de recul; l’enjeu est trop important.» Les maraîchers peuvent souffler: les tomates ne leur prendront pas tout de suite leur travail.
Comment on «écoute» les plantes
L’agriculture de précision mesure habituellement des paramètres dans l’environnement (humidité du sol, température…) et en déduit ce dont la plante a besoin. Vivent Biosignal, pour sa part, «écoute» directement ce que la plante en «dit», à l’aide de capteurs insérés dans ses tissus. Plutôt que d’indiquer «le sol est sec, il faut irriguer», cette technologie constate: «la plante émet des signaux de soif, il faut l’irriguer.»
Une plante émet en permanence des micro-signaux électriques en réponse à différents stimuli (lumière, contact physique, chaleur, pathogènes, température, nutriments…). «Nous savons à en reconnaître plusieurs dizaines», remarque Carrol Plummer, cofondatrice de l’entreprise. Vivent Biosignals le fait par le biais d’une intelligence artificielle, qui analyse les montagnes de données récoltées par les capteurs.
Langue unique
La technologie s’applique à des cultures aussi différentes que les pommes de terre, les tulipes, les tomates, les pommes ou les bananes. Les plantes «parlent» plus ou moins la même langue: l’intelligence artificielle ayant appris à reconnaître le signal de la soif chez la tomate saura le reconnaître chez une laitue.
Des essais ont été menés dans des centres de recherches indépendants, comme Tomato World, aux Pays-Bas, pays à la pointe de la recherche agronomique. Cette technologie permet de diminuer la consommation d’eau et d’engrais dans des proportions se chiffrant en dizaines de pourcents, ont-ils conclu.Vivent Biosignal travaille maintenant à élargir son vocabulaire, notamment en identifiant les signaux liés à certains ravageurs (mildiou, pucerons…). Les plantes commencent à les émettre bien avant que les effets ne soient visibles. Les reconnaître permet au cultivateur d’intervenir beaucoup plus tôt, avant que le pathogène ne se développe.
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