Marion Aufseesser: experte en transition de carrière

Flavia Giovannelli
Publié jeudi 09 avril 2026
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#Transition de carrière Être entrepreneure à l’âge où l’on pourrait profiter d’une retraite tranquille: Marion Aufseesser ne fait pas les choses comme tout le monde.

Marion Aufsesser dirige Transitionkit, la structure qu’elle a fondée il y a vingt ans dans son domaine de prédilection: la transition de carrière. Auteure à succès, elle vient également de publier un petit ouvrage original intitulé To pee or not to pee.

Discussion à bâtons rompus avec une personne engagée et pétillante, de langue maternelle anglaise, mais à l’aise en français et en allemand, qui a vécu en Afrique, en Asie et en Suisse.

Vous avez mené une journée d’ateliers destinés aux employés de la Genève internationale ayant perdu leur emploi. Une nécessité?

Comment ne pas être affectée par la vague de licenciements qui secoue la Genève internationale? J’ai bien connu ces milieux, ainsi que celui des multinationales. Ayant travaillé en Suisse comme à l’étranger, je suis en mesure de comprendre les difficultés auxquelles ces personnes sont confrontées lorsqu’elles doivent retrouver un emploi. Parmi les 3000 à 4000 collaborateurs concernés, nombreux sont ceux qui souhaitent rester à Genève. Le 4 mars dernier, nous avons organisé un forum de l’emploi qui leur était spécialement destiné ceci, avec mon partenaire Guillaume Stollsteiner, fondateur de TnP (cabinet de conseil en ressources humaines, transition de carrière et accompagnement à l’entrepreneuriat - ndlr) avec qui j’ai le bonheur de travailler. La journée, articulée autour d’ateliers pratiques, a rencontré un succès qui m’a surprise: près de quatre cents personnes s’y sont inscrites. J’ai même dû improviser : je me suis retrouvée à l’accueil pour regrouper les entretiens avec les conseillers et orienter les participants, afin de les aider concrètement à se réinsérer grâce à des conseils pratiques.

Quels sont les enjeux?

Genève occupe une place unique comme pôle mondial du multilatéralisme. Ce rayonnement, fondé sur la tradition humanitaire et la neutralité suisse, génère un fort impact économique qui se diffuse dans de nombreux autres secteurs. Or, le gel des financements américains ou d’autres contributeurs, ainsi que certaines restrictions de la Confédération, plongent la Genève internationale dans une crise majeure. Pour les employés concernés, la différence avec d’autres emplois devient particulièrement marquée: ils risquent parfois la perte de leur permis de séjour et le chômage partiel leur est souvent indisponibles. J’ai par exemple hébergé une jeune employée de 32 ans, licenciée à peine deux mois après avoir commencé à travailler dans une organisation internationale. Elle était dans une grande détresse. Pour moi, cela a été un véritable déclencheur.

Que proposait concrètement ce forum?

Nous voulions éviter que les personnes concernées restent seules face à leurs questions et pouvoir les guider dans leur transition de carrière. Nous rencontrons souvent des personnalités hautement qualifiées, mais peu familiarisées avec les usages suisses. Elles doivent parfois changer d’état d’esprit et adopter une approche plus pragmatique, moins idéaliste. Pour Genève, il est également essentiel de pouvoir intégrer ces talents. Il faut penser à tous les emplois et aux activités économiques qui dépendent de leur présence: l’hôtellerie, la restauration, les services. Or, les suppressions de postes sont loin d’être terminées et l’on ressent une véritable inquiétude chez ceux qui sont encore en place.

Vous appuyez-vous sur votre propre expérience pour aider les personnes en transition de carrière?

Oui, bien sûr. J’ai beaucoup voyagé et travaillé dans des contextes très différents, en Suisse comme à l’international. Pour consolider mon expertise en matière d’orientation et de réorientation professionnelle, je suis devenue psychologue spécialisée en sciences neurocognitives et comportementales. Au fil des années, j’ai développé ma propre méthode pour aborder les périodes difficiles en se posant les bonnes questions. Et si la perte d’un emploi représentait une opportunité? Ou un nouveau défi? C’est l’idée centrale du guide pratique que j’ai publié chez Odile Jacob dans la collection du Dr Christophe Andrée, en 20121, avec des pistes pour réaffirmer la confiance en soi, retravailler son CV ou préparer ses entretiens.

Vous avez aussi un côté créatif.

Je viens de publier To pee or not to pee, un petit livre qui rassemble des photographies de pictogrammes de toilettes que j’ai prises pendant dix ans. Il met en lumière une question très concrète: l’accès aux toilettes dans le monde, en particulier pour les femmes ou les personnes en situation de handicap. Cela peut paraître anecdotique, mais c’est en réalité révélateur de questions d’hygiène intime et, plus largement, de la diversité du genre humain. Sur les conseils de Xavier Casille, mon éditeur, j’ai également inclus dans la dernière partie le point de vue d’experts en santé publique. C’est une manière, à mon échelle, de contribuer à faire évoluer cette problématique.

Aujourd’hui, on parle beaucoup de repousser l’âge de la retraite. Qu’en pensez-vous?

Etant indépendante, je peux continuer à être active. Je reconnais toutefois que je bénéficie d’un contexte personnel favorable. Je ne suis pas contrainte par des horaires de bureau et l’équipe qui travaille avec moi assure aussi le quotidien. Cela me laisse le temps d’imaginer d’autres ouvrages et de continuer à voyager.1

1Thebooktopeeornottopee.com, GoodheidiProductions, mars 2026. Bilingue Français/anglais.

Rebondir, réussir ses transitions professionnelles, Odile Jacob, 2012.

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