Ghislain Bousseageon, Lauréat du Prix IFC 2026, 1ère place au Palmarès du CFC MACON.NE et Tony Do Esperito Santo (Maitre d’apprentissage et Fondateur de MATEPA)
Julien Peltier
Publié vendredi 31 juillet 2026
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#Formation
À Genève, la réussite d’un jeune maçon raconte l’histoire d’un maître qui a choisi de transmettre.
Sur un chantier, tout commence par quelques traits sur une feuille de papier. Des plans. Puis un tas de sable, du ciment, de l’eau. À la fin de la journée, des murs se dressent. Pour certains, ce n’est qu’un métier. Pour d’autres, c’est une vocation qui se construit pierre après pierre.
À seulement vingt-trois ans, Ghislain Bousseageon vient d’être distingué premier du classement cantonal des CFC maçon 2026. Une reconnaissance décernée par l’Institut de Formation de la Construction qui récompense l’excellence technique, mais aussi la rigueur, l’engagement et la constance. Pourtant, rien ne laissait présager un tel parcours.
« Je me suis lancé dans cette voie sans certitude. Je voulais essayer. On verrait bien. » Le goût du métier n’était pas une évidence. Il est venu avec le temps, sur les chantiers, au contact des compagnons, dans l’effort quotidien.
« On imagine souvent que la maçonnerie, ce sont seulement les mains. En réalité, la tête travaille tout autant. »
Comme tous les apprentis, il découvre rapidement la réalité du terrain. Les réveils avant l’aube, le froid de l’hiver, la chaleur des étés, le rythme soutenu d’une profession où le corps doit apprendre aussi vite que l’esprit. Puis survient ce moment que tous les formateurs retiennent. Un escalier balancé. Un exercice réputé complexe, où la moindre erreur compromet l’ensemble de l’ouvrage. Ghislain le trace parfaitement, du premier coup. Tony, fondateur de MATEPA, observe en silence. « C’est ce jour-là que j’ai compris. J’ai parié sur lui. À partir de ce moment, je lui ai transmis tout ce que je savais. » Dans sa voix, aucune emphase. Seulement la satisfaction discrète de celui qui reconnaît un talent naissant. Depuis plus de vingt ans, Tony dirige son entreprise avec une conviction simple : une société ne construit pas seulement des bâtiments. Elle construit aussi des femmes et des hommes.
« Aujourd’hui, toutes les petites entreprises devraient former. Ce n’est pas toujours simple. Cela demande du temps, de la patience, de l’énergie. Mais si nous ne transmettons plus nos métiers, qui le fera ? Nous ne sommes pas là uniquement pour bâtir des édifices. Nous sommes aussi là pour aider des jeunes à se construire grâce à un métier d’avenir. » Cette phrase résume sans doute l’esprit de MATEPA. Chez Ghislain, cette transmission a pris une forme très concrète. « Tony est exigeant. La rigueur, la ponctualité, le travail bien fait ne sont pas négociables. Mais cette exigence est toujours accompagnée d’une immense générosité. » Au fil des années, les responsabilités grandissent. Le génie civil. La rénovation. Les coffrages. Les ouvrages complexes. Puis, presque naturellement, les premiers chantiers confiés en autonomie. « Aujourd’hui, il me laisse gérer les chantiers. Je m’occupe de tout. Et tout se passe bien. »Une phrase prononcée avec simplicité. Sans chercher à impressionner. Car la récompense reçue dépasse le diplôme lui-même. « C’est la reconnaissance de mes pairs. Cela rend heureux. Cela rend fier. » Mais derrière cette distinction individuelle se cache une réalité plus large.
À l’heure où les métiers de la construction peinent à recruter, où de nombreuses entreprises cherchent désespérément une relève qualifiée, cette histoire rappelle que l’excellence ne naît jamais par hasard. Elle est le fruit d’une rencontre entre un jeune qui veut apprendre et un artisan qui accepte de transmettre. Tony sourit lorsqu’on lui demande ce que représente cette réussite. « Je suis extrêmement fier de Ghislain. Après ces années de défis relevés ensemble, cette distinction me donne simplement envie de continuer. » Continuer à former. Continuer à transmettre.
Continuer à croire que derrière chaque mur parfaitement d’aplomb, chaque escalier tracé avec précision, il y a toujours une histoire humaine. Car le plus bel ouvrage qu’un maître artisan puisse laisser derrière lui n’est peut-être pas un bâtiment. C’est un jeune professionnel devenu capable, à son tour, de bâtir l’avenir.
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