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GEO: le nouvel Eldorado de l’attention, terrain de chasse de Genezio

Mirel Bran Publié lundi 02 mars 2026

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Vous tapez une question sur votre smartphone et Google ne vous aligne plus dix liens bleus. Il vous donne désormais une réponse clé en main générée par l’intelligence artificielle (IA). Fini la chasse au clic, place à l’ère de la «citation divine». Le SEO (Search Engine Optimization), ce vieux moteur de la visibilité en ligne, cale. Le GEO (Generative Engine Optimization) prend le relais. Au cœur de cette mutation, un entrepreneur roumain joue les éclaireurs: Andrei Pitis, fondateur de Genezio. Le principe du GEO est simple: il ne s’agit plus de séduire un algorithme de classement, mais une IA conversationnelle. Là où le SEO misait sur les mots clé, les liens entrants et la structure du site, le GEO exige un contenu pensé pour être digéré, compris et cité par des modèles génératifs comme ceux d’OpenAI ou de Google. Bref, ce ne sont plus vos pages web que l’on lit, mais vos idées que l’on résume. Le contenu doit donc être précis, sourcé, cohérent, presque «enseignable». Le nouveau Graal n’est plus le premier rang de Google, mais la petite phrase reprise dans la réponse d’une IA de confiance. Pour les marques, apparaître dans ces réponses permet d’être mieux vu de l’utilisateur, même si le site reste techniquement accessible. Andrei Pitis a flairé cette révolution. Cet ingénieur natif de Bucarest s’était déjà payé le luxe d’un pied de nez aux géants de la tech avec VectorWatch, une montre connectée lancée en 2015 à Bâle, qui tenait plus d’un mois sans recharge. Une audace qui intrigua la Silicon Valley jusqu’à ce que Fitbit rachète la start- up avant d’être elle-même absorbée par Google. «Je suis fortement attaché à la Suisse, où j’ai fait mon premier rodéo dans l’entrepreneuriat», affirme-t-il. «C’est en Suisse que mon produit a été validé avant d’être intégré dans l’univers de Google.» Le discret ingénieur roumain se retrouva ainsi dans le giron de la big tech. Mais l’aventure n’était qu’un prologue. Avec Genezio, Andrei Pitis revient sur le devant de la scène. Son objectif: permettre aux entreprises de mesurer et d’optimiser la trace que leurs contenus laissent dans les systèmes d’IA. «Ce que nous faisons, c’est aider les marques à exister dans l’esprit des machines», explique-t-il. «Notre application connecte les entreprises au changement de paradigme apporté par le GEO.» Une phrase qui décrit parfaitement le défi stratégique du moment, car les IA génératives apprennent en lisant le web. Si le message n’est pas structuré pour être compris et réutilisé par ces modèles, il devient invisible. À Bucarest, dans les locaux de Genezio, une poignée d’ingénieurs entraînent des IA sur des corpus soigneusement calibrés. Leur objectif? Modéliser la visibilité sémantique d’une marque: non pas combien de fois elle est vue, mais à quelle fréquence elle est citée, inférée ou résumée par une IA. Genezio transforme ainsi le marketing digital en science cognitive appliquée. Les premiers clients sont des entreprises européennes qui veulent s’assurer que leurs informations remontent dans les réponses générées par ChatGPT, Gemini ou Perplexity plutôt que de se perdre dans un océan de données anonymes. En filigrane, une inversion de pouvoir s’opère. L’humain ne cherche plus. Il interroge et la machine ne renvoie plus des liens: elle interprète. Le web devient un tissu d’influences invisibles où la hiérarchie ne se lit plus sur un écran, mais se joue à l’intérieur des grands modèles de langage. Le GEO annonce la naissance d’un web intérieur, celui des IA. Pour y figurer en bonne place, il faut un nouveau métier: celui d’optimiseur cognitif, stratège de l’attention artificielle. «Le futur du web, ce n’est plus de faire cliquer les gens, c’est d’apprendre aux machines à nous comprendre», résume Andrei Pitis. Après avoir mesuré notre visibilité digitale, la toile mesure désormais nos traces dans la mémoire des IA.