«Suspendez le travail. Immédiatement.» (contrôle des chantiers 2 sur 3)

Les ouvriers répondent à des questions sur leurs conditions de travail
Les ouvriers répondent à des questions sur leurs conditions de travail DR
Pierre Cormon
Publié vendredi 02 octobre 2026
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#genève Un ou deux arrêts de chantier sont prononcés chaque jour

«Les inspecteurs de chantier, cache-toi!», lance ce patron à un ouvrier. Il plaisante: l’entreprise est en règle. Des ouvriers qui se cachent pour éviter un contrôle, cela arrive pourtant souvent. «Nous n’arrivons jamais trop tôt sur un chantier, sinon, ceux qui sont déjà là peuvent avertir leurs collègues de ne pas venir», confie Esther Rodriguez, inspectrice au Bureau du Contrôle paritaire des Chantiers (BCC), à Genève. Ni à l’heure de la pause: il serait difficile de distinguer les ouvriers qui sortent boire un café de ceux qui s’esquivent.

Le BCC contrôle le respect de certaines règles de droit public, comme celles sur le détachement, ainsi que de quatre conventions collectives (1). Toutes les entreprises travaillant dans le canton doivent respecter leurs principales dispositions, déclarées de force obligatoire.

S’ils constatent une infraction d’une certaine gravité, les inspecteurs décrètent un arrêt de chantier – l’entreprise concernée doit cesser immédiatement le travail et se mettre en règle. «Cela arrive une ou deux fois par jour», relève Nicolas Rufener, secrétaire général de la Fédération des métiers du bâtiment (FMB). «C’est très dissuasif, car cela peut mettre l’entreprise en retard. Or, dans ce cas, son contrat peut prévoir des pénalités. Si cela arrive régulièrement, on le sait dans le milieu et elle aura de la peine à trouver du travail.»

Priorités

Ce matin, le BCC contrôle un chantier d’une quinzaine d’immeubles. «Nous y allons régulièrement», confie Claudio da Cruz Marques, l’inspecteur qui coordonne l’action. Les inspecteurs se répartissent les bâtiments et définissent leurs priorités: un contrôle de routine de deux entreprises, ainsi que les installateurs de cuisine,

Chargée de plusieurs bâtiments, Esther Rodriguez les parcourt d’étage en étage, de pièce en pièce, les sens en alerte. Des salles de bains préfabriquées viennent d’Italie, montre une étiquette. «Il arrive qu’elles soient installées par des entreprises italiennes qui n’appliquent pas les tarifs genevois», remarque-t-elle.

Les ouvriers contrôlés répondent à plusieurs questions: Qui est leur employeur? Depuis quand? Combien sont-ils payés? Combien touchent-ils au titre du panier-repas? Elle finit par trouver les installateurs des salles de bain : ils sont employés par une entreprise de la place, respectueuse des règles.

Salaire en retard

Ce n’est pas le cas de l’entreprise vaudoise qui emploie un menuisier, rencontré dans un appartement voisin. Son salaire d’août n’a pas encore été payé à la mi-septembre. «Tout le monde démissionne, je ne vais pas tarder», ajoute-t-il. Esther Rodriguez prend note: si c’est exact, l’entreprise sera sanctionnée.

Dans un autre bâtiment, des traces de travaux récents: boîtes à outils, bouteilles d’eau… mais pas d’ouvriers. Anormal, vu l’heure. «Ils ont dû être prévenus et s’enfuir. Nous reviendrons, et irons directement les contrôler.»

Une entreprise de gypserie-peinture, non-membre de l’association professionnelle, est prise la main dans le sac. Trois travailleurs ont commencé cinq jours plus tôt et n’ont pas été annoncés à la caisse de retraite anticipée, alors que cela doit être fait avant le premier jour de travail.

Verdict: arrêt d’activité de l’entreprise sur ce chantier. Les ouvriers doivent cesser le travail jusqu’à ce que leur employeur se mette en règle. «C’est un oubli, ce n’est pas juste!» plaide le patron au téléphone L’inspecteur reste courtois, mais ferme. «Je n’ai pas le choix. Les règles sont claires.»

(1) Gros-oeuvre, second-oeuvre, métallurgie du bâtiment et parcs et jardins

 


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