L’UE introduira des passeports pour batteries de véhicules

La fiche accompagnant une batterie pourra par exemple être obtenue en scannant un code QR.
La fiche accompagnant une batterie pourra par exemple être obtenue en scannant un code QR. Photo CSIRO/commons.wikimedia.org
Pierre Cormon
Publié le jeudi 06 juin 2024
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#Durabilité Une fiche devra informer sur les matériaux qu’elles contiennent, leur provenance, les options de recyclage, etc. Des partenaires suisses développent une solution.

Considérés comme écologiques, les véhicules électriques contiennent en moyenne six fois plus de métal que les véhicules à moteur à combustion. Nickel, cuivre, lithium, cobalt ou manganèse sont employés dans les batteries. Or, dans certains cas, leur extraction peut causer des dommages environnementaux sérieux et durables: pollution des eaux, des sols, de l’air ou déforestation. On l’oublie d’autant plus volontiers que l’origine des métaux est souvent obscure.

L’Union européenne (UE) a décidé d’accroître la transparence. Dès le 18 février 2027, les batteries industrielles (batteries de véhicules électriques et de stockage de l’électricité photovoltaïque, par exemple) devront être munies d’un passeport numérique. Il sera obligatoire pour toutes celles qui circulent sur le territoire de l’UE ou qui y sont importées.

Ce passeport consistera en une «fiche produit numérique et dynamique qui fournira des informations sur l’origine, la composition, les options de réparation et de démontage d’un produit ainsi que la manière dont les différents composants peuvent être recyclés», explique GS1, un organisme de normalisation des méthodes de codage utilisées dans la chaîne logistique. Les parties prenantes (détenteurs, acheteurs, recycleurs, etc.) pourront accéder aux informations qui les concernent, par exemple en scannant un code QR.

Chaînes d’approvisionnement

Le passeport vise d’une part à favoriser les chaînes d’approvisionnement durables. S’ils doivent fournir des informations sur la source des métaux, les fabricants seront davantage incités à recourir à des fournisseurs présentant des garanties en termes sociaux et environnementaux. Les informations sur la manière dont la batterie peut être valorisée après usage serviront aussi à stimuler la mise en œuvre de l’économie circulaire. Le cycle de vie typique d’une batterie pourrait commencer dans un véhicule électrique. «Après dix ou quinze ans, sa capacité peut n’être plus que de 80% de la capacité initiale», explique Andreas Hutter, codirecteur du CSEM Battery Innovation Hub, à Neuchâtel. «Un véhicule ayant cinq cents kilomètres d’autonomie à l’origine n’en a alors plus que quatre cents.»

La batterie pourra alors être revendue pour être utilisée dans un véhicule dont le détenteur n’a pas les mêmes exigences. Après quelques années, lorsqu’elle aura encore perdu une partie de sa capacité, elle pourra être revendue encore une fois pour stocker l’électricité produite par une installation photovoltaïque. Arrive un moment où il ne vaut plus la peine de prolonger sa vie: elle sera recyclée.

Marché embryonnaire

Ce marché est encore embryonnaire. Peu de batteries de véhicules sont déjà arrivées au terme de leur première vie. De plus, l’absence d’informations peut handicaper ce circuit. Quand on ne connaît pas précisément les caractéristiques d’une batterie, il est plus difficile d’estimer sa valeur et plus hasardeux de la racheter.

Le passeport numérique devrait donc fluidifier le marché de l’occasion. Cela devrait inciter les constructeurs de batteries à les concevoir de manière à faciliter leur vie future, ce qui n’est pas systématique. «La batterie d’un véhicule électrique peut avoir une capacité de 100 kWh, alors que pour stocker de l’électricité photovoltaïque dans un bâtiment, une capacité de 10 kWh peut suffire», précise Andreas Hutter. «Il faut donc la concevoir de manière modulaire, afin qu’on puisse la démonter et utiliser ses modules de manière séparée.» Les batteries ne sont qu’un premier pas. Une grande partie des produits manufacturés devrait se voir à l’avenir imposer un passeport numérique dans le cadre des efforts de l’UE pour généraliser l’écoconception. Parmi les secteurs particulièrement visés figurent le textile, l’électronique et la construction. Un marché substantiel s’ouvre donc aux fournisseurs de passeports numériques. Un projet a été lancé en Suisse (lire ci-contre). La Confédération, pour sa part, suit les développements du marché européen, mais n’a pas mis en route de projet similaire.


Un passeport Swiss Made

La start-up bâloise BloqSens est en train de développer un passeport numérique en collaboration avec le Centre suisse d'innovation technologique CSEM, qui met au point une nouvelle batterie. Il sera accessible par le biais d’un code QR et ses informations seront stockées sur une blockchain, ce qui les rendra infalsifiables. Elles pourront être mises à jour automatiquement et consultées à tout moment par des groupes d’utilisateurs prédéfinis.

Pourquoi se lancer dans ce projet, alors que la Suisse ne fait pas partie de l’UE? «Nous avons dans notre pays une importante industrie de seconde vie qui a pour objectif de réutiliser de nombreuses batteries pour de nouvelles fonctionnalités», répond Andreas Hutter, codirecteur du CSEM Battery Innovation Hub. Cette industrie importe et exporte beaucoup vers l’Union européenne et ses produits devront être munis du nouveau passeport. «Développer une solution suisse constitue un atout économique important ainsi qu’un futur avantage concurrentiel», ajoute Andreas Hutter.

Le prototype sur lequel travaille le CSEM est présenté comme intelligent. «Les batteries sont composées d’une série de cellules placées côte-à-côte», explique Andreas Hutter. «A l’origine, elles ont toute la même performance, mais avec le temps, certaines vieillissent plus mal. Or, la performance de la batterie est déterminée par celle de ses cellules les plus faibles.» Celle développé au CSEM permettra de les identifier, afin de prendre des mesures de correction. On pourra ainsi prolonger sa vie.


Comment prolonger la vie d’une batterie

  • Charger une batterie à 100% ou la laisser se décharger à 0% diminue sa durée de vie. Le taux idéal se situe entre 20% et 80%. Certains modèles permettent de préprogrammer une charge à 80%.
  • Mieux vaut procéder fréquemment à de petites charges que moins souvent à des charges complètes.
  • En hiver, on peut préchauffer son véhicule lorsqu’il est encore branché sur le secteur, pour éviter une sollicitation supplémentaire de la batterie.
  • L’usage fréquent de charges rapides peut légèrement affaiblir la capacité d’une batterie.
  • Eviter les températures extrêmes; au pic de l’hiver et en temps de canicule, se garer autant que possible dans un parking ou un garage.
  • Adopter la conduite écologique; éviter les accélérations et décélérations brusques ainsi que les vitesses excessives.
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